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La sainteté de Yom HaAtsmaout selon le Rav Cherki

Pourquoi la fête de l'Indépendance n'a pas de sens religieux, mais touche à la mission du peuple d'Israël.

36 min

Plusieurs Rabbanim

Ensuite : La tempête annoncée par le Rav Kook et la résurrection d'Israël, 57 min

En bref

Le Rav explique pourquoi la fête de Yom HaAtzmaout n'a pas de signification religieuse au sens chrétien : le judaïsme est une nation et une Torah, et la fondation de l'État d'Israël accomplit le projet de la création, qui est de rendre la créature autonome. Il montre que cette indépendance ne se réalise pas par une intervention miraculeuse mais par l'action humaine conjointe à la Providence, et que la reconnaissance envers Hachem en est l'épreuve décisive. Il relie enfin Yom HaAtzmaout aux autres fêtes et aux mitsvot du Beit Hamikdash, et à la chutzpah du peuple, forme de la Guéoula.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bon, je vais, en introduction, vous raconter une petite histoire. En son temps, mon maître, le Rav Yehuda Ali Ouachkenazi, Manitou, m'a demandé d'intervenir auprès d'un public d'ecclésiastiques francophones. Des bonnes sœurs, des curés, tout ça. On appelait en Algérie les corpangines, c'est-à-dire des ecclésiastiques.

Dominica, dans un monastère à Jérusalem. Bon, si mon Rav me dit d'y aller, j'y vais. Je leur ai demandé de quoi ils voulaient que je leur parle. J'ai dit: « Nous voudrions, Monsieur le Rav, vous savez, ils ont un style un peu onctueux comme ça, ecclésiastique, voulez-vous bien nous parler de la signification religieuse de Yom HaAtsmaout ? »

J'arrive. On a discuté pendant deux heures et demie. Et je leur ai expliqué que je ne pouvais pas parler de la signification religieuse de Yom HaAtsmaout, pour une raison très simple: il n'y a pas de signification religieuse à Yom HaAtsmaout. De même qu'il n'y a aucune signification religieuse à la fête de Pessah, ni au Chabbat, ni à aucun des commandements du judaïsme.

La raison est très simple: le judaïsme n'est pas une religion, c'est une nation, une identité nationale. Et donc rien n'est religieux. Cela peut être divin, si vous voulez, cela vient de Dieu, mais c'est adressé à une nation, pas à une communauté religieuse. Immédiatement, j'ai reçu une pluie de questions, d'objections, du style: comment peut-on s'identifier à un État où l'on transgresse le Chabbat ? Il n'y a pas de tsniout chez les femmes ?

Et puis, de toute façon, il faut attendre que le Machiah revienne. Et puis, c'est quand même… c'est la force de mon bras. Enfin, comment peut-on accepter ça ? Je connaissais ces objections, je les avais entendues ailleurs, et j'ai découvert la source. C'est assez surprenant. Il a fallu, évidemment, que je leur explique tout ce que cela pouvait vouloir dire. Par exemple, pour le fameux verset qui dit:

« C'est ma force et la puissance de mon bras qui m'a fait cette réussite. » Je leur ai expliqué que cette phrase est un commandement de la Torah, ainsi qu'il est dit: ce qu'on appelle l'orgueil national fait partie des commandements de la Torah. Évidemment, ils se sont dit que ce rabbin était complètement fou.

Je leur ai dit: « Mais je vais vous le prouver, amenez-moi une Bible. » Ils m'ont amené quelque chose à plein de croix. J'ai demandé: « Non, non, non, autre chose, vous n'avez pas quelque chose sans croix ? » Alors ils ont amené une autre édition. Et je leur ai expliqué tout ce qu'enseignent le Ran, Rabbeinou Nissim de Gérone, ainsi que Rabbi Yitzhak Abravanel, et qu'on retrouve dans d'autres textes également, sur la base du Semag, entre autres. Quand la Torah dit: « Tu diras: c'est la force de mon bras », il y a un supplément: Vezacharta.

« Tu te souviendras de l'Éternel, ton Dieu, car c'est Lui qui te donne la force de réussir. » De même, dans la Torah, vous avez la fameuse expression Ve'achalta ve'sava'ta, tu mangeras et tu seras rassasié, et après la Torah dit Ouverakhta, tu béniras. Donc on doit être rassasié pour faire le Birkat Hamazon, on doit être fier de ce que l'on a fait pour pouvoir se souvenir de Dieu. C'est ça que ça veut dire. Évidemment, cela a été pour eux un énorme chidouch.

Finalement, une des bonnes sœurs présentes a demandé: « Mais enfin, est-ce que vous allez construire le Temple ? » Je lui ai dit: « Mais bien sûr ! » Elle a failli s'évanouir. Elle m'a dit: « Finalement, ce que vous dites n'est pas possible, Monsieur le Rabbin, parce que, d'après la Torah, ce sont des hommes qui vont construire le Beit Hamikdash, or, d'après la Torah, le Beit Hamikdash sera construit par le Machiah. »

Avec beaucoup de charité chrétienne, je lui ai rappelé que, selon la tradition juive, le Messie est un homme. Un homme, un être humain. D'accord ? Bon. Maintenant, une fois que nous avons donné cette information, il est très important de comprendre quelle est la stratégie de la Torah par rapport à l'événement de l'indépendance d'Israël, la fondation de l'État d'Israël. Qu'est-ce que cela signifie ?

Dans le cadre du calendrier hébraïque, de manière générale, et de manière plus générale encore, quel est le projet ? Le projet, si vous voulez, je vais être un peu prétentieux, le projet du Saint, béni soit-Il, le projet de la Providence dans la fondation de l'État d'Israël, qu'est-ce que cela veut dire ? On peut dire beaucoup de choses, mais je voudrais m'arrêter sur un point très important: la notion d'indépendance.

La notion d'indépendance est intrinsèquement liée à l'idée de création. Là, je voudrais rentrer avec vous dans la sphère métaphysique. Cela va demander un effort intellectuel absolument incroyable, mais vous allez le faire quand même. Vous savez que, d'après la Torah, le monde est créé. Êtes-vous d'accord ? Oui, d'après la Torah, le monde est créé.

Cela veut dire que le monde est le fruit d'un acte de volonté de l'Infini, qui a voulu que le monde soit. Pour l'instant, je ne dis pas de bêtises ? Vous acceptez ou pas ? Allez-y.

— Dans le Zohar, on dit que Dieu a créé le monde futur avant de créer ce monde-ci.

Très bien, très bien. Donc maintenant, je voudrais arriver à une conséquence très grave de ce que je vais dire: cela veut dire que le monde n'est pas Dieu. Le monde n'est pas…

Vous êtes d'accord ? C'est là que ça va commencer à grincer. C'est une création de Dieu. Oui. Si le monde est une création de Dieu, c'est donc que le monde n'est pas Dieu. C'est d'accord ? Je dis cela parce qu'à cause d'affluences populaires, d'expressions chassidiques, on a tendance à oublier ces choses-là. On dit: « Le monde est rempli de Sa gloire, Dieu est partout », etc. On oublie alors que nous ne sommes pas Dieu, nous sommes une créature. D'accord ?

Dans le langage des kabbalistes, par exemple, si je prends l'enseignement du Baal HaSoulam, du Rav HaShlag: si Dieu est celui dont l'être consiste à donner l'être, la création est celle dont l'être consiste à recevoir l'être. C'est donc une antithèse, ce n'est pas du tout la même chose. D'accord ? Dieu donne, la créature reçoit. Jusque-là, vous êtes d'accord ? Génial. Donc on va pouvoir avancer.

Cela veut dire que s'il y a un projet dans la création, ce projet est de créer quelque chose qui est autre, en altérité totale par rapport au Créateur. Créer veut dire, si c'est vraiment sérieux, que ce n'est pas une plaisanterie, que le Saint, béni soit-Il, ne se moque pas de nous. Si Dieu est véritablement Créateur, cela veut dire qu'Il veut donner à l'être créé son indépendance, son autonomie totale. Tant qu'il n'y a pas d'autonomie de la créature, le projet de la création n'est pas encore véritablement réussi.

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