Halakha, Moshé Misinaï et décision de la majorité
Les cinq grandes zones de la Michna selon le Rambam, et comment se tranche la halakha.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Kabbale, Talmud et la figure du prophète Moshé, 1 h 01
En bref
Le Rav Yaakov Nahon poursuit l'étude de la Halakha à partir du Rambam, qui distingue cinq grandes catégories de décisions présentes dans la Michna : les halakhot reçues de Moshé et rattachées à la Torah, les Moshé MiSinaï sans lien textuel, les décisions tranchées par exégèse et à la majorité, les gzeirot destinées à protéger la Torah, et les takanot pour la vie communautaire. Il explique que les controverses des générations suivant Hillel et Shammaï tiennent à l'affaiblissement de la capacité d'étude, et que la Michna a conservé les opinions minoritaires pour éviter qu'un enseignement reçu par tradition soit rejeté à tort.
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Vous vous souvenez qu'on avait consacré, il y a deux semaines, tout un chiour à la mise au clair de ce qu'on appelle la halakha de Moshé MiSinaï, ces dinim que Moshé Rabbeinu a reçus au Sinaï, qui ont été transmis par la tradition et qu'on n'a pas pu relier à travers aucune méthode d'exégèse au texte écrit de la Torah. On a vu des exemples, on ne va pas revenir là-dessus.
Après avoir passé cette étape, le Rambam nous présente l'ensemble des sujets qui sont pris en charge dans la Michna, tels qu'ils ont été rédigés par Rabbi Yehouda HaNassi. C'est un texte à prendre, Michaël, encore, tu peux le prendre.
Le Rambam présente en fait cinq grands thèmes qui ont été traités par Rabbi Yehouda HaNassi et qui sont contenus dans la Michna. On a vu la dernière fois les deux premiers.
Le premier: toutes les halakhot qui ont été reçues depuis Moshé Rabbeinu, et sur lesquelles il n'y a aucune makhloket. Ce sont des choses que la tradition a transmises, reçues depuis Moshé Rabbeinu. En plus, elles ont été appuyées par les textes, par les exégèses sur la Torah. Un exemple: le fait qu'on utilise à Souccot le Péri Ets Hadar, qui est cité dans la Torah, c'est l'etrog.
Le second thème, c'est ce qu'on appelait la halakha de Moshé MiSinaï, celle dont on a parlé souvent, dans laquelle il n'y a pas moyen de relier la halakha en question à un texte écrit de la Torah. Le Rambam donne vingt et quelques exemples. Je vais en donner un: la façon dont les nœuds sont placés dans les tefilin. Derrière la tête, il y a un dalet. Sur la tête, dans le tefilin de la tête, ce sont des shin qui sont présentés, qui sont écrits, qui sont gravés. Et sur le tefilin de la main, il y a un nœud qui est fait, qui représente un youd, ce qui fait les trois lettres shin, dalet, youd de Chem Hachem Chaddaï. Ça, c'est la halakha de Moshé MiSinaï: il n'y a pas de référence à un passage quelconque de la Torah, c'était reçu par la tradition. Voilà.
La troisième zone, c'est celle dans laquelle, devant tel ou tel problème de la vie, les Hakhamim ont essayé de savoir quelle est la halakha à travers les méthodes d'exégèse sur la Torah, sans avoir de tradition depuis Moshé Rabbeinu. C'est le troisième groupe de halakhot, c'est finalement le centre des halakhot, on peut dire. C'est là où les Hakhamim ont le plus travaillé pour avancer dans le Talmud et résoudre des problèmes qui n'étaient pas encore dans la tradition et qui demandaient toute une discussion.
Dans ces contextes-là, on avait dit qu'il se peut souvent que la façon dont les Hakhamim utilisent les méthodes de l'exégèse de la Torah, de façon honnête et droite, mène quand même à des conclusions différentes. Et dans ce cas, qu'est-ce qu'on fait ? On en avait parlé. Comment décide-t-on la halakha ?
Ça se fait selon la majorité. Ça a été fait selon la majorité à l'époque où il était possible de s'asseoir tous ensemble et de prendre une décision commune à l'Assemblée d'Israël. Chose qui ne se trouve pas de nos jours. C'est peut-être l'un des thèmes les plus douloureux, quelque part, par rapport à la halakha de nos jours. Pas douloureux, mais en tout cas, c'est une réalité: on n'arrive pas à s'asseoir tous ensemble pour prendre une décision commune sur l'ensemble d'Am Israël. Pour le moment, il n'y a pas suffisamment d'unité.
Dans les différents camps qui existent, qui sont sérieux avec Hachem, il n'y a pas encore une volonté de s'asseoir tous ensemble pour décider quelle sera la halakha commune à l'ensemble du peuple. D'ailleurs, ce n'est pas évident qu'on puisse se le permettre pour le moment, dans la mesure où les différentes galouyot arrivent avec leurs habitudes personnelles. Et ce n'est peut-être pas intéressant, peut-être pas positif, peut-être pas constructif de changer quelle halakha pour des groupes humains qui sont habitués à telle ou telle halakha, qui sont différentes.
De nos jours, le monde achkenaze est différent, dans un certain nombre de halakhot, du monde séfarade, ou du monde téménite, et du reste. Pour le moment, ils continuent avec leurs habitudes ancrées pendant deux mille ans de galout. Mais, quelque part, cela évoluera. Pour le moment, ce n'est pas la majorité qui décide. À l'époque, oui.
À l'époque, il y avait des makhlokot entre Beit Shamaï et Beit Hillel, même s'ils discutaient entre eux, mais au moment où il fallait savoir la halakha, ils s'asseyaient ensemble. On levait les mains et on voyait où était la majorité.
Maintenant, à l'intérieur de ce groupe de halakhot, le Rambam consacre deux pages à mettre au clair quelque chose qui est très important à ses yeux. Très important. Il dit: dans ce groupe-là, où il y avait des makhlokot, le Rambam insiste énormément. Pour lui, c'est capital que ces choses-là soient comprises. Vous voyez la façon dont il l'exprime, c'est d'une façon très forte.
Il dit: ce n'est pas qu'on discute entre eux, par exemple, sur cette halakha, qui est ce qu'on a reçu de Moshé Rabbeinu, certains disant qu'on l'a reçue et d'autres qu'ils ne l'ont pas reçue. Ce n'est pas de ça dont on parle. La tradition de Moshé Rabbeinu est passée. Là où il y a des discussions, ce n'est pas dans cette zone-là. Il dit que l'essentiel des makhlokot provient de la chose suivante.
Au départ, même quand Beit Shamaï et Beit Hillel discutaient entre eux, disons Shamaï et Hillel, qui sont les pères de ces deux grandes écoles, quand ils discutaient entre eux, avec leurs grosses têtes, il y avait très peu de makhlokot, parce qu'ils possédaient toutes les méthodes de l'exégèse, et ils avaient des critères de valeur très communs, et ils avaient pratiquement toutes les ficelles de la réflexion entre leurs mains.
Quand on passe aux générations suivantes, c'est-à-dire non pas Shamaï et Hillel eux-mêmes, les pères de ces grandes écoles, mais Beit Shamaï et Beit Hillel, qui sont les écoles sorties après que Shamaï et Hillel ont quitté ce monde, on dit qu'ils n'ont pas réussi: ce n'était pas la même puissance de pensée que celle de leurs maîtres. À la suite de cela, faisant face à tel ou tel problème, ils n'avaient pas entre les mains toutes les capacités de réflexion. Elles étaient réparties entre les uns et les autres, selon leurs tendances. Ce qui fait que, vu leur différence de niveau de connaissance, de capacité de réfléchir, sont apparues des makhlokot à ce niveau-là. C'est clair ?
Ça se trouve à la page Lamed Tet de vos textes. Dans un premier temps, il dit que la zone de mahloket qu'il y avait entre Shamaï et Hillel, par exemple, était minime. Mais au niveau des écoles, des élèves, ou des élèves des élèves, là, les problèmes sont apparus. Je vous lis le texte de la page Lamed Tet, huit lignes avant la fin, vers la gauche. Vous voyez ?
Mais, c'est ça, c'est ça… (passage répété et inaudible dans la transcription)
Cours d'Orot veKelim
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