Rav Kook : l'universalisme passe par la particularité d'Israël
Pourquoi le renforcement du peuple d'Israël en Erets Israël profite à toute l'humanité, selon Orot.
Rav Yossef Benshoushan
Ensuite : Rouah HaKodesh et prophétie en Erets Israël, 1 h 14
En bref
Le Rav Yossef Benshoushan explique le passage du Rav Kook où la créativité propre au peuple d'Israël ne peut s'exprimer pleinement qu'en Erets Israël, la vie juive en galout étant alors marquée par l'empreinte humaine générale plutôt que par l'essence israélienne. Il montre que le renforcement du particularisme national du peuple d'Israël, comparé au cœur de l'organisme universel, profite en fin de compte à l'humanité entière, et que la galout a été une épreuve destinée à guérir la haine gratuite et à forger l'unité du peuple. Il conclut en décrivant le rôle universel de la renaissance nationale et de la Torah appliquée dans un État.
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Alors, on avait déjà commencé la pizka Gimel, du Pérek Fiszon, qui s'appelle Erets Israël. Comme on a eu un arrêt de trois semaines, on va vite reprendre. Yetzira atzmit Yisraelit, b'marshava ubetokeh fachayim v'amif'al, Yiefchal Yisrael, ela b'Erets Israël. Ce qui veut dire: une créativité israélienne, au niveau de la pensée ou de l'action, est quasiment impossible pour le peuple d'Israël en dehors d'Israël. Seulement en Erets Israël ceci est possible.
Ça veut dire que tout ce que fait le peuple d'Israël en dehors d'Israël n'est pas l'expression de son essence propre. Il n'est pas fidèle à lui-même. Il ne peut être fidèle à lui-même et exprimer son essence particulière, qui est Israël, qu'en Erets Israël, aussi bien au niveau de la pensée qu'au niveau de l'action. On est à la page Youd, c'est-à-dire…
Son aspect général, humain, s'annule au profit de son aspect spécifique d'Israël. Et ceci est un grand bonheur aussi bien pour le peuple d'Israël que pour le monde entier. Qu'est-ce que ça veut dire ? Eh bien, le peuple d'Israël, avant d'être le peuple d'Israël, est une partie intégrante de l'humanité. Donc il a en lui aussi un aspect humain. Et sur cela vient se rajouter l'aspect spécifique israélien. Quand il agit en Erets Israël, son aspect humain est estompé. Son aspect klal humain, c'est-à-dire général, est atténué, est estompé, et on profite de son aspect israélien spécifique.
Et ceci est un grand bonheur aussi bien pour lui que pour l'humanité. On avait déjà commencé à développer cela. Le fait que ce soit un grand bonheur pour lui, on le comprend, parce que finalement il exprime de manière entière son entité, son essence. Mais on ne comprend pas pourquoi, a priori, le fait que l'aspect humain qui est en lui s'estompe est un grand bonheur pour l'humanité entière. Oui, bien sûr. Ok ? Non ? Alors, qu'est-ce qu'il y a de bonheur en cela ?
Eh bien, puisque le peuple d'Israël est le cœur de l'organisme universel, si le cœur ne se particularise pas en tant que cœur, mais qu'il est disloqué, éparpillé en petites particules dans tout le corps, ce cœur ne fonctionne pas comme il faut, et donc tout l'organisme se détériore. Si par contre toutes les cellules de ce cœur, qui est éparpillé aux quatre coins du monde, se réunissent et se recristallisent, se reparticularisent, cela renforce le cœur. À partir du moment où le cœur se renforce, ça donne beaucoup plus de vie à tout l'environnement humain. Donc, plus on renforce le nationalisme israélien, plus on crée de l'universalisme.
Si antagoniste que cela puisse paraître. C'est vrai que c'est une pensée assez compliquée à comprendre. A priori, quand tu parles d'universalisme, la première chose à faire serait d'estomper les différences des différents groupes et qu'on soit tous pareils. C'est peut-être vrai pour les autres, mais c'est une grosse erreur quant au peuple d'Israël. Parce que le peuple d'Israël, qui est le cœur, c'est lui le centre de vie, qui donne la vie à tout l'organisme universel. Bien au contraire: plus il se renforce, plus il remplit son rôle comme il faut, et plus l'organisme universel en profite. C'est clair ?
Donc c'est la raison pour laquelle il dit que ceci est un grand bonheur, aussi bien pour le pays d'Israël que pour l'humanité entière.
— Ça peut tomber, il faut faire attention.
En aucun cas, c'est une très bonne question que tu poses. En aucun cas le peuple d'Israël n'est fondé sur un nationalisme exclusif qui s'écarte des autres peuples. Notre nationalisme est, dans sa définition même, dans son essence plus profonde, universaliste. Quand HaKadosh Baroukh Hou s'est adressé à Avraham Avinou, la première chose qu'il lui dit: quitte ton pays, quitte ta maison, va vers la terre que je t'indiquerai. Je ferai de toi une grande nation. Et le verset ne s'arrête pas là: afin que soient bénies à travers toi toutes les nations du monde. Donc le rôle même du nationalisme israélien est d'être lumière pour l'humanité entière, d'être bracha pour l'humanité entière. Et si ceci n'est pas compris, il n'y a plus de raison d'être de l'État d'Israël. C'est clair ? Ok.
Si Israël est tellement critiqué dans le monde en général, c'est parce qu'ils n'ont pas la vérité, qu'ils n'ont pas la capacité de voir les choses en face.
— De quel point de vue ?
Globalement, c'est rare qu'on entende dans les médias, occidentaux, et arabes n'en parlons pas, évidemment, Israël de manière positive.
— Tu veux essayer d'expliquer la haine des goyim contre Israël ? C'est ça, ta question ?
Il y a énormément d'explications. La première, d'abord, c'est Sinat Hinam. Depuis Sinat Hinam, les peuples de la terre nous haïssent. Ça crée une jalousie. Il y a d'autres explications. Par exemple, le Rav l'explique dans la suite du livre d'Orot.
Le fondement le plus profond de l'antisémitisme, c'est qu'en fait le christianisme, qui est l'antisémite par excellence, parce que c'est le voleur d'identité du peuple d'Israël, c'est en fait du judaïsme enrobé d'idolâtrie. Ils ont pris quelques fondements du judaïsme et leur ont donné une apparence idolâtre pour être mieux vendus, parce qu'à leur époque toute l'humanité était plus ou moins idolâtre. Donc ils ont aussi cousu autour de cela une aventure bizarroïde: Dieu qui se concrétise dans le ventre d'une femme, et ça fait un petit bébé qui est Dieu, etc. C'est une histoire bizarroïde d'idolâtrie. Mais, à vrai dire, le message profond du christianisme ressemble assez au message d'Israël: apporter la rédemption à l'humanité, la bonté, la justice, etc., etc.
Mais c'est un usurpateur, c'est un charlatan, c'est un faux. Quand il y a un usurpateur, un charlatan et un faux, il y a toujours la peur que le vrai soit mis en évidence et qu'il dénonce le faux, tout simplement. Maintenant, vu que dans chaque être il y a un instinct de conservation, aussi bien dans un cafard que dans une souris, que dans un homme, que dans un groupe humain, il y a toujours un instinct de conservation. Et le christianisme, lui aussi, qui est un groupe humain, qui se caractérise par une certaine religion, a son instinct de conservation.
Et l'instinct de conservation fait que, dès que tu aperçois au loin quelque chose de dangereux, ou tu t'en écartes, ou tu le détruis pour ne pas te mettre en danger. Si un cafard voit le feu arriver, il se sauve. D'accord ? Si un lion voit quelque chose qui viendrait lui nuire, ou il se sauve s'il est trop faible, ou bien il attaque pour détruire. Et il en est de même pour tous les êtres. Le plus grand danger pour le christianisme, c'est le judaïsme. Parce que tant que le judaïsme existe, le christianisme risque de disparaître à tout instant, puisque ce n'est qu'un charlatan. Donc, de manière instinctive, dans les entrailles les plus profondes du christianisme, cela développe une haine profonde contre le judaïsme. Et c'est au-delà de toute logique, de tout rationalisme. Ils ne peuvent même pas surmonter cette haine.
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