Lekh Lekha : comment accéder au pchat du verset
Rav Sigoura distingue les commentateurs qui s'appuient sur la Torah orale de ceux qui cherchent le sens clair de l'écrit, et explique la parole future du Vayomer.
Rav Nathaniel Sigoura
Ensuite : Qui est Avraham, le quatrième prophète, 59 min
En bref
Le Rav Sigoura reprend l'étude de Lekh Lekha en expliquant comment accéder au pchat, le sens premier du verset, après l'étude de l'hébreu biblique. Il distingue deux grandes approches des commentateurs : ceux qui s'appuient sur la Torah orale pour éclairer le verset (Rachi, le Rambam) et ceux qui considèrent les deux Torot comme largement indépendantes, donnant un poids à la subjectivité du sage (Ibn Ezra, Abravanel). Il conclut en rappelant la portée du mot Vayomer et l'appel de Lekh Lekha pour le peuple juif, lié à la terre d'Israël.
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Nous étudions, comme d'habitude, pour la protection de nos soldats, la réussite de nos soldats, la guérison de tous les blessés, le retour des otages. Amen. Alors, nous étions sur le verset de la paracha de Lekh Lekha, vous vous souvenez, le premier verset.
On avait commencé à travailler le verset. Il me semble qu'on avait fini la première étape, c'est-à-dire l'étude du côté technique, du côté de l'hébreu biblique. Ensuite, nous devions aujourd'hui passer à la deuxième étape, c'est-à-dire se poser des questions sur la base de notre compréhension. Maintenant, on va essayer de se poser des questions. Qu'est-ce qui nous paraît étrange, difficile ? Et ensuite, nous allons arriver, Bézrat Hachem, à la troisième étape, c'est-à-dire le pchat. Le pchat, je vous rappelle que c'est l'intention première de Dieu dans un verset.
Et après que j'ai compris le verset avec l'hébreu biblique, qu'est-ce que Dieu veut me dire dans ce verset ? C'est le pchat. Maintenant, avant d'ouvrir le verset, j'aimerais ajouter quelque chose, je vous l'ai dit la semaine dernière, j'ai oublié. C'est que: comment maintenant on arrive au pchat ? Comment on arrive au pchat ? Vous pouvez juste couper les micros. Merci. Comment on arrive au pchat ? Ça veut dire que, le côté hébreu biblique, bon, il y a des règles à savoir.
Le vayomer, le vav conversif, etc. Mais comment on arrive au pchat ? Et là, on a deux catégories de commentateurs.
Le pchat et le sod, c'est la même chose. Oui et non, mais c'est un petit peu profond, je ne vais pas en parler maintenant. Pour l'instant, on a dit qu'il y avait quatre niveaux, pchat, remez, drach et sod, qui sont distincts, mais tu as raison qu'en fait le vrai pchat, c'est le sod. Mais je ne vais pas rentrer dans ça maintenant. Le pchat, pour l'instant. Comment maintenant j'arrive au pchat ?
Et là, vous avez deux catégories de commentateurs. La première catégorie de commentateurs dit, et vous allez comprendre qu'en fait c'est une machloket de fond sur l'essence de ce qu'est la Torah écrite et la Torah orale. La première catégorie, ce sont des commentateurs comme Rachi, comme le Rambam, Rabbi Moshe ben Maïmon, au XIIᵉ siècle en Espagne, comme le Rachbam, comme le Sforno, énormément de commentateurs.
Ils disent: pour comprendre, pour savoir ce que le verset a à me dire, c'est très simple, je vais me référer à la Torah orale. C'est-à-dire le midrash, le Talmud, voire le Zohar. D'accord ? C'est-à-dire la tradition orale que les sages d'Israël ont reçue de Moché Rabbénou. N'oublie pas que la Torah orale a été donnée aussi au Sinaï. Donc la première catégorie de commentateurs, ce sont des commentateurs qui vont se baser sur la Torah orale.
Pourquoi ? Parce qu'ils disent qu'il y a un lien intrinsèque entre la Torah écrite et la Torah orale. La chose classique que vous entendez: la Torah orale, c'est le commentaire de la Torah écrite. Donc voilà, c'est facile. Tu veux savoir ce que dit le mot Béréchit. Rachi, eh bien c'est très simple. On essaie d'avoir un pchat. Ah, le pchat est compliqué parce que le mot Béréchit est un peu problématique, donc on va voir le midrash. Dans le midrash, j'ai sept ou huit définitions de ce qu'est le mot Béréchit.
Moi, Rachi, j'en pioche deux: Béréchit, pour Réchit. Réchit, c'est la Torah, Réchit, c'est Israël. Et voilà, c'est mon pchat. Ça, c'est le pchat de Rachi. Le Rambam a un autre pchat. Il se base également sur les paroles du midrash, ou les paroles de la Kabbale, ou les paroles du Talmud, etc. Ça, c'est la première catégorie de commentateurs, qui unissent la Torah écrite et la Torah orale.
Deuxième catégorie: ils sont moins connus, mais ils sont très puissants aussi, très grands. Le plus grand, peut-être, c'est Ibn Ezra, Rabbi Avraham Ibn Ezra, également un sage de Séfarad au Moyen Âge. Ou Don Yitzhak Abravanel, qui était l'un des plus grands commentateurs de la Torah, et qui était à 16 heures perdu, le ministre des Finances d'Isabelle la Catholique. Et il a tout fait, de l'intérieur, pour essayer d'agir.
Pour éviter l'expulsion des juifs d'Espagne. Malheureusement, il s'est passé ce qu'il s'est passé. Mais c'était quelqu'un d'immense. Et ces deux-là, il y en a d'autres, eux partent d'un axiome différent. Ils disent: attends, je ne comprends pas. Dieu, tu me donnes un livre, la Torah écrite, et en fait ce livre n'est pas clair. Chaque verset qu'on a, on a mille questions. Et pour m'expliquer ce verset-là, tu m'as transmis…
…une tradition orale qui vient m'expliquer le verset. Je ne comprends pas. Soit tu m'écris un livre qui est clair, soit tu me dis tout à l'oral. Pourquoi tu m'écris un livre qui n'est pas clair à la base et que tu vas m'expliquer à l'oral ? Écris-moi un livre très clair, même très long. Mais dans un verset, il y a quatre… Écris-moi une Torah, au lieu que ce soient cinq livres, ce sont deux cents livres. Peu importe. Mais au moins que ce soit clair.
Et mets-moi là-bas tout: le pchat, le drach, le remez, tout ce que tu veux. Ou alors, tu ne m'écris rien et tu mets tout à l'oral. Vous comprenez ? Donc ces commentateurs-là ont une tradition différente. C'est que la Torah écrite et la Torah orale sont en réalité indépendantes. Alors, ce n'est pas qu'il n'y a pas de lien, évidemment. C'est le même Être qui a transmis ça. C'est Hachem, c'est la même racine. Mais ces deux canaux de dévoilement sont différents. Indépendants.
Et donc, selon ces commentateurs, lorsque tu veux avoir le pchat du verset, tu n'es pas forcé de t'aider du midrash, de la traduction araméenne d'Onkelos, du Zohar, etc. Alors, comment je fais ? Eh bien, Dieu a transmis une tradition, et cette tradition se transmet de rabbanim en rabbanim. Ibn Ezra, lui, a été formé par un maître, il a été fait par un maître, etc. Et donc Ibn Ezra est ce qu'on appelle un talmid hakham. Talmid hakham, ça veut dire qu'avec ses années d'études, sa compréhension et la transmission qu'il a reçue de son propre rav, il a maintenant une capacité d'interpréter la Torah. C'est-à-dire que son regard sur la Torah n'est plus un regard classique d'être humain, c'est le regard d'un talmid hakham, d'un sage de la Torah. Son regard a changé.
Et donc, puisque mon regard a maintenant changé, eh bien, ma vision du verset, c'est-à-dire avec mon sékhel, avec mon intellect, peut être une vision correcte du verset. Et tout le commentaire d'Ibn Ezra se base sur ça. C'est-à-dire qu'il va donner son pchat selon ce qu'il pense. Alors, c'est quoi le problème ? C'est que souvent, cela va contredire Hazal, cela va contredire nos sages. Et ça, ça énerve beaucoup de gens.
Le Rambam est très, très énervé contre Ibn Ezra. Si vous lisez le Rambam, qui vient après Ibn Ezra, il est très, très énervé contre lui. Il dit: comment peux-tu te défaire de… tu contredis la Guemara, tu contredis le midrash, ce que tu dis, etc. Mais le …
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