Le Rambam sur la transmission orale de la Michna
Comment la Michna fut transmise de maître à élève, puis complétée par les Baraytot jusqu'à la clôture du Talmud.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Le Rambam sur la prophétie et ses limites, 59 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente le passage où Rabbi Yehouda Hanassi, compilateur de la Michna, a transmis une tradition orale ininterrompue depuis Chimon HaTzadik, et explique pourquoi sa rédaction très concise ne se voulait pas accessible à tous. Il présente ensuite la Tosefta, les Baraytot et le rôle du Talmud, né de la réflexion des Hakhamim autour de la Michna. Le cours s'achève sur la fin de l'époque talmudique avec Ravina et Rav Ashi, qui ont clos le Talmud Bavli.
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Rambam, Hakdama à la Michna. On se trouve dans l'édition du Mossad Rav Kook, toujours. C'est le premier livre. Cherchez la page Samer Bet. Je vous rappelle où nous en étions. On avait fini la dernière fois la description du dernier des Sidrei de la Michna.
Vous vous souvenez du notarikon Zman Nakat, qui désigne les différents thèmes des Sidrim: Zeraïm, Moed, Nachim, Nezikin, Kodachim, Taharot. On a fini la dernière fois le Seder Taharot. Et on nous avait dit qu'en tout la Michna contient soixante et un traités, et quelque chose de l'ordre de cinq cent trois, cinq cent vingt-trois chapitres à l'intérieur de ces traités.
Maintenant, on se retrouve sur la suite. C'est ce qui est marqué avec l'index Vav, vous voyez, à la page de droite, Samer Bet. Alors, je vous lis le texte.
On revient au texte. Donc il dit:
Ra'a les Istapec. Istapec ici dans le sens de Safec, dans le sens de Maspik, c'est-à-dire de ce qui suffit. C'est vrai que le mot Maspik veut dire suffisant. Ra'a les Istapec, c'est-à-dire: il voulait donner une certaine hiérarchie des Chachamim qui se sont succédé jusqu'à son époque. Il aurait pu les donner à partir d'un temps précédent, mais ce qu'il a choisi, en fait, c'est de donner une hiérarchie de Chachamim depuis Chimon HaTzadik.
Donc il dit: Hachem, Rahalei Tzapéek, ce Sefer, de Chemot à Mechablim, de ceux qui ont Mechablim reçu la tradition, à la Kovim Elav, Mi Chimon HaTzadik, sur ceux qui sont près de lui, à partir de Chimon HaTzadik. C'est-à-dire qu'il a donné la suite des Hachamim depuis Chimon HaTzadik jusqu'à son époque à lui.
Qu'est-ce que c'est, amekablim ? Le mot lekabel veut dire « recevoir ». Qu'est-ce qu'ils ont reçu ? Ils ont reçu la tradition, l'enseignement. Et il est important de savoir que, dans la mesure où la Michna n'était pas encore écrite, les choses ont quand même bien changé une fois que la Michna, c'est-à-dire la Torah Chebea'al Pé, a été écrite.
Dans la mesure où la transmission était pratiquement totalement orale, la transmission de maître à élève était extrêmement importante, et c'était quelque chose de très différent de ce qu'on connaît de nos jours. Les élèves recevaient l'enseignement de leur maître. Souvent, certains des grands maîtres allaient chez leurs propres maîtres une fois par an pour remettre en question leurs connaissances, pour être certains de transmettre fidèlement la tradition qu'ils avaient reçue de leurs maîtres.
C'est un travail énorme, qui se faisait pratiquement entièrement de façon orale, be'al pé. La discipline intérieure qui s'imposait est quelque chose d'immense, dont on ne connaît pas vraiment l'équivalent aujourd'hui, et de moins en moins, dans la mesure où la façon de transmettre les connaissances devient de plus en plus riche. Elles sont inscrites de toutes les façons, sur disques et sur tout ce qu'on veut, par écrit. Ce qui fait que ce genre de choses apparaît aujourd'hui comme incroyable. Alors qu'à l'époque, c'était un volume énorme de connaissances qui passait d'une personne à l'autre par son maître. Il avait reçu cela de son maître, et il savait que la responsabilité de sa transmission était essentielle pour son peuple, pour le monde entier.
Donc, ceux qui ont reçu d'un maître, c'est quelque chose d'important. Ce n'est pas quelqu'un qui a simplement rencontré l'autre: c'est quelqu'un qui a vraiment reçu de son maître tout un enseignement, toute une discipline, et qui s'est préparé à transmettre cette tradition.
Maintenant, le Rambam nous dit que les paroles de Rabbi Yehouda HaNassi dans la Michna étaient... C'est-à-dire qu'il utilisait une langue très courte, très concentrée. Le mot veut dire petit, court, d'accord ? Donc des paroles très succinctes, très concentrées.
Et vous voyez ce qu'il dit.
Alors, vous voyez les paroles qui sont dites ici: tout était biour, mis au clair, éclairé. Le mot chad, en hébreu, veut dire aiguisé. Et les choses étaient claires grâce à la... disons, la finesse de son intelligence et la puissance de son intelligence.
Aval, le Mishu Pachut Miménu, mais pour quelqu'un qui n'était pas à sa hauteur, qui était inférieur à lui dans sa capacité de penser et d'analyser, Ainyanau Amok Benav. Les paroles de la Michna étaient profondes à ses yeux.
Ceux qui ont déjà commencé à étudier le Talmud sérieusement savent que, lorsqu'on considère la Michna et qu'on l'analyse dans tous les sens, on peut en sortir toutes sortes de choses. De quelques lignes de Michna, il y a des pages qui se suivent dans l'analyse. Parce que c'est très, très concentré, il y a toutes sortes de choses qui passent là-dedans.
Alors, le Rambam insiste sur le fait que le texte de la Michna était clair et accessible dans sa totalité pour celui qui l'a écrit, c'est-à-dire Rabbi Yehouda HaNassi. Car Rabbi Yehouda HaNassi lui-même n'a pas écrit la Michna: il ne l'a fait que la compiler. Les textes de la Michna ont été transmis, il les a rangés à sa façon, il les a ordonnés d'une certaine manière, en choisissant les meilleures expressions. Mais l'essentiel du contenu est venu, comme on l'a dit, de façon orale, jusqu'à lui.
Dans sa façon d'exposer les choses, les textes, tels qu'ils étaient exposés pour lui, étaient tout à fait parlants dans leur totalité. Vous voyez le texte. Nous, nous avons besoin de pages d'analyse dans le Talmud pour voir ce texte-là. Le Rambam dit que Rabbi Yehouda HaNassi voyait cela dans sa Michna en même temps. Mais il dit: pour lui, c'était très clair, Mimenu, mais pour les autres, Michs ou Parhout Mimenu, pour quelqu'un qui était inférieur à lui, Ainyanahu Amok Benav.
Les paroles étaient trop profondes. Et c'est finalement l'introduction à une certaine littérature qui est postérieure à la Michna, celle des élèves de la Michna, ce qu'on va voir plus tard, ce qu'on appelle la Tosefta. Alors il dit cela, il explique pourquoi la chose était claire pour lui et pas pour les autres.
Les grands sages de l'époque n'écrivaient qu'au niveau de ce qui, pour eux, était parlant. Quand le Rambam dit cela, il faut se rappeler que lui-même est un des grands maîtres de la diffusion de la Torah. Son grand chef-d'œuvre, la Yad HaChazaka, est un texte extrêmement clair, qui a été mis, grâce à son génie, à la portée de l'ensemble du peuple. La Michna Torah, si vous avez déjà un peu d'expérience, et vous l'aurez jusqu'à cent vingt ans, c'est un texte abordable pour un Israélite. Ce travail de diffusion n'est pas donné à tout le monde; seules certaines personnes très spéciales peuvent le faire, comme le Rambam.
La Michna, en revanche, n'est pas à ce niveau de diffusion. Elle est écrite de façon très concise, et il n'est pas évident que l'intention de Rabbi Yehouda HaNassi était de la présenter à la portée de tout le monde. Pas du tout. Elle était écrite comme pour lui. C'est ce qu'il dit. Et c'était selon l'usage des sages de son temps, qui n'écrivaient pas forcément dans l'intention de diffuser, mais qui écrivaient ce qui, à leurs yeux, était le message qu'ils captaient …
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
Introduction à la Michna de Maïmonide. Transmission de la Torah orale, structure de la Michna et fondements de la loi juive.
- 8
Le Rambam et la place de la halakhaLe Rambam classe les savoirs humains et explique que chaque chose existe pour une raison à découvrir. - 9
Le Rambam et le monde intérieur de l'hommeComment le Rambam décrit le travail intérieur de l'homme et sa place dans la Torah. - 10
Le Rambam, les fondements de la Torah et la prophétiePourquoi les mitsvot nous obligent : la prophétie, source de la Torah, selon Ilchot Yesodé HaTorah. - 11
Pirké Avot 3:1 : d'où tu viens, où tu vas, devant quiTrois repères pour ne pas fauter : l'origine, la fin, la grandeur du Créateur, expliqués par le Rambam et le Ramban. - 12
Le Rambam sur la transmission orale de la MichnaComment la Michna fut transmise de maître à élève, puis complétée par les Baraytot jusqu'à la clôture du Talmud. - 13
Le Rambam sur la prophétie et ses limitesComment reconnaître un vrai navi, et pourquoi une prophétie de malheur peut changer alors qu'une promesse de bien demeure. - 14
Le Rambam, la Torah orale et la transmission depuis MosheComment le Rambam rattache la Michna à la tradition orale, et ce qu'est une halakha de Moshe Sinaï. - 15
Le Rambam sur la halakha Moshé MissinaïPourquoi certaines halakhot reçues de Moché ne portent pas le nom de halakha Moshé Missinaï, et ce qui les distingue. - 16
Le Rambam sur le Talmid Hachem et la contribution à la communautéPourquoi le Rambam exempte le Talmid Hachem de l'impôt communautaire, et ce que cela dit de la Torah. - 17
Le Talmud, prolongement de la Michna selon le RambamComment le Talmud s'est construit par la réflexion sur la Michna, puis fixé par Rav Achi et Ravina.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav