Vayikra : l'appel de Hachem à Moché et le petit aleph
Pourquoi le mot Vayikra s'écrit avec un petit aleph, et ce que l'appel divin enseigne sur la relation maître-élève.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Chabbat Hagadol et le sens du passage vers l'âge adulte, 45 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun ouvre le livre de Vayikra et situe la parachat Kedoshim dans l'architecture des cinq livres : après Béréchit (les pères) et Chemot (l'histoire et le Mishkan), Vayikra en est l'aboutissement, centré sur la fonction sacerdotale qui relie le créateur et la créature. Il explique que le Mishkan a une double fonction, faire monter les offrandes vers Hachem (korban, karov) et faire descendre la présence divine, et que le premier verset, « Vayikra el Moshe », ouvre sur des questions de forme : le aleph petit, l'appel préalable à la parole. Il en tire une leçon pédagogique : l'appel reconnaît le sujet et restaure la symétrie entre maître et élève.
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Bon, Chalom Hachem. Nous ouvrons le troisième des Khamicha Houmchei Torah, le Sefer Vayikra, et la parachat Vayikra. Pour relier avec ce que nous avons appris jusqu'à présent sur l'agencement des différentes parties des cinq livres de la Torah, nous savons que:
On se rappelle que le livre de Béréchit est le livre de la Genèse, comme son nom l'indique, mais pas la Genèse du monde: la Genèse de l'identité d'Israël, la Genèse des pères qui auront des fils, les patriarches. Une fois que ces pères auront donné naissance aux douze tribus d'Israël, on entre dans le livre de Chemot, le livre de l'histoire à proprement parler, celle de ce peuple qui va recevoir sa Torah. Et cette Torah, dont on parlait dans les dernières parachiot, se réalisera dans un espace particulier qu'on appelle le Mishkan, le tabernacle.
Nous arrivons maintenant, d'une certaine façon, à l'apogée de ce cycle de trois livres. Vous savez que, non seulement dans la réalité, non seulement dans l'explication profonde de la réalité, par exemple dans la Kabbale, mais de façon générale, tout va par trois. Réfléchissez à ça. On a l'habitude de dire, d'ailleurs, à Tsahal, qu'on se met toujours par trois, beshlachot, ça s'appelle, mais ce n'est pas la même raison. Simplement, trois est un chiffre qui parle de la relation féconde, de la relation où deux engendre un troisième terme.
Il y a donc fécondité. C'est la même chose dans la philosophie de Hegel, etc. Vous retrouverez cela dans de très nombreuses notions. Notre troisième livre est véritablement, quelque part, le fruit des deux premiers. Encore une fois, il s'agit d'un livre qui prendra le nom, dans l'appellation des sages, de Torat Kohanim, littéralement le livre des prêtres, les lois des prêtres.
De quels prêtres s'agit-il, d'ailleurs ? Ce ne sont pas seulement les prêtres qui ont une fonction sacerdotale, mais, d'une certaine façon, tout Israël, comme on se le rappelle, est appelé Mamlechet Kohanim V'Goy Kadoch, c'est-à-dire un royaume de prêtres. N'oublions pas que nous avons lu, il y a seulement trois semaines, la parachat Ki Tissa, où l'on a lu l'épisode de Chet HaEgel, la faute dite du veau d'or. C'est à la suite de la faute du veau d'or que les aînés, les bechorot d'Israël, de tout Israël, vont perdre leur rôle sacerdotal, le rôle de la relation entre Dieu et l'homme, entre le Créateur et la créature, entre l'infini et le fini. Cette fonction revenait de droit, a priori,
aux aînés de chaque famille. Dans chaque famille, il y avait donc une espèce de concentration de la relation, du Créateur à la créature ou de la créature au Créateur, à travers l'aîné. Mais à partir du moment où les aînés ont échoué dans leur rôle, au moment de la faute du veau d'or, il a fallu concentrer la fonction sacerdotale sur la tribu de Lévi de façon générale, et sur la famille d'Aharon et de ses enfants de façon plus particulière.
Quoi qu'il en soit, on se rappellera simplement que nous ouvrons donc ce livre, Torat Kohanim, qui est le fruit des deux premiers et de l'identité d'Israël. C'est cela, le rôle essentiel, la mission essentielle: réaliser le lien entre le monde de l'infini et le monde du fini, entre le monde du Créateur et celui de la créature. Et cela passe d'abord et avant tout par les kohanim, par délégation de ce royaume de prêtres qu'est le peuple d'Israël, à la tribu de Lévi et à la famille d'Aharon.
Je voudrais aussi détailler, pour relier avec ce qu'on a appris jusqu'à présent, que, à la fin du livre de Chemot, on a donc pendant cinq parachiot... Bien sûr, l'un des rôles, l'un des deux rôles essentiels du Mishkan, c'est de sacrifier des sacrifices. Notre livre de Vayikra va surtout, dans sa première partie, détailler très abondamment toutes les lois concernant les sacrifices, qui se subdivisent d'ailleurs en une multitude de sous-catégories, comme cela sera dit déjà dans notre paracha et la suivante: sacrifices obligatoires, sacrifices volontaires, sacrifices individuels par rapport aux sacrifices publics, etc.
Mais il faut se rendre compte qu'il y a, dans le Mishkan, une fonction qui n'est pas du tout liée au sacrifice, et c'est notre propos aujourd'hui, une fonction qui précède infiniment la fonction des sacrifices. Le sacrifice se dit en hébreu korban. La racine est bien entendu le mot karov, proche. Je n'en dirai pas plus maintenant, nous y reviendrons certainement la semaine prochaine ou dans un certain temps, mais le mot korban, qui veut dire se rapprocher, indique que, par l'intermédiaire de ce sacrifice, qui n'est pas forcément animal, il y a aussi des offrandes végétales, etc., l'homme va élever toute une série de forces dont il est animé, les élever et les sublimer vers le Créateur.
C'est donc un mouvement, les korbanot, du bas vers le haut, du monde limité vers le monde illimité. Mais il faut savoir qu'il existe une fonction qui précède celle-là, dans l'ordre de la construction du Mishkan et dans la construction elle-même. Cette fonction est explicitée dans un verset que l'on a lu dans le livre précédent, dans le livre de Chemot, sur lequel je voudrais revenir, au chapitre 25, verset 22. C'est dans la parachat Trouma, la première parachat de l'ordre de construire le Mishkan. Il est écrit, après que le texte nous dit que l'on construira l'Aron, c'est-à-dire l'essentiel du Mishkan, l'arche où se trouvent les Tables de la Loi:
« Venoadeti lekha: je m'entretiendrai avec toi là-bas, dit-il à Moché. Vedibarti itkha mé'al hakapporet: je parlerai avec toi au-dessus de ce qui recouvre l'Arche sainte, mi-bein chenei hakeroubim, entre les deux chérubins qui recouvrent l'arche. Et kol asher atsavé otkha el bné Israël: tout ce que je t'ordonnerai pour les enfants d'Israël. »
Il y a donc cet enseignement: ce n'est pas seulement par les korbanot, du bas vers le haut, que le Mishkan a une fonction de relier les mondes, mais aussi du haut vers le bas, tout d'abord. C'est-à-dire que Dieu va s'adresser à Moché, précisément, davka, dans le Mishkan, et pas n'importe où dans le Mishkan, mais au niveau de l'Aron, au niveau de l'Arche sainte. C'est déjà un prélude à ce que Maïmonide écrira dans les lois de la construction du Temple, Hilkhot Beit HaBehira. Au début des Hilkhot Beit HaBehira, Maïmonide dira que le Temple a deux fonctions. Il y a une mitsva de la Torah de construire un Temple pour les deux fonctions suivantes.
Bien sûr, la fonction des sacrifices, mais d'abord et avant tout la fonction de réunir tout le peuple d'Israël à Jérusalem, Aliyot veRe'iyot, pour voir et être vu. Imaginez une espèce de présence divine qu'on appelle la Chekhina, qui réside lorsque l'ensemble du peuple d'Israël se réunit à Jérusalem, au Temple.
Il y a donc deux fonctions au Mishkan du désert, beaucoup plus détaillées et développées au moment du Temple, du premier, du deuxième, et aujourd'hui du troisième, Ezrat Hachem. La fonction n'est donc pas seulement, pour tout un chacun, pour les sacrifices individuels, ou pour l'ensemble de la collectivité, pour les sacrifices collectifs, de s'élever vers le Créateur, Korban, Karov. Elle est …
Cours d'Orot veKelim
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