Birkat Kohanim : la bénédiction et la paix
Pourquoi la Torah ne dit pas qui bénit, et comment la paix conclut la prière de la Amida.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Yotser Or, le Dieu de la nature et de la loi, 54 min
En bref
Le Rav Oury Cherki commente la fin de la vingtaine bénédiction du Shmona Esrei, puis la Birkat Kohanim, en particulier les trois versets de la bénédiction des kohanim. Il explique pourquoi la clôture « Atov Shimcha ulcha na'eh lehodot » suppose la gratitude même face au mal, et ce que signifient la lumière, la grâce et la paix demandées dans ces versets. Le cours se termine sur la notion de shalom, paix intérieure et paix entre les hommes, et sur la bénédiction finale Sim Shalom.
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Chalom à tous. Nous continuons notre étude du Siddour, je crois. On en était arrivés… où ? Ah, d'accord. À la fin du modim. C'est très bien. Heureusement qu'il y a au moins une personne qui se rappelle. Nous sommes donc à l'avant-dernière bénédiction de la Chmona Esrei, Véal koulam, Yitbarakh véyitromam.
Véit naséh tamid chimkha malkénou laolam va'ed. Là, je le dis selon la version sépharade. Vekhol hayim yodou kha, sela. C'est-à-dire: et pour toutes ces choses-là, que ton nom soit béni, élevé, magnifié, toujours, à tout jamais. Et que tous les vivants te soient reconnaissants éternellement. Véhalilou vé'alkhou chimkha gadol. Et ils loueront et béniront ton grand nom. Be'emet, en vérité, laolam ki tov, car il est pour toujours bon. Ha-El yechou'atenou vé'ezratenou sela, le Dieu qui nous sauve et qui nous aide, c'est là à tout jamais. Ha-El ha-tov, le Dieu bon. Et ici, une assistance, suspecte sur le bien. C'est ça ? On vous dit: nous remercions l'Éternel.
Nous lui sommes reconnaissants à cause de sa bonté qui est toujours bonne et qui est toujours éternelle. L'insistance suppose qu'il y a quelque chose. C'est quoi le quelque chose ? Qu'il y a aussi le mal. N'est-ce pas ? Qu'en est-il du mal ? Est-ce qu'il faut remercier l'Éternel pour le mal qu'il nous fait ? D'accord ? C'est ça la question qui est derrière tout ça. Et déjà dans la formulation, vous voyez qu'il y a ce qu'on appelle laolam va'ed, à tout jamais. C'est-à-dire qu'il peut y avoir, dans le moyen terme et dans le court terme, des souffrances, mais dans le long terme, tout a un sens. Parfois, non seulement dans le long terme, mais dans le très long terme. C'est-à-dire: quel sens pourrait-on donner à l'horreur de la Shoah dans le cadre d'une pensée qui s'étend seulement sur vingt mille ans ? Vingt mille ans ne suffiraient pas. Un million d'années, peut-être.
C'est-à-dire que plus le mal est profond, plus grande est son ampleur, plus il est nécessaire, pour le relativiser, pour le comprendre, pour lui donner un sens, de se référer à ce qui est très loin, très lointain. C'est ce qu'on appelle, dans les treize attributs de miséricorde, les chlocha esré midot chel rahamim …
Ça s'appelle Erekh appayim, l'allongement de la narine. La narine, c'est la patience. C'est-à-dire que la patience et l'impatience sont des choses qui sont ressenties chez nous dans la région du nez. Et donc, quand on dit que Dieu allonge sa narine, ça veut dire qu'il a de la patience, et qu'il faut du temps pour que tout finalement découvre son sens. Vous avez compris ? Très bien.
Dans la clôture de la bénédiction, il y a quelque chose de très clair. Baroukh ata Hachem, source de bénédiction, tu es Hachem. Et là, il y a quelque chose de double. Je crois que je vais me chercher un morceau de papier. Ha-Tov chimkha, car ton nom est le bon, ulkha naé lehodot, il est digne de te louer. Ulkha naé lehodot.
C'est très rare qu'une bénédiction soit clôturée par une phrase si longue. Par exemple, on dit haRatsé bitshouva, Chonen haDaat, c'est court. Ha-Tov chimkha ulkha naé lehodot, c'est long. C'est rare, n'est-ce pas ? C'est donc qu'on veut insister ici sur une dualité. Il y a, d'une part, Ha-Tov chimkha, et, d'autre part, ulkha naé lehodot.
C'est-à-dire: d'une part, ton nom, c'est le bien, c'est quand tu nous fais du bien. D'autre part, il est digne de te remercier quand tu ne fais pas du bien. Le mal est donc implicite dans le deuxième volet de la conclusion de la bénédiction. Vous avez compris ? C'est-à-dire: tu es digne d'être loué, même…
Quand, selon les apparences, il semblerait que tu nous fais du mal. Oui ?
— Dans l'action, où est-ce que tu as vu ça, dans l'action ?
Ça veut dire que même quand ce n'est pas du bien, il faut être plein de gratitude. Hein ? Si c'est une personne qui nous fait du mal, non, certainement pas. Si c'est le Créateur du monde, alors on se dit: ah, il y a certainement une logique. Cette logique n'est pas accessible dans l'immédiat, mais, dans le grand, on comprendra un jour. Il y a une histoire, hein. Comment ?
Allez-y.
— …
Exactement. Il y a une histoire que racontent les Hassidim. C'est une histoire un peu genre conte de fées. Il y a un roi qui est dans son palais. Autour du palais, il y a sept murailles. Et il y a une sorte de concours entre les chevaliers du roi pour savoir qui arrivera à passer les sept murailles pour rencontrer le roi. Et entre les murailles, il y a des crocodiles, il y a des précipices, il y a des volcans. C'est très difficile de traverser ces murailles. Il y a des chevaliers qui, en général, arrivent à passer la première. Pour la deuxième, ça devient difficile. Il y en a qui arrivent à passer deux, il y en a qui arrivent à passer trois, mais il y en a beaucoup qui se découragent au milieu.
Seul le fils du roi, qui languit beaucoup après son père, arrive à traverser les sept murailles. Il arrive dans le palais de son père et lui dit: « Papa, pourquoi est-ce que tu as fait tout ça ? » Et le père lui dit: « Regarde derrière toi. » Il regarde et voit qu'il n'y a pas de muraille. D'accord ? C'est donc effectivement une question d'angle de vue. Il y a une manière de voir les choses qui fait que tout a un sens. Mais il faut pour cela du temps. C'est ça que signifient les Ulkha naé lehodot.
À cet endroit-là, dans la prière, intervient un commandement qui ne fait pas partie de la prière: c'est la bénédiction des Kohanim. La prière elle-même, le texte en tout cas de la prière, est un commandement midérabanan, rabbinique. La bénédiction des Kohanim, c'est un commandement de la Torah, mitsvat assé. Donc, qu'est-ce qui est plus important, la prière ou la birkat Kohanim ? La birkat Kohanim, certainement. Que fait un Kohen qui est appelé à faire la bénédiction ? Mais il est au milieu de la Chmona Esrei. Il se déplace ou pas ? Ça dépend. Il y a différentes opinions dans la halakha. Il y en a qui disent que oui, il y en a qui disent que non.
Ceux qui disent que oui se basent sur cette logique: puisque c'est mideoraïta, c'est plus important que midérabanan, donc on repousse la prière. Ceux qui disent que non ont un principe qui n'est pas moins logique: haossek bemitsva patur min hamitsva. Celui qui est occupé à faire une mitsva est dispensé de faire une autre mitsva, même si la mitsva dont il s'occupe est moindre en importance que l'autre. Oui ?
— …
C'est une question très intéressante, mais en quoi est-ce que ça concerne ce que l'on est en train de dire ? Je comprends, il y a beaucoup de questions que je me pose, mais est-ce que je pose …
Cours d'Orot veKelim
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