Retourner la corne du bélier : de la force à la parole
Le chofar, né d'une corne d'agressivité retournée, enseigne à régler les conflits par la parole.
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Ensuite : Le Moussaf de Roch Hachana et la règle des dix versets, 1 h 09
En bref
Le Rav explique pourquoi l'on sonne du shofar à Roch Hachana : la corne du bélier, qui rappelle le sacrifice d'Yitzhak, est vidée puis retournée pour produire un son. Il en tire que la force agressive de l'animal peut être détournée vers la parole. Le message est que, pour régler les conflits avec autrui et avec Hachem, l'homme doit préférer le dialogue, le pardon et l'explication à la violence.
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Le chofar de Slichot et le chofar de Roch Hachana. Pourquoi sonne-t-on du chofar ? Apparemment, c'est parce que le son du chofar est un son qui fait vibrer les consciences, qui rentre au plus profond de nous-mêmes. Il y a d'autres possibilités, bien sûr, pour obtenir des sons un peu vibrants. Je ne sais pas, on peut prendre une contrebasse, par exemple. Il existe une autre explication, mais celle-là est quand même curieuse: on prendrait le chofar parce que, figurez-vous, le chofar rappelle la corne.
La corne du bélier. Et le bélier est l'animal qui a remplacé Yitzhak le jour de l'Akeda, le jour du sacrifice d'Yitzhak. Lorsque l'ange a dit à Avraham: ne va pas tuer ton fils, Avraham a demandé: mais alors je fais quoi ? Il a trouvé un bélier. La corne du bélier, le chofar, représente donc le bélier, qui rappelle Yitzhak. Et à Roch Hachana, il est bon de rappeler les mérites de nos ancêtres, et donc on rappelle le sacrifice d'Yitzhak.
Vous comprenez que le rapport est un peu curieux, quand même. La corne qui rappelle le bélier, qui rappelle le sacrifice qui n'a pas eu lieu, qui rappelle Yitzhak, qui rappelle le mérite d'Avraham. J'ai entendu une explication que j'ai beaucoup appréciée à l'époque, de la part de mon ami le Rav Shmuel Uziel. Shmuel me disait, il y a très longtemps, que ce qui est important dans le chofar, ce n'est pas seulement le son.
C'est également le processus de fabrication. Pourquoi fait-on un chofar ? On prend le bélier, d'accord ? On arrache la corne du bélier. Une fois qu'on l'a arrachée, on l'enlève, on vide cette corne du matériau dur qui est à l'intérieur. Ensuite, on retourne la corne, parce que vous avez remarqué que, lorsqu'on sonne du chofar, le haut du chofar est en fait le côté qui était sur la tête du bélier, c'est-à-dire le bas de la corne. On retourne donc le chofar, on retourne la corne du bélier.
Ensuite, il suffit de souffler, et hop, tout d'un coup, ce chofar donne un son. Quel est le symbole ? Figurez-vous que, lorsqu'un animal doit régler les différends qu'il a avec un autre animal, par exemple deux béliers qui se disputent une femelle, comment font-ils ? À coups de corne, très agressivement. L'homme, évidemment, pourrait lui aussi donner des coups de poing lorsqu'il a des différends avec son prochain. Mais il a aussi une autre possibilité: la parole, le dialogue, le pardon.
L'explication. L'histoire du chofar nous prouve justement que l'on peut prendre le côté le plus agressif de l'animal, et que, si l'on sait comment s'y prendre, on le transforme en porteur de voix. Ce n'est pas évident: il faut d'abord le sortir un peu de son contexte, ensuite il faut le retourner. Il ne s'agit donc pas de le jeter pour prendre quelque chose d'autre, il s'agit de retourner, c'est-à-dire de se servir de la même force, des mêmes pulsions, si vous voulez, des mêmes instincts, mais cette fois dans le bon sens.
On peut simplement retourner le sens des choses. Il faut vider la substance dure, la substance dure qui est en nous et qui nous empêche de voir les choses de manière positive. Ensuite, il suffit de souffler un peu. En hébreu, rouah signifie le souffle, mais aussi l'esprit, rouah, le côté, si vous voulez, spirituel, la rouha nioud. Il suffit donc d'un peu de spiritualité, et ce chofar, qui était le symbole même de l'agressivité de la bête, devient un porteur de son.
La leçon est très simple. Si déjà l'animal, même dans son côté le plus agressif, peut être transformé en quelque chose qui donne un son, une voix, kol chofar, à plus forte raison l'être humain, qui a la voix de manière naturelle, puisqu'il peut parler naturellement à son prochain, doit utiliser la parole plutôt que la force pour résoudre ses problèmes relationnels avec son voisin.
Et bien sûr, également entre nous et Dieu lui-même: c'est le premier grand message de Roch Hachana. Shalom à tous.
Cours d'Orot veKelim
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