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Erets Israël, lieu où le divin se laisse lire

Pourquoi la terre d'Israël révèle une dimension divine que les autres terres ne peuvent pas révéler, selon le Rav Kook.

15 min

Rav Yehouda Benishai

Ensuite : La guerre dans la pensée du Rav Kook : la Déclaration Balfour, 13 min

En bref

Le Rav Yehouda Benishai commente le passage du Rav Kook où la valeur intrinsèque d'Erets Israël tient à ce qu'elle révèle la présence divine dans la nature, et où l'éloignement des dimensions profondes de la Torah (les secrets de la Torah) nous a fait perdre la juste perception de cette valeur. Il montre que l'histoire d'Israël, à la différence de celle des autres peuples, est verticale : elle laisse voir la providence divine, comme dans la Megillah d'Esther, où la Megaléia se cache derrière des faits de cour. Il rappelle enfin que la prophétie ne s'épanouissait qu'en Erets Israël et que le retour sur la terre exige de retrouver une compréhension vraie de la Torah.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. Nous allons donc continuer nos cours sur le livre Orot du Rav Kook. Après avoir parlé de la valeur intrinsèque d'Erets Israël, non pas comme moyen mais comme but en soi, puisque Erets Israël est le lieu de la révélation divine, l'endroit de la rencontre possible entre les cieux et la terre.

Nous allons aujourd'hui aborder un des sujets qui apparaissent dans le livre Orot et qui est lié à Erets Israël en particulier: ce que le Rav appelle « Yitra Chakut Miakara Tarazim », c'est-à-dire le fait que, malheureusement, avec l'arrêt de la prophétie et notre descente en exil, nous n'avons plus la dimension totale de la Torah. Il nous manque, il nous a manqué pendant longtemps, la dimension profonde de la Torah, l'écho divin qui se fait entendre à travers les versets et les enseignements de la loi orale.

Ce que l'on a l'habitude d'appeler les secrets de la Torah. Les secrets de la Torah, c'est-à-dire non pas seulement la connaissance des actes, la connaissance des mitsvot, mais la compréhension de l'intention divine, la compréhension de l'essence des choses. Et le Rav dit que cet éloignement de la connaissance des côtés profonds de la Torah amène l'homme à ne pas avoir une connaissance profonde de la valeur d'Erets Israël.

Quel est le rapport entre les deux ? Le rapport est qu'Erets Israël, en apparence, semble être de la matière, et qu'on parle de la Kedoucha qui se révèle sur cette terre, à travers cette terre. Il s'agit de quelque chose de caché. En apparence, on a devant nous une terre qui semble ressembler aux autres: de la poussière, des rochers, des montagnes, des vallées. Et pourtant, bien que, extérieurement, cette terre semble avoir le même aspect géographique que l'on peut trouver dans d'autres régions du monde, elle dévoile quelque chose de profondément secret.

Et pour découvrir cette dimension-là, nous avons besoin de la connaissance profonde de la Torah. Il en est de même au niveau de la Torah. Dans la Torah, il y a des lettres, il y a des mots. Dibra Torah kilchon bnei Adam, ce qui veut dire que la Torah se sert d'un langage humain.

Mais le langage est humain alors que le message est divin. Il faut arriver à déchiffrer, à découvrir dans ce langage humain un message qui est divin. Le langage est humain pour qu'il soit à la portée de l'homme, mais il véhicule des valeurs qui sont divines.

Au niveau de la terre, il en est de même. Cette terre est quelque chose de matériel, de palpable, et elle véhicule une capacité de révélation divine qui est différente de toutes les autres terres.

Donc la question est de savoir: puisqu'a priori chaque terre révèle le caractère du peuple qui l'habite, en quoi la terre d'Israël révèle-t-elle quelque chose de différent de ce que chaque terre révèle à propos de chaque peuple ? Chaque peuple a un génie, ce que l'on appelle le génie de la nation. C'est-à-dire que chaque peuple apporte au monde une façon d'être particulière.

Ce que la terre d'Israël révèle, et qu'aucune autre terre ne peut révéler, c'est que l'essence du monde est divine. Quand la France, la terre française, l'espace français révèle le génie français, il révèle quelque chose qui est humain: il y a une façon humaine de se comporter en tant que Français. Mais la terre d'Israël va révéler une dimension qui est divine, c'est-à-dire qui, bien qu'elle se situe dans la nature, qu'elle englobe la nature, est au-delà de la nature.

Comme l'histoire, d'ailleurs, du peuple d'Israël. L'histoire du peuple d'Israël passe par les hommes, mais elle est divine. C'est-à-dire qu'on peut trouver dans l'histoire du peuple d'Israël le tracé du projet divin de la réalisation de la création. On ne peut pas distinguer cela dans l'histoire d'une autre nation. Dans l'histoire d'une autre nation, on peut trouver une histoire qui est humaine: comment les hommes font l'histoire. Mais comment Dieu a fait l'histoire, il faut étudier l'histoire d'Israël.

On a, par exemple, un récit, celui de Pourim, qui s'appelle la Méguila, la Méguila d'Esther. Et les sages ont fait remarquer que Méguila voulait dire Megaléia. C'est-à-dire qu'à travers l'histoire de Pourim, qui semble être une histoire d'hommes, où l'on parle d'un roi, d'un ministre, d'affaires de cour, de choses qui pourraient apparaître dans n'importe quelle autre nation, sur n'importe quelle autre terre, on n'arrête pas de nous montrer où se situe, là-bas, le doigt de Dieu.

La terre d'Israël en est de même. C'est-à-dire que l'histoire qui se déroule sur les autres terres est une histoire qui est seulement horizontale. Il y a un déplacement dans le temps, et ce déplacement dans le temps fait apparaître une valeur que les Français ont choisie, des valeurs que les Français ont choisies. Alors que l'histoire qui se passe sur cette terre est une histoire verticale, c'est-à-dire qu'elle va montrer le lien profond qui existe entre le divin et l'humain.

À travers ce qui va se passer sur cette terre, on ne peut pas ignorer la providence divine. On ne peut pas ignorer la présence de Dieu sur terre. Je vais donner un petit exemple pour que nous en soyons conscients. Depuis que le peuple d'Israël est revenu sur cette terre, le monde est préoccupé par la émouna. Le monde affronte une situation où des hommes se battent à cause de la émouna.

Évidemment, ce n'est pas une émouna qui est encore mise au point, elle n'est pas encore élaborée, et cette émouna peut amener les hommes à faire des choses totalement opposées à l'idée que l'on suppose être celle de la émouna. Mais si, au départ, les Arabes menaient une lutte nationale, aujourd'hui ils affirment que leur lutte contre nous est une lutte qui se fait au nom de la émouna. Ce qui nous oblige, nous-mêmes, à faire apparaître notre émouna.

La terre d'Israël ne laisse pas l'histoire se dérouler à un niveau profane. Dans n'importe quel pays du monde, dans n'importe quelle autre terre, l'histoire peut se dérouler à un niveau qui est profane. Par exemple, l'Europe a décidé de s'unir: la raison de l'union, c'est un marché commun. Comment agrandir le marché ? Non pas l'apparition d'une valeur qui soit commune, non pas faire apparaître une nouvelle dimension de l'humanité, non pas faire progresser le monde vers une unité meilleure, une philosophie plus élevée, mais un marché commun.

Cela peut avoir sa valeur, cela peut être utile, cela peut apporter un bien-être au niveau matériel, mais il n'apparaît pas ici, en fait, de nouvelle dimension. Au début, c'était un marché local, dans le petit village; ensuite, le marché entre des villes; et aujourd'hui, un marché ouvert à des dizaines de pays. Mais c'est profane.

Par contre, dès qu'on parle de cette terre-là, quand on vérifie l'histoire qui s'y déroule, on s'aperçoit qu'elle passe toujours par des carrefours d'ordre religieux, d'ordre divin: une lutte à propos de quelque chose qui dépasse la terre. Bien sûr, dans notre propre histoire, en tout cas, les nations se sont battues. Les croisés étaient persuadés qu'ils venaient ici à l'aboutissement de tout ce que leurs croyances …

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