Le service, le monde et la reconnaissance Modim
Pourquoi le Modim se récite à l'unisson et ce que signifie remercier et reconnaître Hachem dans la Amida.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Birkat Kohanim : la bénédiction et la paix, 48 min
En bref
Le Rav Oury Cherki explique les trois dernières bénédictions de la Amida, Retzé, Modim et Chalom, qui relèvent de la gratitude alors qu'elles semblent formulées comme des demandes. Il montre que le « modim » signifie à la fois remercier et reconnaître ce qui est vrai, et que la reconnaissance de la créature envers le Créateur est ce qui fait réussir la création. Il développe aussi le sens de la formule sur la bonté, la miséricorde et le temps accordé au monde, en s'appuyant sur le Talmud et les Midrachim.
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Bonjour, nous allons donc continuer notre patiente étude du Sidour. Je me rappelle que nous en sommes arrivés à la bénédiction de Retsé, n'est-ce pas ? Nous l'avions laissée de côté à Tefila. Nous sommes donc arrivés à Retsé. Ceux qui n'ont pas la chance, comme moi, de connaître la prière par cœur sont invités à se servir de livres de prière, dans lesquels vous trouverez le texte.
Les trois dernières bénédictions de la Amida concernent ce qu'on appelle le remerciement, la gratitude. Comme vous pouvez le remarquer, ce sont des bénédictions de gratitude.
Le problème, c'est que ces trois bénédictions ne semblent pas parler de gratitude ni de reconnaissance. Une seule des trois, celle de Modim, parle expressément de remercier. La première et la dernière, Retsé et Sim Chalom, semblent être des demandes, n'est-ce pas ? Cependant, ce sont quand même des remerciements, pour une raison très simple: l'essentiel de ces bénédictions parle de choses que nous savons être permanentes.
Vous savez que la Michna, dans le traité d'Avot, au premier chapitre, nous dit: Al cheloucha devarim haolam omed: sur trois choses repose le monde. Elle dit: Al haTorah, véal haavoda, véal guemilout hassadim. Le monde repose sur la Torah, sur le service, et sur la bienfaisance.
Le service du Temple, c'est ce qu'on appelle les sacrifices. Le problème, c'est que le deuxième de ces trois éléments a disparu depuis la destruction du Temple. Il n'y a plus de sacrifices. Alors comment le monde tient-il ? Si c'est là-dessus qu'il repose, ce ne peut pas être le sacrifice tel quel. Ça remplace un peu, c'est vrai, mais ce n'est pas vraiment ça. En fait, selon les midrachim, le service n'a jamais cessé.
D'après les midrachim, le service du sacrifice du Temple n'a jamais cessé. En vérité, il continue à être effectué dans le Beit Hamikdach d'en haut. Il y a donc dans le ciel, si vous voulez, une sorte de mikdach céleste, sans lequel le monde ne tiendrait pas. Quand nous prions pour le rétablissement des sacrifices, nous ne prions pas pour que les sacrifices existent: ils existent déjà. Nous prions pour qu'ils soient rétablis en bas, pour que cela cesse d'être uniquement en haut et se fasse aussi en bas.
Pourquoi cela nous embête-t-il tellement que les sacrifices se fassent en haut et pas en bas ? Parce que les sacrifices qui se font en haut nous coûtent cher. Comment cela nous coûte-t-il ? Le midrach explique que, tous les jours, Gabriel, ou bien Michaël, selon les midrachim, qui est le grand prêtre du Beit Hamikdach d'en haut, présente sur l'autel d'en haut les âmes des tsadikim. C'est pour cela que les tsadikim nous sont enlevés. Ce n'est pas sympathique, nous aurions préféré qu'ils restent avec nous. On demande donc que le culte qui se fait en haut soit rétabli en bas. Est-ce que vous suivez ? En tout cas, regardons un peu ce que dit ici le texte: Retsé. Je crois qu'on a déjà étudié Retsé aussi, non ? — Oui. Et il y a Mahazir Chekhinato leTsion, qui ramène à cela. Nous l'avons vu. Il nous reste donc Modim.
Modim, c'est la reconnaissance de la vie qui nous est donnée. Le mot modim, en hébreu, a deux significations: il signifie reconnaître, et il signifie également être reconnaissant. C'est le même verbe, comme en hébreu et en français, mais ce n'est pas exactement la même chose. Quand je suis reconnaissant, c'est une attitude morale: je dis merci. Mais reconnaître, c'est aussi admettre que quelque chose est vrai, prendre acte que c'est comme ça. Donc, quand je dis Modim anahnou lakh, cela veut dire que nous sommes à la fois reconnaissants et que nous reconnaissons que c'est ainsi. Nous avouons. D'ailleurs, avouer, en hébreu, c'est le même verbe: lehodot. Jusque-là, vous me suivez ? Très bien.
Nous avons donc ici toute une série de reconnaissances. Remarquez qu'il y a quelque chose d'assez particulier: contrairement à ce qui se passe dans les autres parties de la prière, quand on arrive au Modim, l'assemblée ne se contente pas de ce que dit le Hazan, le ministre officiant. On dit le Modim en même temps que lui.
Bizarre, non ? Vous avez compris la question ? La réponse, c'est qu'on dit le Modim en même temps que le Hazan parce que dire merci est quelque chose qu'on ne peut pas faire à ma place. Je peux déléguer des gens pour faire beaucoup de choses à ma place, mais il y a des choses qui ne peuvent pas être faites à ma place. Par exemple, puis-je dire à quelqu'un: « Écoute, je n'ai pas la force de mettre les téfilines aujourd'hui, je te demande de les mettre pour moi » ? Cela ne tient pas la route: la pose des téfilines est un devoir individuel, je ne peux donc pas le faire faire par quelqu'un d'autre. En revanche, la tsedaka, je peux très bien dire: « Écoute, je te demande de faire la tsedaka pour moi. » Cela, ça marche.
De même, il y a un commandement dans la Torah: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Je ne peux pas dire à mon ami: « Écoute, je n'ai pas la force d'aimer mon prochain aujourd'hui, est-ce que tu veux bien le faire à ma place ? Aujourd'hui, je le déteste. Si tu veux quand même m'acquitter de mon devoir de l'aimer, fais-le à ma place. » Ça ne marche pas. De même, remercier, la gratitude, est un sentiment que je dois développer en moi. Le fait que le Hazan dise le Modim ne me dispense donc pas de dire moi-même le Modim. C'est ce qui explique que je dise le Modim des Rabbanan en même temps que le Hazan.
Pourquoi ne dit-on pas le même ? Pour d'autres, c'est très simple: il y avait en fait deux versions différentes, l'une laissée pour le Hazan et l'autre pour l'assemblée. Je pense qu'à l'origine c'était une controverse entre deux versions différentes.
Il y a aussi une habitude intéressante pendant le Modim: on tourne la tête vers le mur arrière de la synagogue. Vous savez pourquoi ? Parce que souvent, le tableau sur lequel est écrit le texte du Modim a été placé derrière. S'il est placé à droite, les gens se tournent vers la droite. Cela dépend. Il y en a qui sont occupés, je ne sais pas, à se préparer pour les quatre Kohanim, des choses comme ça. Ce n'est pas si difficile.
Il existe une autre habitude, également erronée, mais qui existe quand même: quand on dit Mahazir Chekhinato leTsion, il faut d'abord rester debout, dire « Amen », et seulement ensuite s'incliner pour Modim. Or, il y a une détestable habitude chez beaucoup de priants: au moment où le Hazan dit Mahazir Chekhinato leTsion, ils se courbent, puis se relèvent pour le Modim, ce qui est absolument insensé. Faites bien attention à vous-mêmes, ne riez pas: peut-être vous arrive-t-il aussi de vous incliner au moment de Mahazir Chekhinato leTsion, alors que ce n'est pas le moment.
Cours d'Orot veKelim
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