Galout et Gueoula : la fête de l'indépendance selon le Maharal
Le Maharal définit l'exil par trois points, puis pourquoi l'on dit le Hallel à Yom HaAtsmaout.
Plusieurs Rabbanim
Ensuite : Netzach Israël : l'éternité d'Israël selon Rav Kook et Rambam, 58 min
En bref
Le cours est une séance de halakha consacrée à la distinction entre galout et Gueoula, à partir du Maharal de Prague, du Talmud et du Rambam. Le Maharal définit l'exil par trois conditions : ne pas être sur sa terre, être dispersé et soumis aux nations ; la Gueoula est leur contraire. Le critère halakhique d'indépendance tient à la maîtrise de l'armée et de la monnaie, non à l'autarcie. Le cours examine enfin pourquoi l'on dit le Hallel à Yom HaAtzmaout et pourquoi cette fête tombe en Iyar.
Début du cours (texte)
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Erev tov ! Erev tov, bonsoir à tous, à toutes. Je suis très content parce que ce soir c'est plus joyeux, plus détendu que la semaine dernière. Jusqu'à ce que vous me sautiez dessus sur ce qu'on va dire. Mais ça, c'est à mes risques et périls. Les amis, ce soir on ne va pas parler de Yom Hazikaron, parce qu'on a eu notre dose de Rasra la semaine dernière. Et puis parce que demain vous avez une conférence extraordinaire. Mais ce soir on va s'occuper de l'événement de la fête par excellence de ce moment extraordinaire qu'on va vivre cette semaine, à savoir Yom HaAtsmaout. Et tout de suite, il faut bien comprendre quel est le problème. Le problème qu'on a par rapport à Yom HaAtsmaout est, quelque part, le même que celui qu'on a eu la semaine dernière avec Yom HaShoah: la proximité de l'événement.
Pour Yom HaShoah, la proximité de l'événement a fait qu'on a une douleur par rapport à toute cette histoire-là, et on a du mal à avoir un jugement détaché des sentiments. Pour Yom HaAtsmaout, ce n'est pas la douleur, c'est la proximité de l'événement et le sentiment positif par rapport à ce qui nous arrive, ce trop-plein de sentimentalisme, qui nous empêche de regarder cet événement avec des yeux purement halakhiques. Alors voilà. Si vous croyez qu'on va avoir un cours d'action ce soir, non, on va faire un cours de halakha. Je vous rassure, il y a besoin d'air.
Mais pourquoi ? Parce que quand on rentre dans la question du sionisme, que ce soit pour ou contre, j'ai remarqué que ce sont toujours les gens qui sont chauds qui parlent avec énormément de pathos, avec énormément de conviction, mais sans se baser sur quoi que ce soit. C'est du vécu, du ressenti. « Mais comment tu peux dire que ce n'est pas vrai, moi je le ressens pas ! Et puis regarde les problèmes qu'il y a ! Et puis regarde... Mais non, t'as pas vu la grandeur ! » Nous, il va falloir qu'on se calme et qu'on voie les choses de manière très concrète, très terre-à-terre.
Depuis le début de notre voyage ensemble, il y a des notions qui reviennent très souvent dans nos chiourim. Une de ces notions, que j'ai très souvent dite, et d'ailleurs pour les cours de Pessah on en a parlé et reparlé, ce sont les notions de galoute et de Gueoula. Oui, Yom HaAtsmaout, c'est la fête de la Gueoula. Vous comprenez bien qu'on ne peut pas se limiter à une phrase comme celle-là. Il serait temps, peut-être, une fois pour toutes, d'avoir une définition. Qu'est-ce que c'est, la Gueoula ? Concrètement. Qu'est-ce que c'est, par exemple, et on ne va pas en parler ce soir, qu'est-ce que c'est, le Machiah ? C'est forcément une question que beaucoup de gens se posent. Sans vous donner une réponse positive, parce que ce n'est pas le cours, je vais d'abord vous dire ce que ce n'est pas. Et comme ça, ça va nous aider à entrer dans la Gueoula.
Le Machiah, ce n'est pas Harry Potter avec des peyotes. Parce que dans notre conscience collective, le Machiah, c'est un truc mystique, c'est une espèce de rabbin avec des super-pouvoirs. Ch'tuyot, demi-tsagvanyot. Ce n'est pas ça que la Torah appelle le Machiah. La Gueoula a aussi une définition. Pour comprendre d'abord ce qu'est la Gueoula, on va essayer de mettre le doigt sur ce qui est son inverse: ce qu'est l'exil, la galoute. Alors on pourra, sans gros problèmes, découvrir ce qu'est la Gueoula.
Mes amis, la galoute, même si aujourd'hui c'est devenu une expression dans le langage courant, la galoute n'a rien à voir avec la spiritualité. La notion de « galoute spirituelle » est une notion nouvelle, d'il y a vingt ans, qui n'existait pas avant, et certainement pas dans la Torah. Alors qu'est-ce que c'est ? Il faut qu'on rentre avec des sources, avec du concret. La première source que je voudrais vous ramener ici, c'est un rabbin qui, je pense, est reconnu chez tout le monde. C'est un vrai rabbin, officiel: le Maharal de Prague. Certes, il est Ashkenaz, mais bon, ça n'est pas grave. Le Maharal de Prague donne la définition de l'exil, tout simplement. Dans son livre Netzach Israël, il nous donne, dans le premier chapitre, la définition de la galoute.
Qu'est-ce que l'exil ? Pour le Maharal, l'exil, ce sont trois choses. C'est en trois points. Regardez. Il y a l'exil, et c'est sûr qu'il y aura la Gueoula. Bon d'accord, mais c'est quoi ? Il nous le dit. L'exil, c'est sortir de ce qui est naturel. Bon d'accord, mais c'est quoi ? Il va nous dire tout simplement: « Ve-Sider Israël. » Il nous dit que ce qui est naturel, c'est que chaque peuple a sa terre, et donc nous aussi, en Israël, nous avons une terre. Le premier point de ce qu'est l'exil, la galoute, c'est quand Israël n'est plus sur sa terre. Je le lis: la galoute, c'est quand on est sorti d'Erets Israël. Premier point: c'est quand on n'est pas ici.
Deuxième point: lorsque les Juifs sont dispersés dans les quatre coins du globe. Troisième point: lorsqu'on est soumis aux nations, soumis au bon vouloir des nations. Donc le Maharal de Prague nous dit ce qu'est l'exil: trois choses. Quand on n'est pas en Israël, dispersé et soumis aux nations. Voilà la définition de l'exil. Vous remarquerez que le Maharal de Prague n'a pas parlé d'exil spirituel, qu'on n'a pas de Torah, qu'on n'a... Ce n'est pas de ça qu'on parle. On parle d'une définition très concrète: pas ici, dispersé et soumis aux nations. Très bien.
Donc si la galoute est l'inverse de la Gueoula, alors qu'est-ce que la Gueoula ? C'est trois choses. C'est lorsqu'on est ici, réunis, et indépendants. Ce sont trois conditions qui vont ensemble. Des N ou des O ? Des E ou des O ? Ah, des E ou des O... D'après le Maharal, pour l'instant, ce sont des conditions qui se suivent, c'est-à-dire que ce sont trois choses qui n'en font qu'une. Lui voit les trois comme formant un ensemble, une entité. Pas ici, dispersé, et soumis.
— On pourrait faire un État en Ouganda, par exemple. La question s'est posée.
La question s'est posée, effectivement. Si on avait été en Ouganda, semble-t-il, ça aurait été mieux que ce qui se passait en Pologne, mais il nous manque une des étapes. On peut être ici et soumis. On peut être ici et soumis également, comme c'était à l'époque de Hanouka, avant la révolte des Hasmonéens, bien évidemment. Donc on voit qu'il faut, ici, être rassemblés et indépendants.
— Comment on définit « rassemblés » ?
Ah, il a fait mieux que moi. Justement, j'allais dire... Tu m'as précédé de trente secondes, mais juste avant que tu dises ça, j'allais te dire: voilà ! Donc aujourd'hui, Gueoula, sans questionnement possible ! On est ici, on est rassemblés, et on est indépendants.
Cours d'Orot veKelim
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