Le Chema avant de dormir et les mazikim
Pourquoi réciter le Chema au lit : l'épée à double tranchant et la protection contre les nuisibles.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : David et le service nocturne dans l'Ein Haya, 43 min
En bref
Le Rav Eytan Fiszon commente la Guemara de Massechet Berachot (Eyn Yaakov) sur la récitation du Kriyat Shema avant de dormir, comparée à une épée à double tranchant qui protège contre les forces nocturnes. Il explique pourquoi on la répète le soir après une Arvit dite tôt, et comment elle maintient l'esprit tourné vers la Torah et les mitsvot au moment de s'endormir. Il aborde aussi, à partir des enseignements du Rav Kook, la lutte entre le yetzer hara et le yetzer tov, qui se joue dans l'homme y compris pendant le sommeil.
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Voici l'explication des Aggadot du traité Berakhot, par le Rav Kook, dans la Ein Yaakov. Nous sommes à la page du début du chapitre, en haut de la page de la Guemara. Amar Rabbi Yitzhak:
## Le Chema avant le sommeil
Kol ha-koré kriat Chema al mitato, keilu ochez herev pifiyot be-yado. Celui qui récite le Kriyat Chema sur son lit, c'est comme s'il tenait dans sa main une épée à double tranchant.
D'abord, qu'est-ce qu'une épée à double tranchant ? Il faut savoir que les épées de l'Antiquité, telles qu'on a pu les retrouver dans les fouilles archéologiques, n'étaient pas des épées qui coupaient des deux côtés.
C'était une épée à un seul tranchant. Parfois, d'ailleurs, elle était arrondie, avec un côté qui coupait et un côté qui ne coupait pas. Donc elle était moins efficace qu'une épée à double tranchant. Pourquoi faisait-on cela ? Parce qu'une épée à double tranchant était beaucoup plus dangereuse. Pour protéger le soldat qui ne maîtrisait pas forcément très bien son épée, on ne mettait qu'un seul tranchant. Là, il s'agit d'une arme encore plus puissante, puisqu'elle a deux tranchants.
La Guemara nous explique pourquoi elle fait le lien entre ces deux versets: il y a deux versets qui parlent de la même chose, l'un qui parle de chéref pifiyot, et l'autre…
…qui parle de tenir fermement son arme. On a donc fait le lien entre les deux. C'est simplement pour expliquer d'où la Guemara a tiré ce verset. Et enfin, on nous dit: Veham[ar] Abaye Yitzhak. Kol ha-koré kriat Chema al mitato, mazikin bedelim mimeno: les nuisibles, et nous allons voir de quoi il s'agit, ne l'attaquent pas. Ch[e]nehemar: Ubener reshef yakbiru ouf.
Revenons en français quelques instants. Il s'agit du Kriyat Chema à la mita, c'est-à-dire au moment du coucher. Vous le savez, on est tenu de dire deux fois le Chema dans la journée, puisqu'il est écrit: UvechokhbeKha uvekumekha; quand on se couche et quand on se lève. On le dit donc deux fois: une fois le soir, une fois le matin. Mais cela, c'est pour la prière. Il y a la Tefila du matin, Cha'harit, où l'on dit le Chema, et la Tefila du soir, Arvit, où l'on dit le Chema. Pourquoi faut-il alors redire le Chema dans son lit avant de dormir ? Réponse de Rachi, et développée par les Tossafot.
## Pourquoi redire le Chema avant de dormir
Parce que le Chema qu'on dit le soir à la synagogue ne compte pas. Pourquoi ne compte-t-il pas ? Parce que, selon Rachi et les Tossafot, dans leur région, chez eux, donc en France, mais ce n'est pas seulement en France, aujourd'hui c'est, je ne sais pas, en Israël c'est différent, mais dans la Diaspora, dans quatre-vingt-dix pour cent des communautés, on fait en été la prière du soir bien avant la nuit, dès l'après-midi.
Bien avant la nuit. Pourquoi ? Parce qu'il y a des endroits où la nuit tombe très tard. Prenez la France: à partir du mois de juin, la nuit tombe à neuf heures du soir, et après dix heures, dix heures et demie du soir, le Chabbat se termine parfois à dix heures et demie. Croyez-vous vraiment que les gens reviendraient à la synagogue à neuf heures du soir, en semaine ? Bien sûr que non. Alors que font les gens ? Ils font Arvit juste après Min'ha, le plus tard possible, vers sept heures, allez, on y va. Parce qu'on sait très bien que les gens ne vont pas rester.
Donc, disent Rachi et les Tossafot: comme on a dit le Chema alors qu'il faisait encore jour, il ne compte pas vraiment, et il faut donc en redire un juste avant de dormir pour s'acquitter de l'obligation du Chema. Mais ceci n'est qu'une explication technique.
Parce que tout le monde récite le Kriyat Chema à la mita, y compris ceux qui font la prière du soir à l'heure. En Israël, tout le monde fait Arvit à l'heure voulue. Et pourtant, on récite quand même le Kriyat Chema. Je vais même pousser le raisonnement plus loin: en Israël, certaines communautés font le Chema un peu avant la nuit, parce qu'elles ont aussi fait Min'ha et Arvit plus tôt.
Le rabbin vous dit: « Zman Kriyat Chema est dans vingt-sept minutes, n'oubliez pas de redire le Chema. » Disons que l'homme a fait sa Tefila à six heures et demie, et que le Kriyat Chema était à sept heures douze. Il va redire le Chema à sept heures treize, mais il ne va pas se coucher à ce moment-là. Et il va quand même refaire un Chema au moment du coucher, je ne sais pas, à minuit moins le quart. Voilà ce que dit la Guemara:
Kriyat Chema ha-lamita, yeshlo'ha … et il vient nous protéger des mazikim. De quoi parle-t-on ? Venez, on entre dans l'explication du Rav Kook. Nous sommes ici dans la Guemara, dans l'Ein Yaakov*, en bas de la page. Remontons un peu, voilà, parfait. Amar Rabbi Yitzhak…
## L'homme: corps et sekhel
Donc nous avons dit… Adam, ou meurkav, kohot ha-sekhel … L'homme, nous dit le Rav Kook, est composé de deux dimensions: une dimension physique et une dimension spirituelle, d'esprit. Du côté de son sekhel, de son intellect, de sa dimension spirituelle, il est très puissant.
Le sekhel de l'homme est très puissant pour faire face à tous les problèmes qui peuvent se présenter devant lui. C'est-à-dire que mon sekhel n'a pas de limites: je peux faire face à n'importe quel problème qui arrive.
Mais parfois, c'est son corps qui ne suit pas. Par exemple, j'ai très faim, mon ventre gargouille, et je passe devant un endroit qui fait des pâtisseries extraordinairement bonnes, qui vient de terminer une fournée fantastique. Mais ce n'est pas casher.
Mon sekhel sait très bien dire: bah, pitom, ce n'est pas casher, non, je ne mange pas casher. Et de toute façon, je sais que dans trois kilomètres il y a une autre boulangerie casher, où je pourrai acheter, et ce sera bon aussi, et ce sera casher. Mais peut-être que mon corps gargouille tellement fort, et que mes narines ressentent tellement l'odeur de ce qui vient de sortir du four, que je vais craquer. C'est-à-dire que ce n'est pas le sekhel qui me fait tomber. C'est le corps qui me fait tomber.
## Une digression sur la flemme
Et nous sommes tous conscients que très souvent, c'est pour des raisons… Prenons des exemples qui nous concernent tous. Bien sûr qu'il faut étudier la Torah le jour et la nuit, veagita bo yomam valayla. Oui, mais je rentre d'une journée de travail infernale, et je vous promets que la seule chose que je veux, c'est m'installer dans le canapé. Une petite série sur Netflix, un petit verre de vin, et on n'en parle plus, et on est contents.
Non, mais vous avez un cours là. Il y a un cours, le Rav fait un cours. Ah non… Moi, je n'ai pas du tout envie de ressortir à dix-neuf heures pour voir le chiour …
Cours d'Orot veKelim
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