La vision globale contre la vision fractale selon le Rav Kook
Pourquoi se focaliser sur un détail mène au mal, et comment revenir à l'unité de la Création.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Techouva : le flux divin qui descend vers nous, 1 h 14
En bref
Le Rav Yoël Benharrouche explique que la vision fractale, qui isole un détail et le fait passer pour toute la réalité, mène à la brisure et à l'esclavage de la faute, alors que la vision d'ensemble, celle de l'unité divine, doit toujours primer. Il développe la place de la neshama, qui assure la cohésion de l'être, et du monde de Atzilout, ou monde du complément, où chaque manque est réparé. Le cours aborde aussi le libre choix, né de la brisure des kelim et des klipot, et la façon dont le souvenir actif et la sanctification du Nom restaurent ce qui a été perdu.
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Chavouot tov.
Je rappelle que la vision fractale est synonyme de brisure, puisqu'il y a une prise fragmentée de l'existence, alors que tout le judaïsme nous pousse à voir l'existence d'une manière entière. Et c'est très, très important de voir ça. Le Rav Kook, donc, nous avons commencé à amorcer le côté de cette vision globale. Et il dit que c'est la racine même de tous les tikkounim. Alors que lorsque nous grossissons quelque chose au niveau du détail, c'est au détriment du reste. Et donc on perd la vision de l'entité. Et c'est ce qu'on appelle la vision du mal. La vision du mal, c'est qu'un élément est sorti du contexte et apparemment se représente ou se présente comme une entité à part entière, comme si elle était elle-même la seule réalité existante.
Pour bien faire comprendre les choses, c'est comme si on faisait un gros plan sur un sujet de notre vie. Quelqu'un qui a, par exemple, peur de quelque chose, eh bien cette peur va dominer tout le reste. Et elle va gâcher, en fait, tout le reste. Il ne pourra ni travailler... On ne pourra pas faire quoi que ce soit, parce qu'il a fait un zoom sur un degré. En faisant zoom sur un degré, n'importe lequel, on perd l'image globale et on est dans la faute. Donc il faut faire très attention de tout le temps reculer et voir l'ensemble de l'image, et non pas tomber dans la panique du degré en question qui nous embête au moment où ça se passe.
J'espère que les choses sont claires. Il y a ici tout un mode de vie, très, très important, qui consiste à ne pas se laisser happer par des degrés qui arrivent, qui sont des détails, mais que nous, nous grossissons. Et donc, à partir du moment où je grossis la chose en question, je ne vois plus rien à part cette chose-là. Et donc tout mon monde devient en fait ce sujet en question, au moment où j'en suis, où je suis à l'intérieur. Je suis incapable de faire quoi que ce soit, je suis incapable d'évoluer, je suis incapable de voir autre chose, parce que cela m'étouffe.
Et ça, c'est un degré qui est très, très important à bien comprendre, et c'est comme ça qu'on voit la différence entre le monde du Tohou, qu'on a appelé le monde des Nekoudim, par rapport au monde du Tikoun, que nous appelons le monde de Atzilout. D'accord ? Atzilout, en hébreu, c'est Tsel Aleph. Et Tsel, c'est l'ombre de l'unité, du Aleph. Donc Atzilout, on est à l'ombre de l'unité. Autrement dit, à chaque fois que je développe un sujet, je suis obligé de voir le tout.
Imaginez-vous un médecin qui ne sache pas voir l'ensemble du corps et qui ne traite que la partie, le petit bobo qui fait mal maintenant au malade. Alors imaginez-vous qu'il traite ce degré-là, mais qu'il détruit en même temps tout le reste des membres. Donc il est impossible de concevoir un médecin de cette catégorie. Et donc nous aussi, lorsque nous voulons aborder un sujet, eh bien il faut le voir de toutes les facettes possibles, pour ne pas que ce sujet soit limité à un degré, à un des sens. Ce qui est donc une indécence.
Et donc il y a ici quelque chose de beaucoup plus large à prendre en considération. C'est pour ça que le Rav nous dit ici, nous sommes dans cette parcelle de notre texte, ça c'est le Rav Kook: tous les cheminements de tout ce qui apparaît dans nos vies, les hauts et les bas, vont tous vers un seul degré.
C'est-à-dire que tout a un seul but dans la création de Dieu. Quel est le but ? Léhotsi et la poêle: mettre en application la vision globale de tout l'ensemble des mondes, pas du monde, des mondes, tous les mondes, à chaque fois que je traite un sujet quelconque. À tel point que et, et faire en sorte que la vision fractale de l'un des détails, de l'un des sens, soit assujettie, soit esclave de cette grande unité. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ? C'est-à-dire que l'unité doit être la reine, et la vision fractale doit être son esclave. Et non pas l'inverse.
Quand j'éparpille l'ensemble, ça devient plusieurs degrés, et chaque degré devient un petit dieu. C'est ce qu'on appelle Elohim Akherim au pluriel. C'est-à-dire que Elohim Akherim, la avodah zara, c'est en réalité sortir de la vision unitaire, de l'unité divine, et tomber dans les divinités multiples: le dieu de la peur, le dieu de la mer, le dieu du ciel, le dieu de la terre, le dieu du feu, le dieu de la montagne, le dieu... et j'en passe. Ok ? C'est une vision donc archaïque, primitive, qui ne prend pas en compte le tout. Donc il faut sortir de ça, mais c'est une vision qui fait tomber le Yetzer Hara à chaque fois dans cette vision des choses.
Donc à chaque fois que vous êtes dans une situation de panique ou de peur, eh bien ça vous accroche, et vous ne voyez plus rien d'autre que ce degré en question. C'est un grand danger que de tomber dans cet esclavage. On appelle ça d'ailleurs « l'esclavage de la faute ». Vous voyez, dans le langage du Rav Kook: « a peru da khet'i » ou « a avdou ta khet'i ». C'est l'esclavage de la faute, parce que tu es tombé dans un degré, un détail, et ce détail, tu en as fait le tout.
Donc nous sommes dans la émouna ta'hadout. Cette émouna, cette certification de l'unité divine, ardouta elohit, bien entendu. Il n'y a pas d'autre unité que Lui. La véritable unité, c'est Lui. Donc, quand je sers cette unité, je suis en fait dans l'ensemble. Je suis dans le Un. Je suis relié au Un, même si moi, dans ma vie, je ne comprends pas le Un. Mais étant donné que je fais sans arrêt descendre le Un dans ma vie, qui est un ensemble innombrable de détails, eh bien je suis en fait sous l'influence de ce Un, même dans mon monde de pluralité. Comment appelle-t-on cette émouna ? Hi-ha-neshama. C'est tout simplement l'âme.
Enfin, tout ce que je viens de vous dire, ça s'appelle la neshama. C'est-à-dire que la neshama, c'est l'ensemble. La neshama, ce n'est pas un détail. C'est l'inverse. Là où il y a neshama qui circule, il y a ensemble. Là où la neshama ne circule plus, il y a panique, parce qu'il y a sortie de l'ensemble, on a quitté l'ensemble. J'ai tout à l'heure utilisé l'exemple de la peur. Quelqu'un qui a peur, eh bien, son sang se vide, comme s'il se vidait de son sang. Donc il n'y a plus de circulation de son âme au moment même de la panique. Et donc il est vidé de cette unité. Car l'âme, c'est l'unité. C'est comme une colle invisible qui fait le lien entre tous les membres.
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