Le souffle, source de vie et de renouveau du monde
Rabbi Nahman enseigne que le monde se crée et se renouvelle par le souffle, et que le manque vient de l'absence de vitalité.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le tsadik gamour et la lutte contre le mal selon Rabbi Nahman, 1 h 01
En bref
Le Rav Oury Cherki commente le Likutey Moharan de Rabbi Nachman de Breslev (Torah 8), à partir du verset de Zacharie sur le candélabre et les deux oliviers, et de la phrase « Tu renouvelleras la face de la terre ». Il explique que le soupir (Krets) allonge la respiration pour combler un manque, et que ce souffle de vie se reçoit du tsadik lié à la Torah. Il aborde enfin comment le juste peut affronter les méchants sans être atteint par leur mal, en séparant en lui le bien du mal.
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Après une interruption insupportable, très dure finalement, je crois que nous pouvons reprendre notre optimisme et nous y mettre. On est parti. On ne s'est pas rencontrés depuis l'année dernière, donc oui, bon.
On va continuer, je pense, l'étude du Likouté Moharan. Je pense que c'est très bien, et nous en sommes à la Torah numéro Het, la huitième. Le seul problème qu'il y a, c'est qu'elle n'est pas encore présente sur l'écran. Voilà, ça y est, elle y est.
C'est une dracha qui, en principe, se réfère à la Haftarah de Hanouka, mais qui en fait parle de tout à fait autre chose. C'est le verset de Zacharie qui est amené en haut: Raïti vehiné menorat zahav kouléha vegoula al roshah: « J'ai vu un candélabre d'or, entièrement fait d'or, qui… avec une source sur sa tête. » Vehchivra chivreï nerotéha… Je vous cite la suite du verset, qui n'est pas imprimée: « Et avec sept fois sept lampes qui sont coulées dedans… » Hanerote asher al roshah, pour les lumières qui sont sur sa tête, oucheneïm zeitim alehah, avec deux oliviers.
Là, c'est une vision qu'a le prophète. Le prophète voit un candélabre à sept branches. Il voit une source au-dessus du candélabre. Goula, c'est une source. Il voit également deux oliviers, pas des branches d'oliviers, mais de vrais oliviers, des arbres.
C'est ce qui a d'ailleurs inspiré l'emblème du président de l'État d'Israël: avec deux branches d'oliviers. Mais en vérité, ce sont deux oliviers. Et après, l'ange dit au prophète — ça, ce sont les paroles de Dieu pour Zerubbabel, Zerubbabel qui était le dirigeant politique des… des…
Tout ça tourne autour d'un élément intéressant: le soupir.
C'est ça. Le soupir est une forme de la respiration, et c'est ça qui va être étudié dans ce texte relativement long. Vous savez que dans la médecine chinoise, il y a une des formes de la respiration qui est justement un très long soupir, que l'on fait intervenir lorsqu'on se sent faible, et ce soupir permet de retrouver des forces.
C'est une des respirations chinoises. Et pourquoi est-ce que je dis ça ? Parce qu'il est intéressant de voir qu'il y a une correspondance avec l'enseignement de Rabbi Nahman, mais dans une optique évidemment chassidique. On va voir ça tout de suite.
Ani yakar genoucheh vé'noah mé'ich haYisraéli. Yakar, c'est « cher », en ce sens de cher.
Les soupirs et les lamentations, chez Rabbi Nahman, que l'on appelle en yiddish krets, du nom de krets, parce que cela vient remplir les manques. Si je manque de quelque chose, je soupire. Il y a une expression proverbiale: « Cœur qui soupire n'a pas ce qu'il désire. »
Ki al yedé beH'inata néchama chiva roua'h'haïm nivra ha'olam: car c'est par une respiration, un souffle de vie, que le monde a été créé. Kemo chekatouv: ainsi qu'il est dit, beroua'h piv kol tseva'am: par le souffle de sa bouche, toutes leurs armées.
Vé'h'idouch ha'olam yéé'gamen be'h'inata rou'ah: et le renouvellement du monde se fera également par un souffle.
Kemo chene'emar: ainsi qu'il est dit: Tichlah rouah'ha véyibaré'ou: tu enverras ton souffle, et ils seront créés. Oud'hadech pené adamah: et tu renouvelleras la face de la terre.
Veou ghéma'h'ta'h'ia adam: et c'est également la vitalité de l'homme, ki h'iyout adam ve néchama: parce que la vitalité de l'homme, c'est la respiration.
Kemo chene'emar: ainsi qu'il est écrit: Vayipah be'apav nichmat h'ayim: il insuffla dans ses narines un souffle de vie. Ou're'ïv: il est dit: Kol acher nichmat roua'h h'ayim be'apav: tous ceux qui possèdent un souffle de vie dans leurs narines.
Ou'remoch'ah'amim, et comme disent les sages:
Im ti'hsar néchama, ti'hsar h'ayim: s'il manque la respiration, il manque la vie. Cette citation n'existe nulle part. Il ressort.
Ki ikar h'iyout kol davar ou'vi'hsroun roua'h: car l'essentiel de la vitalité de toute chose, c'est dans le souffle. Ou'rech'ès'h' ch'surone bé'ezedavar: lorsqu'il manque quelque chose,
le manque vient essentiellement de l'absence de vitalité de cette chose, qui est le souffle de vie de cette chose. Parce que c'est le souffle qui soutient la chose. Et le…
Le soupir, hou arikha tanichima, est un prolongement, un allongement de la respiration. Ou'vi'fi'nat érèkh ha'apayim: et c'est ce qu'on appelle, dans les treize attributs de miséricorde, la longueur des narines, de'hainou mar'ikho ouech: c'est-à-dire donner la longueur à son souffle.
C'est pour ça que, lorsque l'on soupire à cause d'un manque et que l'on allonge sa respiration, cela amène un souffle de vie à ce qui manque, parce que l'essentiel du manque, c'est l'absence du souffle de vie.
Machlim, achissaron. Et c'est pour ça que, grâce au soupir, on complète ce qui manque.
Bon, alors je pense que c'est du chinois, et nous allons peut-être expliquer ce qu'il veut dire.
— Oui. Vous avez dit qu'il cite de nulle part quelque chose qui est cité, je n'ai pas compris.
— Oui, là il dit: Et comme disent les sages, c'est à la dixième ligne à peu près: Im tessar néchama, tessar h'ayim, s'il manque la respiration, il manque la vie. Ça, c'est comme si c'était une citation. Cette citation n'existe pas.
— Heureusement que notre rabbin parle couramment chinois.
— C'est vrai, c'est très très bien. Donc maintenant je vais essayer d'expliquer un peu ce qu'il veut dire.
Il y a cette idée que dans toute chose il y a l'être et le surplus d'être. Il y a le phénomène de l'existence. J'existe, c'est une donnée, mais cette donnée est absolument décevante. Elle n'amène à rien. Il faut qu'il y ait un souffle. Et le souffle, c'est ce qui donne un sens, ce qui donne une signification à l'être.
Et il y a dans tout être un élément qui est en mouvement. Dans l'homme, c'est la respiration. Dans l'histoire, c'est ce qu'on appelle le souffle de l'histoire. On pourrait dire: le vent.
D'ailleurs, c'est, je crois, Boujna qui posait la question de savoir d'où vient le vent. La vraie question, ce n'est pas d'où il vient, mais où il va. C'est ça que dit ici Rabbi Nahman.
En fait, quand je soupire de quelque chose, je pourrais dire: mais pourquoi soupirer ? Alors que je vis, j'existe, j'ai mes biens, j'ai mon existence. Oui, mais cette existence est insuffisante.
Il y a une frustration, un sentiment, disons, d'insatisfaction. Je suis insatisfait de la situation. Et donc je veux ramener du souffle pour donner vitalité à cette réalité manquante dans laquelle je vis. Il me manque quelque chose, et ce manque est rempli par le soupir.
Le soupir amène un surplus de vitalité. Ce n'est pas, disons, une lamentation; c'est beaucoup plus que ça, c'est un surplus de vitalité.
Pour mieux comprendre cela, je voudrais me référer au fameux midrash qui parle de la manière dont Abraham a découvert Dieu. Souvent on explique, ce qui est à mon avis erroné, qu'Abraham était un philosophe et qu'il s'est interrogé sur la cause première de tout être.
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