Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Le Mashal du roi d'Inde et le dévoilement d'Hachem

Pourquoi le Kouzari use d'une parabole lointaine pour faire passer de la spéculation à la émouna vécue.

57 min

Rav David Partouche

Ensuite : Le Klal Israël : nul ne se tient à part du peuple, 58 min

En bref

Le Rav Partouche commente le mashal du roi d'Inde dans le Kuzari de Rabbi Yehuda Halevi : une parabole qui sort l'interlocuteur, le roi des Khazars, de son cadre de pensée habituel pour l'amener à reconnaître Hachem. Il montre que les preuves intellectuelles de l'existence de Dieu (preuve physico-théologique, ontologique, morale) restent des spéculations tant que Dieu ne se dévoile pas, et que la émouna naît de l'expérience vécue. Il conclut que le Sechel a sa place, mais qu'il vient après la émouna, à partir de la relation vécue avec Hachem, dont l'histoire du peuple d'Israël est le témoignage.

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

On était arrivés au mashal, au fameux mashal du roi d'Inde. Est-ce qu'il y a quelque chose de bizarre ? Je ne sais pas s'il l'a fait exprès. En tout cas, pourquoi utilise-t-il l'exemple du roi d'Inde ? Parce qu'à l'époque, l'Inde était le pays le plus lointain. On entendait seulement des choses au sujet de l'Inde, mais on n'y était jamais vraiment arrivé. Quand les Européens vont découvrir l'Amérique avec Christophe Colomb, il va les appeler « Indiens » parce qu'il pensait être arrivé en Inde. C'était donc quelque chose de très peu connu. On ne savait pas exactement ce qu'il y avait en Inde, même si Alexandre le Grand est arrivé jusque là-bas. L'Inde, c'est un pays lointain.

Maintenant, on ne peut pas s'empêcher de penser au mot suivant: Hodou. Quand on met le dagesh et l'accent tonique à la fin, Hodou, c'est l'Inde. Mais Hodou… c'est aussi « louez Hachem »: Hodou la Hachem ki tov, ki le olam hassdo. Donc, il faut faire attention en hébreu: quand on dit Hodou, c'est l'Inde; quand on mange du hodou, du poulet d'Inde, la dinde, c'est hodou. Mais Hodou, c'est aussi Hodou la Hachem. Peut-être que, grâce à son exemple du roi d'Inde, il va amener les gens à Hodot à Hachem. Il va peut-être non seulement remercier HaKadosh Baroukh, mais aussi reconnaître que c'est HaKadosh Baroukh.

On s'étonne: comment se fait-il que Rabbi Yehuda Halevi, le Khaver, le rabbin, vienne donner un exemple ? Parfois, quand on donne un mashal, une parabole, un exemple, c'est justement pour sortir la personne de la zone de confort dans laquelle elle se trouve. Si tu continues à lui parler avec les mêmes notions, les mêmes moussagim, alors elle va rester avec une pensée fermée, elle ne va pas être capable de s'ouvrir.

Maintenant, si tu la sors de son contexte et que tu l'emmènes dans un contexte presque complètement différent, alors elle va retrouver une pensée naturelle, spontanée. C'est un peu ce que je vous ai dit la dernière fois: une personne peut être sceptique par rapport à un Rav, peut être sceptique par rapport à la Torah, mais quand on lui parle de sa propre confiance par rapport à son médecin, par rapport à la médecine, alors elle va dire non, je vais lui faire confiance. Au médecin.

On avait fini sur cet exemple. Donc, qu'est-ce qu'il fait ? Il l'emmène dans une parabole pour la sortir de son contexte normal, le roi des Khazars, et pour lui demander: oublie tout ce que tu es obligé de justifier par rapport à tes propres pensées, mais donne-moi ton avis personnel, comment tu aurais réagi, de la manière la plus pure, sans intérêt, sans essayer de justifier certaines pensées. C'est ça ? Attendez, il y avait une question. Qu'est-ce qu'il y a dans la question ? C'était quoi ? Zéhou, zéhod, ou léchem …

Je n'ai pas compris la question. Hod. Ah non. Sliha, Hodou, le Yud Kevavke. Hodou lachem. Hodou lo… Naïk, idov, kileola, amchazdo. Le grand Hallel. J'ai répondu à la question: c'est vert ? C'est Hodou, c'est le verbe, c'est Hodot. Oui, je l'avais répondu, merci. Yafemot. Maintenant, regardez. On est dans le texte, je vous sors le texte. Donc: Ilouayou omrim.

On était là. On reprend maintenant les termes dans le détail, de façon que vous compreniez bien le texte. On y va. Amar ha-Khaver, le Khaver dit: non. On vient et on te dit: il y a un grand roi en Inde, qui est extraordinaire. On doit lui donner du kavod, on doit le respecter. Pourquoi ? Pour toutes les bonnes choses qu'il fait dans son royaume. Regarde les gens qui habitent l'Inde: ce sont des habitants extraordinaires, des citoyens merveilleux, des hommes bons, des hommes avec un grand H.

Oumidotamatovot: ils ont un bon caractère, de bons traits de caractère. Ce sont des gens de bien, des gens de vérité, les gens qui habitent l'Inde. Et grâce à qui ? Grâce au roi. Il dit: c'est grâce au roi qui les a éduqués, qui a éduqué toute une nation. Et grâce à cela, cette nation est une nation saine, pure, propre, bonne. Ce sont des gens loyaux, ils font du commerce d'une manière loyale. Ve-yitah hayaf bezeh.

Alors, est-ce que tu te sens le devoir de respecter ce roi ? Le mashal, c'est donc le roi d'Inde avec ses citoyens. On vient de raconter qu'il y a un roi extraordinaire, qui éduque ses citoyens d'une manière extraordinaire, et donc ses citoyens sont des gens droits, loyaux, etc. Est-ce que tu peux dire: « Ah, ce roi est extraordinaire, et je lui dois du kavod, je lui dois du respect » ? Il est clair que, lorsqu'on pose une chose comme ça, on peut être sûr, à un moment donné, que cette chose existe. Vous êtes d'accord avec moi ? C'est clair qu'on raconte une histoire. En quoi cela me rend-il obligé de dire: « Oui, je dois respecter cela » ?

Peut-être, et c'est ce qu'il va donner, il y a beaucoup de possibilités: peut-être que c'est vrai, peut-être que c'est faux, peut-être qu'on a mal expliqué les choses. Maintenant, pourquoi Rabbi Yehuda Halevi donne-t-il cet exemple ? Parce que qui est dans le Nimshal ? Faites-moi l'inverse: qui est le roi d'Inde ? Ça, c'est facile. C'est HaKadosh Baroukh, c'est Dieu, n'est-ce pas ? Et les citoyens du royaume, qui sont droits et bons, etc. ? Les juifs. Non. Les tsadikim. Non. Les sages. Non… Le roi des Khazars. C'est très dur. C'est dur parce qu'on a l'impression que Rabbi Yehuda Halevi saute cette étape.

On vient de te dire: il y a un roi très bon, qui a éduqué et formé ses citoyens pour qu'ils soient des gens loyaux et bons, etc. Est-ce que tu te sens le devoir de respecter ce roi-là ? Alors le roi va dire: peut-être qu'il n'existe pas. Peut-être qu'il existe, mais que les citoyens sont bons par nature. Peut-être que le roi est bon et que les citoyens sont bons, mais qu'il n'y a aucun rapport entre les deux. Et peut-être, oui, le roi est bon et éduqué, mais c'est une chance parmi plusieurs. Qu'est-ce que cela vous rappelle ?

Si les citoyens sont bons, ou si ses serviteurs sont bons, alors forcément le roi est bon. Je vais vous dire, c'est un peu difficile à comprendre, mais c'est logique. Rabbi Yehuda Halevi veut sortir le roi des Khazars de sa façon de comprendre l'émouna. La façon qu'a le roi des Khazars, le roi goy, de comprendre l'émouna, c'est: forcément, s'il y a une créature, il y a un créateur. D'où le sait-il ? Parce que lorsque Rabbi Yehuda Halevi répond: « J'ai l'émouna dans le Dieu d'Abraham, Yitz'hak et Ya'akov, dans le Dieu de nos pères, le Dieu des Hébreux », alors le roi lui dit: « Mais attends, pourquoi ne m'as-tu pas parlé du Dieu créateur qui t'a créé ? »

Cours d'Orot veKelim

Dans la même série

. Avec le Rav Partouche, redécouvrez le dialogue qui oppose la Emouna d'Israël à la philosophie, la chrétienté et l'islam — et comprenez pourquoi cette œuvre du XIIᵉ siècle reste d'une actualité brûlante.

  1. 16
    De quoi vivons-nous vraiment : l'émouna vécue
    Le Rav Partouche montre que l'émouna naît de l'expérience vécue, non de la seule étude, et que la vie tient à Hachem.
    1 h 01
  2. 17
    La racine Oman et l'artiste qui fait entrer l'abstrait dans le concret
    Comment l'émouna se comprend à partir de l'artiste, de son œuvre et de l'intériorité rendue visible dans la matière.
    56 min
  3. 18
    Hineni : la réponse d'Avraham et l'émouna comme acte
    Le cours distingue l'émouna du savoir et du ressenti, et explique le mot Hineni d'Avraham comme disponibilité à Hachem.
    54 min
  4. 19
    Le Khaver, la émouna et le Dieu de nos pères
    Le Khaver affirme sa émouna dans le Dieu qui a fait sortir Israël d'Égypte, et pourquoi ce vécu prime sur la seule raison.
    58 min
  5. 20
    Le Mashal du roi d'Inde et le dévoilement d'Hachem
    Pourquoi le Kouzari use d'une parabole lointaine pour faire passer de la spéculation à la émouna vécue.
    En cours de lecture
  6. 21
    Le Klal Israël : nul ne se tient à part du peuple
    Rambam (Techouva 3:11) : se réjouir et pleurer avec Israël, et le lien au Klal dans la mitsva.
    58 min
  7. 22
    Le Kouzari : la rencontre concrète avec Hachem
    Le mashal du roi d'Inde : pourquoi la Torah ne se déduit pas seulement de la raison.
    1 h 01
  8. 23
    La Torah donnée à Israël seul, selon le Kouzari
    Le roi des Khazars objecte que la Torah ne concerne que le peuple d'Israël ; le Rav répond par le statut du guer.
    60 min
  9. 24
    Israël, les guerim et les nations selon le Kouzari
    Le Rav Partouche examine la place des guerim parmi les nations et le sens de la Galout.
    57 min
  10. 25
    Le Kouzari : résumé et premier dévoilement
    Rappel des grandes étapes du livre, de la chaîne des maîtres à la question de l'acte qui fonde la émouna d'Israël.
    48 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav