Terre d'Israël et État d'Israël, une même histoire
Pourquoi David a été considéré comme en exil hors de la terre, et pourquoi la souveraineté juive est une mitsva.
Plusieurs Rabbanim
Ensuite : Du jour du souvenir à l'indépendance, le passage de la lumière, 55 min
En bref
Le Rav, à l'occasion de Yom HaAtzmaout, soutient que la terre d'Israël et l'État d'Israël ne se confondent pas, mais que la mitsva de conquérir et d'habiter la terre suppose une souveraineté juive sur elle, comme le montre le récit de David chez le roi de Gath. Il affirme que le judaïsme est aussi une nation dont la Torah doit pénétrer la politique, et que la fondation de l'État est la réalisation de cette mitsva. Il appelle à rejoindre l'effort collectif en Israël plutôt qu'à rester à distance, et à considérer l'État actuel comme une étape de la Gueoula.
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Je rappelle à chaque fois que notre étude, je vous souhaite tous la bienvenue, et merci d'avoir suivi. Tous les rabbins qui parlent vont dans un seul et même sens: le sens du retour, le sens de la version réelle et authentique de notre identité.
Je vous remercie d'être présents, de plus en plus nombreux. Le sujet est tellement énorme qu'il demande en fait une réflexion continuelle, qui dure en réalité des années. Ce sont toutes les années que nous sommes en train de vivre réellement dans notre histoire actuelle, une histoire devenue une histoire géographique.
On se demandait toujours pourquoi les profs d'histoire étaient aussi les profs de géo. Eh bien voilà, c'est parce que l'histoire d'Israël a rejoint la géographie d'Israël, et ça, c'est quelque chose d'énorme. Pendant 2000 ans, le judaïsme s'est contenté de n'avoir que deux pôles. Le pôle du temps: les rabbins en dehors d'Erets Israël ne géraient que le temps.
On faisait la brit milah, Zeved Habbat, Bar Mitsva, Bat Mitsva, mariage, fiançailles, enterrement. Voilà l'histoire du judaïsme pendant 2000 ans. Avec une étude de Torah au milieu, il n'y avait pas la troisième notion, la terre, l'espace. L'espace n'était pas là, et c'est énorme. Ça veut dire que nous n'avions qu'un judaïsme boiteux:
l'identité de l'homme et la notion de temps, mais un temps sans espace. Nous étions les juifs du spirituel, sans avoir de matière. Alors effectivement, le Rav David et les rabbanim d'avant ont touché toute cette importance, cette beauté de la terre d'Israël. Mais moi, je voudrais ajouter une deuxième couche. Vous savez que:
la mitsva n'est pas de venir habiter la terre d'Israël. Autrement dit, selon le Rambam et Nahmanide, si vous venez habiter en Israël mais qu'il n'y a pas de souveraineté juive israélienne sur cette terre, vous n'appliquez pas la mitsva de venir conquérir la terre. De qui apprenons-nous cela ? Du roi David lui-même. Le roi David a dit un jour:
« David HaMelech, un jour, on m'a renvoyé de la terre d'Israël, et j'étais obligé d'aller servir d'autres dieux. » La Guemara se pose la question: David HaMelech, le roi d'Israël, a-t-il servi d'autres dieux, de la avodah zara ? Nous dit la Guemara: non. Mais David HaMelech a un jour quitté Jérusalem pour aller dans une des villes de la terre d'Israël qui s'appelait Gath, aujourd'hui Kiryat Gath.
Seulement, à Kiryat Gath, il n'y avait pas de souveraineté juive. Il y avait le roi Achish, le roi de Gath. Écoutez bien: étant donné que David HaMelech était encore dans les frontières de la terre d'Israël, mais est entré dans le domaine
d'un autre roi, de la souveraineté d'un autre roi sur le territoire d'Erets Israël, on considère comme si David avait quitté la terre d'Israël. Et donc la Guemara nous dit que quiconque quitte la terre d'Israël est comme celui qui sert la avodah zara. Terrible. David lui-même, malgré lui, s'est considéré ainsi, et il le dit de lui-même:
« Un jour, j'ai fait de la avodah zara, parce que j'ai quitté la terre d'Israël. » Mais tu n'as pas quitté la terre, tu étais encore dans les frontières de la terre. Oui, certes, mais ce n'était pas sous la souveraineté d'un roi d'Israël. Et donc c'est considéré comme aller à l'extérieur de la terre et sortir de la terre d'Israël. C'est automatiquement, selon la Guemara, servir d'autres dieux.
Pourquoi je vous dis ça ? Parce que beaucoup de gens se trompent et font l'amalgame, et les étudiants aussi, entre la terre d'Israël et l'État d'Israël. Ce n'est pas pareil. Alors je vous pose la question: si nous avons une terre, pourquoi avoir un État ? Une question telle que celle-ci n'est posée que chez ceux qui ont une faiblesse au niveau de leur certitude concernant le fondement du judaïsme.
On ne peut pas poser une telle question. Parce qu'en réalité, si tu ne comprends pas que le judaïsme n'est pas une religion, mais une nation, dans tous les sens du terme, sans enlever le côté politique, bien au contraire, eh bien tu n'as pas compris le véritable sens du judaïsme. Une autre question se pose, qui va dans la même direction:
pourquoi les rabbins s'occupent-ils de politique ? C'est la même idée. Si les rabbins ne s'occupaient pas de politique, ça voudrait dire que la Torah est confinée à la yeshiva, qu'elle est limitée à son ciel spirituel. Mais pas du tout. Le judaïsme, c'est la parole divine qui circule dans toutes les veines
de l'existence. Et si l'une des veines, et la veine principale, j'allais dire, de l'existence, c'est la politique humaine, on ne peut pas considérer que la Torah ne pénètre pas par cette artère politique. Parce que HaKadosh Baroukh Hou ne s'occupe pas seulement de son ciel, mais il s'occupe aussi de sa terre, de la direction précise de sa terre et de son peuple sur sa terre.
Autrement dit, la Torah d'Israël est une Torah qui est la construction concrète d'un monde tout entier, qui s'habille dans un programme divin, mais habillé dans les événements et dans les vêtements de ce monde. Et les vêtements de ce monde, c'est la politique. C'est-à-dire qu'il y a ici quelque chose d'étatique,
ce ne sont pas des idées religieuses. Vous savez pourquoi c'est dangereux ? Tout simplement parce que ceux qui ne comprennent pas l'importance de l'État et de la souveraineté d'Israël sur sa terre pensent que la Torah, c'est seulement une étude. Donc une étude n'a pas besoin de terre. Je peux étudier la même Torah à Strasbourg, je peux l'étudier à New York.
Mais la Torah vient nous dire: pas du tout, tu n'as rien compris à l'histoire. La Torah vient s'habiller dans la structure étatique de ce peuple. On appelle ça Goy Gadol. C'est ce qu'Abraham a reçu comme prophétie. Et donc la Torah n'est pas un livre d'éthique spirituelle ou un mode de vie, comme on avait l'habitude de dire en France. Ce n'est pas du tout un mode de vie.
C'est l'histoire du peuple d'Israël, porteur du message divin pour l'humanité tout entière. Or, pour être un peuple, il faut avoir une souveraineté sur une terre. Il ne s'agit pas d'avoir des textes. Le judaïsme, ce n'est pas un bouquin. Et on tombe tous dans ce piège, malheureusement: on a l'impression que, si tu as la Torah, tu es tranquille.
Je vous rappelle la Guemara: Kol ha-omer ein li ella Torah, afilu Torah ein lo. Celui qui croit qu'en ayant la Torah il a tout, il n'a rien. Pourquoi ? Parce que la Torah demande le pendant, et le pendant de la Torah, c'est la royauté, la malchout. Dans la Kabbale, ça s'appelle Sefirat HaMalkhout, et dans le monde dans lequel nous vivons,
c'est tout simplement une infrastructure politique qui va gérer ces valeurs de l'infini, béni soit-Il. Et donc le but même de toute la Torah, c'est de véhiculer les valeurs de l'infini dans notre monde. Et pour véhiculer ces valeurs dans notre monde aujourd'hui, malheureusement ou heureusement, c'est l'état des choses: ce n'est que par la politique.
Cours d'Orot veKelim
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