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Le philosophe et le besoin de Dieu selon le Kouzari

Le philosophe nie que Dieu ait besoin de nos mitsvot ; la Torah répond en trois étapes, de l'absolu à l'association.

59 min

Rav David Partouche

Ensuite : Le Dieu détaché du monde : la philosophie face à la Torah, 59 min

En bref

Le cours part du Kouzari de Rabbi Yehuda Halevi et de la question du philosophe : Dieu a-t-il besoin de nos mitsvot et de nos prières ? Le Rav Partouche montre que le philosophe répond non, que l'idolâtrie répond oui, et que la Torah tient une position médiane en trois temps : Dieu n'a pas besoin de nous, il a voulu avoir besoin de nous, il compte désormais sur nous. Il explique aussi comment la fin de la prophétie a ouvert la voie à la philosophie, et pourquoi Béréchit se lit comme un projet donné par Dieu, et non comme un simple hasard.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Retsuya, que ton intention est bonne, Avalma Secha, Enan Retsuyim, mais tes actes sont mauvais. Et donc, qu'est-ce que faisait le roi de Kaza ? Il pratiquait beaucoup d'idolâtrie, il a renforcé son service de l'idolâtrie, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il fallait chercher la vérité ailleurs. Il va alors se tourner vers le philosophe, et le philosophe va lui dire: HaKadosh Baroukh Hou, na ni Sina, ni En.

On s'est arrêté ici, à partir de la petite histoire que je vous ai racontée. Il m'arrive de venir en France. Chaque année, je vais en France pour rencontrer les jeunes étudiants francophones, les jeunes lycéens, pour leur proposer d'étudier à la yeshiva en Israël. Le cours principal que je fais porte sur ce sujet-là. Cela commence par le Kouzari. Le Kouzari met en avant le philosophe.

La véritable question qui se cache derrière ce philosophe, c'est: Hachem, Dieu, a-t-il besoin de nos services, de nos mitsvot ? Dieu a-t-il besoin de nous ? Je vous avais dit la semaine dernière qu'on s'était arrêté ici, et qu'il s'était passé quelque chose de très bizarre. Dans la majeure partie des cas, les élèves...

80 %, pas tous, mais 80 % des élèves, ce qui représente beaucoup, disent: « Dieu n'a pas besoin de nous ». Quand on les pousse un peu vers leurs limites, ils arrivent à dire devant nous: « En effet, Dieu n'a pas besoin de nous ». Vous savez bien ? Maintenant, on va essayer de comprendre la position du philosophe. La position du philosophe est qu'en effet, Dieu n'a pas besoin de nous. Et faites très attention: le philosophe qui est représenté dans le texte de Rabbi Yehuda Halevi est un philosophe religieux.

Les gens posent la question: comment se fait-il que Rabbi Yehuda Halevi n'ait pas posé la question du philosophe, « Dieu existe-t-il ou n'existe-t-il pas ? » ? On commence tout de suite par le discours du philosophe qui dit: Dieu ne s'intéresse pas à toi, il n'a ni haine ni amour, il n'écoute pas tes prières, il n'attend pas tes mitsvot. Alors qu'il aurait pu poser la question avant: Dieu existe-t-il ou pas ?

Il semblerait que pour Rabbi Yehuda Halevi, la question n'est pas: Dieu existe-t-il ou pas ? La question est: même s'il existe, est-ce qu'il est Mashguia ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Ce n'est pas seulement l'existence de Dieu qui est en jeu, et ce n'est pas uniquement l'existence de Dieu qu'on attend: c'est de savoir s'il s'intéresse à ce monde, s'il attend nos mitsvot, s'il attend nos prières. Et là, je vais devoir vous expliquer deux étapes importantes. Regardez. Je vais faire un partage d'écran.

Pour récupérer une Mishna que nous avons dite oralement, mais qu'il faut rappeler pour comprendre la suite. David, super, partage d'écran, excellent. Est-ce que vous voyez bien ? C'est grand ? David, ça va ? C'est parfait. Regardez, ici, on a la première Mishna des Pirkei Avot, les chapitres des principes. Cela signifie, en hybride français, « chapitres des principes ». Ce sont des principes de morale, des principes de vertu. C'est la Mishna du Moussar, la Mishna de la morale.

Mais avant de nous parler de la morale, on nous dit: Moshé Kibel Torah MiSinaï. Je traduis pour que vous compreniez le mot: Moshé a reçu la Torah du Sinaï, Oumsara'a leYehoshoua, il l'a transmise à Josué, Veyehoshoua leZkénim, Josué l'a transmise aux anciens.

Tout enfant, toute personne connaît cette première Mishna, celle du traité des principes. Mais il faut comprendre de quoi on parle. Première chose: le Maharal de Prague se pose la question. Il y a la Mishna de la émouna, qui est le Kouzari, mais il y a aussi la Guemara de la émouna, celle qui se commente dans la Mishna, c'est le Maharal de Prague. Et il y a aussi, et c'est tellement extraordinaire, le Choul'han Arou'h qui va fixer la loi, c'est Orot du Rav Kook.

Que veut dire cela ? Lorsqu'on étudie le Kouzari, c'est la base de la émouna. Mesilat Yecharim, les Chmoné Pirkei du Rambam, la Voix des Justes du Ramhal, c'est la base de la Moussar. Quand on entre dans le monde du Rabbi Yehuda Halevi, c'est la base de la émouna. Le Kouzari est écrit en cinq chapitres, cinq discours très concis, très courts, qui seront ensuite développés dans tous leurs détails grâce au Maharal de Prague. Quand on étudie le Maharal de Prague, on ne sort pas de Rabbi Yehuda Halevi: on est dans l'explication de l'intériorité de Rabbi Yehuda Halevi.

Et le Maharal de Prague pose la question. Il y a une erreur au niveau de la première phrase: il est écrit Moshé Kibel Torah MiSinaï, « Moshé a reçu la Torah du Sinaï ». Le Maharal dit que c'est une erreur: on aurait dû écrire Moshé Kibel Torah BeSinaï. Moshé a reçu la Torah non pas du mont Sinaï, mais au mont Sinaï. Lorsqu'on veut dire en français à quel endroit, la préposition est obligée d'être BeSinaï, et non MiSinaï, qui veut dire la provenance, « du mont Sinaï ». Parce que ce n'est pas le Sinaï qui a donné la Torah à Moshé Rabbeinu.

Est-ce que jusque-là vous êtes clairs ? Parfait. C'est donc une question du Maharal de Prague. Que répond le Maharal de Prague ? Il dit qu'il faut comprendre la Mishna de cette façon: Moshé a reçu la Torah au niveau où la Torah s'est dévoilée au Sinaï. C'est le niveau du dévoilement au Sinaï. Donc c'est comme si on avait reçu la Torah du Sinaï, de manière différente de ce qu'on aurait pu penser. Si notre niveau au Sinaï était beaucoup plus grand, on aurait reçu une Torah beaucoup plus grande. Si on avait eu un niveau inférieur, on aurait reçu une Torah plus petite. Mais on a reçu la Torah en fonction de ce qu'on pouvait recevoir lorsqu'on était au niveau du Sinaï, c'est-à-dire lorsqu'on est sorti d'Égypte, après les cinquante jours du Omer.

Que veut dire Kibel ? Retenez cela pour tout le livre du Kouzari, parce qu'on va le retrouver. Rappelons que Rabbi Yehuda Halevi a été traduit de l'arabe, et que le mot qui va être souvent utilisé, c'est kabbale ou Mesira, recevoir et transmettre. Ici, Moshé Kibel Torah MiSinaï: de quelle manière peut-on expliquer le mot kabbale, recevoir ? Allez, je vous écoute. Qu'est-ce que veut dire kabbale ?

— Recevoir.

Réchauffer la salle.

— Accepter.

Pas seulement recevoir: accepter aussi. Accepter la Torah. Dans « recevoir », il y a aussi « accepter ». D'accord, recevoir, accepter, c'est vrai. Mais j'aurais pu recevoir un livre de mathématiques, j'aurais pu recevoir un cadeau, j'aurais pu recevoir et accepter beaucoup de choses. De quelle manière précise doit-on entendre Moshé Kibel Torah, kabbale ? Qu'est-ce que cela veut dire, en fait ?

Qu'a reçu Moshé ? Il a reçu une expérience.

— Comment ?

Une expérience. Une expérience de vie. Il a fait une expérience. Mais de quelle sorte d'expérience ? Comment a-t-il reçu la Torah ? …

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