Ahavat Olam et Ahava Rabba, deux amours du Créateur
Le cours compare les deux versions de la bénédiction, Ahavat Olam (amour pour le monde) et Ahava Rabba (amour infini), selon le Rav Kook.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Aimer D-ieu par l'écoute : deux manières d'aimer dans le Chéma, 51 min
En bref
Le Rav Oury Cherki commente la seconde bénédiction qui précède le Chema Israël, Ahavat Olam. Il oppose la révélation de Dieu par la nature, qui laisse l'homme seul face au monde, à la révélation par la Torah et par Israël, qui ouvre un dialogue avec le Créateur. Il explique aussi la différence entre les versions Ahavat Olam et Ahava Rabba, et le passage de la crainte à l'amour dans l'accomplissement des mitsvot.
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## Révélation et connaissance de Dieu
Shalom tout le monde. Je crois que nous en sommes dans les bénédictions qui précèdent le Chéma, et que nous sommes arrivés à la deuxième. C'est ce que nous allons faire. Nous allons donc étudier ce thème: la différence avec la première bénédiction, qui parle de Dieu se manifestant à travers les lois de la nature et les lois métaphysiques, les anges.
Ici, nous avons Dieu qui se manifeste en tant que volonté. Il révèle sa volonté. Le canal central de la révélation de cette vérité, de cette volonté, s'appelle la Torah. La Torah est donnée à Israël. Il y a donc ici un doublet, Torah et Israël, qui constituent la révélation.
Non pas du nom Elohim, mais du nom Yod Hé Vav Hé, Havaya. Dieu en tant que personne, ce qui est un degré supérieur. Quand vous regardez un beau paysage, et que vous le trouvez splendide, l'émotion que vous ressentez est mêlée d'une angoisse. Car, quand je vois un beau paysage, je n'ai personne avec qui parler, parce que le créateur de ce monde qui m'émerveille ne m'adresse pas la parole. En fait, je reste dans un cercle fermé. Je suis ébahi devant la splendeur du monde, mais je ne connais pas le créateur derrière sa créature. Sauf exception, évidemment.
Par contre, lorsque je rencontre Israël ou la Torah, je rencontre le créateur du monde, et j'ai un dialogue. Je sors de ma bulle, je sors de mon cercle fermé pour avoir un entretien qu'on peut dire transcendantal. Je suis en rapport, en relation avec ce qui me dépasse et ce qui dépasse l'univers. C'est ça, la grandeur de la révélation à travers la Torah.
Celui qui voit un paysage est en relation avec Elohim. C'est absolument vrai. Non. Il est en relation avec Elohim, mais il n'a pas de dialogue, étant donné qu'Elohim ne se manifeste pas dans la parole. C'est-à-dire que ce n'est que parce que j'ai découvert la Torah que je sais qui il faut rechercher dans ce paysage.
Il y avait chez les Goïm de très grands philosophes qui n'ont pas entendu parler de la Torah et qui ont été émerveillés par la nature. Leur conclusion a été de diviniser la nature. Ils ont identifié Dieu et la nature. Non, ils n'ont pas connu le Tohou Vavou justement, ils ont connu… Voilà, c'est ça: c'est ce qu'on appelle les philosophes panthéistes de l'Antiquité, les présocratiques, tous ces machins-là, qui n'avaient pas entendu. Les stoïciens aussi, mais ça, ce sont des tardifs. Oui, je parle ici des anciens. Les anciens ont connu…
On divinisait l'ensemble du cosmos sans connaître celui qui est au-delà du cosmos. D'où le danger. Mais attention, attention. Elohim en tant que créateur, c'est une chose que nous apprenons rétroactivement. C'est la Torah qui nous dit que c'est Elohim qui a créé. Sinon, on penserait que Elohim, c'est la création elle-même.
Il y a un commentaire intéressant de Rachi, paraphrasé. Le commentaire de Rachi sur Béréchit bara Elohim: Béréchit, Rachi explique Bahavou Réchit — en faveur de Réchit, Elohim a créé le monde ? C'est ça ? Béréchit. Qui est le Réchit en question ? Eh bien, c'est la Torah, en faveur de la Torah qui est appelée Réchit, ou en faveur d'Israël qui sont appelés Réchit.
Bara Elohim. La paraphrase du Kli Yakar, auteur beaucoup plus tardif, contemporain du Maharal de Prague, c'est que si on prend Rachi au sérieux, alors le Beit de Béréchit a la valeur numérique de deux. Il y a donc deux Réchit: Beit Réchit, l'un qui est Israël et l'autre la Torah, et il y a un troisième terme, qui est Bara. Bara, c'est la création.
Il y a trois moyens d'arriver à Elohim: soit par Bara, soit par deux Réchit. Vous avez compris ? Beit Réchit, donc deux Réchit, un Bara, et vous arrivez à Elohim, la création. Ce qu'explique le Kli Yakar, c'est qu'en fait, on peut, par l'observation, par l'approfondissement, passer par la création. C'est-à-dire commencer par la connaissance du monde inférieur.
Par la connaissance de tout ce qui est dans le monde inférieur. Une fois qu'on en a fini avec ça, on arrive au monde supérieur, c'est-à-dire les étoiles, les planètes. Une fois qu'on a fini d'étudier tout ça, on arrive à un troisième monde, celui des anges. Et puis, une fois qu'on a fini avec tout ça, on en arrive finalement au créateur.
Comme dit: il y a une échelle plantée dans le sol, c'est le monde d'en bas. Sa tête arrive dans le ciel, c'est le monde intermédiaire. Des anges qui montaient et qui descendaient, c'est le troisième monde, celui des anges. Et après, voici que Dieu se tenait dessus, au-dessus de ces trois mondes.
Mais on risque de s'arrêter en chemin. Comme il dit: ora'bim yachkamou. Peu nombreux sont ceux qui ont la sagesse d'arriver, après les trois mondes, au Créateur. Et donc on risque de tomber dans le panthéisme, d'identifier le divin avec le monde. C'est pour ça que, pour nous aider, nous ont été donnés deux raccourcis, qui sont Israël et la Torah. Soit par Bara, soit par deux Réchit, on arrive à Elohim.
D'accord ? Mais pour le commun des mortels, il faut passer par Israël et la Torah. Il est très rare que quelqu'un arrive à découvrir, à travers la créature, le Créateur.
Oui. Oui. Alors là, c'est le problème de savoir ce qu'Abraham a fait. Qu'est-ce qu'Abraham… Oui ? Oui ? Et alors ? Oui ? Bon, ça correspond à ce que dit Rachi. Non, mais la question de ce jeune homme, là derrière vous, c'est… Non, non, c'est pas grave, c'est très bien. La question de ce jeune homme…
C'est comment Abraham est arrivé à la connaissance de Dieu ? Est-ce qu'il est arrivé par la nature ou par autre chose ? Ça, c'est la question. Il y a deux manières de lire le Midrash à ce propos. Il y a la manière naïve et la manière véritable.
La manière naïve consiste à dire qu'Abraham a regardé le monde et qu'il s'est dit: on est bien obligé de dire qu'il y a une cause première. Donc Dieu existe. C'est-à-dire que, dans cette lecture-là, Abraham serait un philosophe qui remonte la chaîne des causes et qui arrive à la Cause première. Jusque-là, tu me suis ? C'est ce que tu sembles d'ailleurs supposer dans ta question.
Mais en fait, si on regarde attentivement le Midrash, on voit que c'est absolument faux. Le Midrash nous raconte qu'Avraham a regardé le soleil et s'est dit: c'est lui, Dieu. Et puis le soleil s'est couché. Bien embêté, il s'est dit: alors ce n'est pas lui. Il voit alors la lune qui se lève, et il se dit: ah, alors c'est elle qui est Dieu. Et alors sont arrivés les nuages qui ont recouvert la lune. Il s'est dit: donc ce sont les nuages qui sont Dieu. Et puis, après, il a vu le vent qui a dispersé les nuages. Il s'est dit: c'est donc le souffle qui est Dieu.
Cours d'Orot veKelim
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