Techouva : le flux divin qui descend vers nous
Le verset de Devarim 4:30 montre que la techouva part du haut et descend vers la nature, avant toute notion de faute.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : La techouva comme flux divin dans le monde, 1 h 15
En bref
Le Rav Yoël Benharrouche explique que la techouva ne se réduit pas au repentir d'une faute : c'est un mouvement de l'infini vers le fini, où le Tétragramme se révèle dans la nature (Elohim). Il montre que la techouva précède la création, et qu'elle consiste à laisser la lumière divine traverser notre vie au lieu de « revenir vers Dieu ». Il en tire des conséquences concrètes : la Simha comme condition pour que les canaux s'ouvrent, et le don comme manière de ressembler à Dieu.
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Merci, merci à David, merci au Rav Eytan Fiszon. Bien, Hachem, aujourd'hui c'est en fait un renouveau, puisque nous recommençons l'année bien avant le début de l'année. Mais nous sommes à la veille du mois d'Elloul. Le Rosh Chodesh aura lieu demain soir, mardi et mercredi. Étant donné que nous sommes à la veille du mois de la techouva, il me semble important d'introduire aussi cette notion avec la vision kabbalistique qui lui correspond.
En effet, la techouva est un sujet énorme, primordial, central dans le judaïsme. Et quand je parle de techouva, je sais que vous avez l'habitude d'entendre cette notion par rapport à des fautes commises. Mais là, nous allons expliquer, nous allons comprendre que la techouva est bien avant la notion de faute, et j'allais dire même qu'elle n'y est pas liée.
## Le verset de Va'ethanan
Alors, pour ce faire, nous allons commencer par le verset de la Torah, comme il se doit, concernant la techouva. Or, il y a quelque chose de très, très important, qui va directement nous toucher au niveau kabbalistique, puisque le verset concernant la techouva se trouve dans le livre de Devarim, au chapitre 4, dans la paracha de Va'ethanan. Il est dit: « Veshavta ad Adonai Elohecha veshama bekolo » — « Tu reviendras jusqu'à l'Éternel ton Dieu, et tu écouteras, tu entendras Sa voix ». En français, cela ne veut rien dire, « l'Éternel ton Dieu », mais nous allons essayer quand même de comprendre ce que cela veut dire.
Effectivement, le tétragramme représente l'infini, l'éternité, le monde du transcendant, c'est-à-dire celui que nous ne sommes pas capables d'intégrer dans nos vies, dans notre nature. Pour que ce Dieu transcendant, qui est au-delà et bien au-delà de nos vies, puisse pénétrer dans nos vies, il faut que ce nom soit associé à un autre nom, qui va jouer le rôle d'un étui pour le premier. Si ce nom-là, le tétragramme, représente la lumière, l'autre nom qui est juste à côté de lui, Elohim, est synonyme d'étui, c'est-à-dire d'ustensile, de réception, pour justement percevoir le transcendant.
Avec des mots simples, nous avons ici l'accouplement de deux noms: Adonai Elohim. De la même manière que, durant les fêtes, nous disons toute la journée: Adonai Hou Ha Elohim, Adonai Hou Ha Elohim, En Od Milvado. Alors en français, cela ne veut rien dire, on ne peut pas traduire ce texte-là. Il faut tout simplement comprendre la notion de ces lettres qui correspondent au tétragramme, ce nom-là, avec l'autre nom qui est Elohim, le Dieu qui arrive à se manifester dans les éléments naturels. Et ce n'est pas par hasard que les Sages ont dit que le nom de Elohim a pour valeur numérique 86, à savoir la même valeur numérique que Hateva, la nature.
Donc, lorsque vous avez ces deux noms, Adonai Elohecha, cela veut dire que du transcendant, tu dois faire en sorte que ce nom, que ce ciel, que cette lumière descendent et deviennent immanents dans ta vie, au point de s'habiller dans ta nature, donc dans le nom d'Elohim. Et là, il y a une appartenance: Elohecha, ton Dieu. Donc, de l'infini, tu vas faire en sorte que cette lumière descende et devienne la tienne. Tu vas faire du transcendant quelque chose qui t'appartient.
En réalité, il y a ici une descente, un déferlement de la lumière divine, qui commence par ce tétragramme et qui aboutit jusqu'à la nature. Or, c'est lié à la techouva. Il est dit: Veshavta, tu reviendras. Ad, jusqu'à. Donc je vais maintenant traduire cela: tu reviendras, tu feras l'action nécessaire jusqu'à ce que l'éternité, donc le tétragramme, devienne ta nature. Vous êtes avec moi ? Cela veut dire que la techouva, c'est faire en sorte que l'éternité que je ne touche pas, que je n'arrive pas à percevoir, que je n'arrive pas à entrevoir, que je n'arrive pas à assimiler parce qu'elle est justement infinie, descende et s'habille dans la nature afin qu'elle devienne mienne. Elohecha.
## La techouva: Dieu descend vers nous
Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a ici un sens, une direction. D'après cela, étant donné que le tétragramme est transcendant et que le nom de Elohim qui est juste à côté est immanent, la techouva commence du haut pour en faire un bas. C'est-à-dire que le haut se dévoile en bas, que l'infini se dévoile dans le fini, que ce qui est au-delà du temps et de l'espace se dévoile dans le temps, dans l'espace et dans la nature.
Donc, en conclusion, la techouva a un sens, a une direction: c'est une flèche qui vient du haut et qui descend vers le bas. Et là, cela contrarie tout ce que vous avez pu entendre, comme si la techouva, c'était du bas vers le haut. Si vous entendez quelque chose ou quelqu'un qui vous dit « moi, je reviens vers Dieu », cela ne veut absolument rien dire, parce que repartir vers Dieu sous-entend que Dieu n'est pas là. Et en plus de cela, cela sous-entend que tu as une certitude et que tu as focalisé, localisé Dieu. Donc, tu l'as limité. Or, si tu limites l'infini, c'est déjà de l'avodah zara.
Donc on ne peut pas faire en sorte d'aller vers Dieu, cela ne veut rien dire. C'est Dieu qui vient vers nous. C'est le tétragramme qui descend dans la nature, donc du haut vers le bas, de l'infini vers le fini. Et moi, je dois faire en sorte que cela devienne une partie de ma vie. C'est-à-dire que je m'inscris dans ce mouvement du divin qui descend et qui se révèle dans le monde naturel. J'espère que je suis clair.
Je vais le dire avec d'autres mots: la techouva, c'est de l'infini vers le fini, c'est du tétragramme vers le nom de Elohim. On ne peut pas faire techouva en revenant vers Dieu, cela ne veut rien dire. C'est limiter Dieu. Et donc, c'est un culte étranger: c'est limiter les valeurs de Dieu à ton cerveau, à ton intelligence, à ta logique humaine. Donc, c'est réduire l'infini, Chas Vechalom. On n'a pas le droit de le faire.
Donc, HaKadosh Baroukh Hou nous le dit, et c'est le verset qui concerne la techouva: s'il était écrit Vechavta Ad Hachem, tu reviendras jusqu'à Dieu, j'aurais dit: d'accord, on est là dans une religion. Ce n'est pas ce qui est écrit. Donc, on n'est pas dans une religion. Tu reviendras, oui, Ad, jusqu'à ce que le haut, Yod Hé Vav Hé, se diffuse en bas, Elohim. Moralité, tu dois faire le même cheminement que Lui, béni soit-Il, c'est-à-dire que l'infini descend et se révèle dans le fini.
Et même quand je dis « descend », ce n'est pas, bien entendu, dans l'espace. Dieu n'est pas limité à un lieu pour descendre dans un autre lieu. Descendre ici, c'est une connotation de se révéler. Un Rav a le devoir de descendre vers l'esprit de ses élèves. Donc le Rav ne se déplace pas, il ne descend pas, mais il se révèle: il se met à la hauteur de ses élèves pour qu'ils comprennent ce qu'il est en train de …
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
Kabbale vivante : séphirotes, lettres hébraïques, Teshouva redéfinie. 30+ cours progressifs. Torah intérieure accessible et transformatrice.
- 11
Israël, neshama du monde et sortie d'ÉgypteIsraël comme âme de la création, et la libération de la lumière captive dans la matière. - 12
L'Olam HaAtsilout, vision d'ensemble de l'arbre des sefirotPourquoi le monde de l'Atsilout voit le tout avant les détails, et pourquoi il faut connaître l'antithèse pour comprendre un sujet. - 13
L'unité du monde selon le Rav Kook et la KabbaleVision qui unit ou qui sépare : la neshama comme lien, et le monde comme un seul homme. - 14
La vision globale contre la vision fractale selon le Rav KookPourquoi se focaliser sur un détail mène au mal, et comment revenir à l'unité de la Création. - 15
Techouva : le flux divin qui descend vers nousLe verset de Devarim 4:30 montre que la techouva part du haut et descend vers la nature, avant toute notion de faute. - 16
La techouva comme flux divin dans le mondeLe retour de Dieu vers sa création, canalisé par Erets Israël, le Chabbat et le peuple d'Israël, et la Binah. - 17
Roch Hachana, jour du souvenir actif et de la techouvaLe souvenir, zikaron, commence l'année : il est actif, et il ouvre le dialogue avec l'infini. - 18
Teroua, amitié et épouse : le Zohar sur le ShofarLe Zohar fait de la teroua du Shofar la marque de l'amitié entre Dieu et Israël, son épouse. - 19
Israël, premier-né de la pensée divinePourquoi le peuple d'Israël précède la création et pourquoi il reste le canal de la vie pour le monde. - 20
Les lettres, briques de la création selon le AriLe Olam Hatzilout, monde du tikkun : les sephirot en triangles, la brisure des kelim et le rôle des points.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav