Pirké Avot 3:1 : d'où tu viens, où tu vas, devant qui
Trois repères pour ne pas fauter : l'origine, la fin, la grandeur du Créateur, expliqués par le Rambam et le Ramban.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Le Rambam sur la transmission orale de la Michna, 43 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente le début du Pérek Shlichi (Pirké Avot), la Michna qui rappelle à l'homme d'où il vient, où il va et devant qui il rendra des comptes. Il montre comment le Rambam, Rashi et Rabbeinou Yona lisent ces trois questions, et en quoi la conscience de l'origine modeste de l'homme et de la grandeur du Créateur fait reculer l'orgueil. Le cours s'achève sur la honte éternelle de l'âme devant son Créateur, qui est la raison de se garder de la faute.
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Donc, on va commencer le Pérek Shlichi. C'est plein de morale, et ce n'est pas évident. C'est un Pérek qui te place vraiment devant la réalité, en profondeur. On va lire le texte. Ce qu'on dit ici, c'est un texte que vous connaissez. C'est un texte qu'on a l'habitude de dire avant le Kaddish, la première Michna du Pérek Shlichi. C'est le texte qu'on a l'habitude de dire.
Juste avant le Kaddish, quand on accompagne quelqu'un à sa dernière demeure, ça va vous rappeler quelque chose. D'ailleurs, on le dit d'une certaine façon: on ne veut pas tout prononcer. Alors prenons le texte, si vous voulez. Je dis avec vous. Tu as le texte, David ? Netanyah ?
Akavia… Hisat'kel bishloshah devarim… Ve-ein ata ba lidei aveira… Da me'ayin ba'ata, u'le'an ata holekh, lifnei mi ata atid liten din ve-heshbon. Me'ayin ba'ata, mi-tipat sriha. U'le'an ata holekh, lemakom afar rimah ve-tola'at ve-rimah. Lifnei mi ata atid liten din ve-heshbon: lifnei Melekh malkhei hamelakhim, Hakadosh Baroukh Hou.
Mais prenons d'abord le texte de près, et l'hébreu de près. On va voir un peu ce que nos commentaires vont dire autour de ça. Mais de façon très générale, avant de rentrer dans le détail: c'est vrai que quand on pense à la vie, et qu'on se trouve au milieu de la vie, au milieu de notre histoire, dans nos forces humaines,
on est quand même une construction. Il y a beaucoup de choses autour de nous. On a fait beaucoup, Dieu nous a beaucoup aidés, on a grandi, on peut se retrouver avec une famille, des enfants, des petits-enfants, des arrière-petits-enfants. Kol minei varim yassu gazé. Une possession, des capacités, une considération. L'homme a toutes sortes de choses dans sa vie, dans son présent. Autour de nous, on sent quand même qu'il y a quelque chose.
En réalité, quelquefois, on se demande: d'où est-ce qu'on sort ? Comment c'est devenu cette histoire ? On sort finalement d'un moment dans lequel notre père et notre mère se sont retrouvés, puis quelque chose a été mis en marche, qui a commencé vraiment de très peu. Et tout ça a gonflé. Mais finalement, c'est quelque chose qui n'est pas définitif. Encore une fois, quand on finit notre vie,
on revient encore vers quelque chose. C'est quelque chose qui nous accompagne constamment. D'où on vient, ça nous accompagne. On se dit: bon, quand même, on est ce qu'on est, mais de quoi on a commencé ? De rien du tout. On est en général bien occupé, sinon préoccupé, du fait que, finalement, à la fin de notre histoire, en tout cas au niveau de notre corps, c'est quelque chose qui va finir une histoire. On va se retrouver à rien. Rien ne va rester de tout ça. Voilà.
Il y a quelque chose de spirituel qui a été fait autour de ça. Il y a une construction spirituelle qui s'est faite autour de ça. Mais toute cette construction spirituelle n'a de sens que par rapport à notre relation au divin. Et cette relation au divin est quand même profondément liée à une mise en question de notre engagement dans cette vie: dans quelle mesure on est méritant, dans quelle mesure on ne l'est pas. Ce ne sont pas des choses qui sont sûres.
Tu es autour de choses qui sont petites ou en question. En reprenant le texte de près: Akavia min aliyya al-lomer, Histakel bishloshah devarim. Trois choses. Regarde. Histakel, c'est: regarde trois choses. Ve-ein ata ba lidei aveira: si tu fais ça, si tu gardes ça devant toi, tu ne vas pas faire de fautes. Peut-être parce que l'essentiel de la capacité de ne pas faire une faute,
c'est quand on est entre les mains de nos yetzarim, et nos yetzarim sont profondément réduits quand on les remet à leur place. Les yetzarim sont le résultat de l'illusion de la vie dans laquelle on se dit: on est en train de vivre. Mais c'est quelque chose qui est temporaire. Ça passe. Ce n'est pas du définitif. Et quand on te dit: goûte la vie, tu la goûtes, mais ce goût que tu as n'est pas définitif, il est en train de passer. Je te dis: regarde trois choses, et tu ne vas pas fauter.
La réponse va être donnée: où est-ce que tu vas ? Vers où tu vas ? Devant qui tu vas finalement donner, rendre des comptes.
C'est ce qu'on appelle, en français, rendre ses comptes. Et la Michna répond. Mi-ein bata, hein. Bon, c'est vrai que, c'est vrai que, on aurait pu voir les choses autrement. Bézrat Hachem, tu te marieras bientôt, c'est tout proche. Bézrat Hachem. Et tu sais qu'il y a une très belle lettre du Ramban, Ramban Nahmanide, qui s'appelle Iguéret HaKodesh.
Tu la connais peut-être, cette lettre ? Tu as entendu parler, mais peut-être tu ne l'as pas travaillée. Tu la piocheras, Bézrat Hachem. Dans cette lettre, Iguéret du Rambam, il insiste énormément sur la façon dont l'état d'esprit spirituel dans lequel les parents se rencontrent pour engendrer un enfant dépend beaucoup de la spiritualité de leur rencontre. Il insiste énormément sur ça.
Il insiste énormément dans la mesure où l'homme est conscient que, dans l'affaire venue de cette âme qui va habiter cet enfant, il y a un couplage entre toi, ta femme et le Bon Dieu. Et ce moment, cette importance-là, cette kédoucha de la rencontre, est tellement importante que c'est elle qui fixe finalement la qualité de l'âme qui va venir sur cet enfant.
Dans Me'ayin bata, c'est vrai qu'il y a aussi une âme qui était présente au moment de cette rencontre. Mais ici, on nous demande de regarder finalement le côté très négatif qu'il y a dans cette réalité-là, le côté très passager. Tu sors de quelque chose, d'une goutte de quelque chose qui rencontre une autre goutte de quelque chose, et ça grandit peu à peu pour donner un enfant.
Mais finalement, c'est quelque chose de très petit. Et très petit, qui en plus, le mot le dit, le mot sriha en hébreu: il dit kippa srucha, le mot srucha c'est puant. En général, quand celui qui accompagne un enterrement prépare le Kaddish, c'est souvent la Hevra Kadisha qui le dit. La Hevra Kadisha dit ce texte de cette Michna.
Quand on arrive à ce premier point, en général on le dit, et on ne le dit pas. On a tellement honte de le dire, le mot est très fort. Mais d'un côté on ne veut pas le dire, et d'un autre côté, Chazal ont eu la force de le dire et de le mettre en face. Bon, comme nous disons chez nous,
pardon à votre carotte personnelle, on parle de quelque chose qui est vraiment très… Au bas de la pente, au niveau des forces spirituelles, c'est l'autre côté de la relation qui est entre l'homme et la femme, qui est un côté très yetser, un côté très très yetser. Et qui, c'est curieux, dans ce côté très très yetser, la Michna insiste sur le fait que cette tipa …
Cours d'Orot veKelim
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