Le Aleph, entre l'idéal et la réalité chez Rabbi Nahman
Comment relier le Youd d'en bas au Youd d'en haut, par le silence et la techouva
Rav Oury Cherki
Ensuite : La émouna, prière et sainteté de l'Histoire, 1 h 02
En bref
Le Rav Oury Cherki commente le début de l'Ikutei Moaran (Kera Et Yehoshua) à partir de la lettre Aleph, formée de deux Yud reliés par un Vav, et y voit l'image de la séparation entre l'idéal (le Yud d'en haut) et la réalité (le Yud d'en bas). Il montre, à partir de Rabbi Nachman, que la techouva consiste à remonter vers son origine en acceptant l'humiliation sans répondre, et que cette voie passe par le silence. Il conclut par le rôle de la transmission de Moshé à Yehoshua et par l'étude des Kavanot de Elul.
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Chavoua tov, Chodech tov, bonne entrée dans le mois de Kislev. Nous continuons dans le Likouté Moharan, dans la Torah 6 (Vav), qui s'appelle « Kera Et Yehoshua », « Appelle Yehoshoua », pour le renforcer. Nous avons commencé ce texte, qui est un texte très ardu et qui tourne autour d'un seul thème: la lettre Aleph.
La lettre Aleph est formée de trois éléments. Si on comprend ce que cela signifie, on comprend beaucoup mieux le texte que nous sommes en train de lire. L'Aleph est composé d'un youd supérieur, d'un youd inférieur, et le tout est relié par une diagonale, un vav. Traditionnellement, cette diagonale est considérée comme un vav, ou comme un double vav, selon certains cas, qui va du haut à gauche vers le bas à droite. Si vous réunissez donc ce youd, ce youd et ce vav, cela vous donne un Aleph.
Rappel intéressant: youd plus youd plus vav, cela donne en gématria 26, qui est le Nom de Dieu, Yud-Heh-Vav-Heh. Et tout tourne autour de cela. Pourquoi ce Aleph est-il tellement important ? D'abord parce que l'Aleph représente l'origine, c'est la première lettre. Mais ce que cela veut dire surtout, c'est que cela vient répondre à une interrogation du monothéiste. Quand on est monothéiste, il y a une émouna profonde, fondamentale, en l'unité. Or le monde que nous vivons est un monde de division, un monde coupé en deux. Cette coupure est désignée dans le livre de Béréchit comme la séparation des eaux: il y a un firmament qui sépare les eaux d'en haut des eaux d'en bas. C'est figuré par le youd d'en haut et le youd d'en bas, séparés par une diagonale, qui est ce firmament en question.
Cela se retrouve dans plusieurs domaines, aussi bien au niveau de la conscience qu'au niveau du vécu et au niveau de la réalité. Il y a toujours ces différences, on pourrait dire, entre l'idéal et la réalité. L'idéal, c'est le youd d'en haut; la réalité, c'est le youd d'en bas. Et on peut se demander comment vivre dans un monde aussi divisé tout en ayant une émouna profonde dans l'unité du monde. Il y a un seul lieu, donc un seul monde, et en fait tout devrait être relié.
Rabbi Nah'man ne parle pas de cela simplement par soif de métaphysique. Il y a chez Rabbi Nah'man également une idée, pourrait-on dire, pédagogique. Ce qui est au centre du breslevisme, c'est de remonter le moral. Vous connaissez toutes ces phrases merveilleuses de Rabbi Nah'man: Ein yeush ba'olam klal, il n'y a pas de désespoir dans le monde du tout; ou bien Mitsva guédola Yod b'simchat hamid, c'est une grande mitsva d'être tout le temps dans la joie. Tout cela s'adresse justement à ce fait que nous rencontrons dans la réalité, qui est que le monde va mal. Soit c'est le monde qui va mal, soit c'est moi qui vais mal: j'ai une très haute idée de ce que je devrais être et je suis déçu de la réalité de ce que je suis.
Est-ce qu'il y a un moyen de réparer cette coupure ? Pourrait-on dire: est-ce qu'il y aurait un moyen de mettre en rapport le youd d'en bas, qui est en bas, avec le youd d'en haut, qui lui est en haut ? Est-ce que je peux faire un lien entre l'idéal et la réalité ? C'est autour de cette idée que tourne l'enseignement de Rabbi Nah'man, et cela explique pourquoi le verset qui donne le titre à cette Torah est « Kera Et Yehoshua », « Appelle Yehoshoua ». C'est Dieu qui dit à Moïse: il faut que tu appelles Josué.
Je reviens très rapidement sur ce qui a été dit jusqu'à présent. Nous avons vu qu'il y a une différence entre deux formes de kavod, dans la lettre Aleph. Qu'est-ce que le kavod ? C'est l'importance, l'honneur, la gloire. Il y a deux formes de kavod: celle qu'on appelle Kevod Elohim, et celle qu'on appelle Kevod Melachim. Kevod Elohim, c'est l'honneur divin; Kevod Melachim, c'est l'honneur des rois, c'est-à-dire les honneurs que les hommes recherchent pour eux-mêmes. Et quand les hommes recherchent l'honneur pour eux-mêmes, ils sont sujets à la critique: qui es-tu ? Pourquoi prétends-tu avoir droit à tant d'honneurs ? Cela s'appelle Kevod Melachim hakor davar.
Par contre, il y a Kevod Elohim sether davar: quand on travaille pour la gloire de Dieu, on appartient à une dimension cachée, qui ressemble au youd d'en haut, et qui n'est pas sujette à enquête. Kevod Elohim sether davar: l'honneur de Dieu cache la chose.
Pour mériter le Kevod Elohim, il faut faire techouva. Et faire techouva, c'est l'enseignement essentiel que l'on voit chez Rabbi Nah'man: cela passe par le silence, c'est-à-dire accepter les humiliations que l'on reçoit sans y répondre. C'est alors que le yetser ara, qui est figuré par le sang (les lettres dam, « sang »; âme se dit aussi dam), devient dom, qui veut dire le silence. Et alors on reçoit le Aleph supérieur, et cela devient Adam, l'homme.
Voilà, c'est en faisant techouva. Cette techouva consiste à revenir à son origine, ce que Rabbi Nah'man appelle le Keter, la couronne, la première des séphirot chez les kabbalistes. Cette techouva implique différentes choses. Tout d'abord, faire techouva de sa techouva, parce que la première techouva que l'on fait est une techouva disons médiocre. C'est celle qui ressemble au youd d'en bas. La techouva est médiocre quand elle est faite parce qu'on a peur du châtiment ou parce qu'on est intéressé par une récompense.
Il y a une techouva qui se fait par idéal. Quand on fait la deuxième techouva, la techouva idéale, alors on fait techouva de sa première techouva: on fait techouva d'avoir fait techouva, on fait techouva du péché qu'on a fait. C'est cela, la techouva véritable. Elle implique une relation double: Ani le-dodi vedodi li, « Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi ». « Je suis à mon bien-aimé », c'est-à-dire que je reviens à ma source. C'est le premier mouvement, ce qu'on appelle ratso, courir vers. Et ensuite « Dodi li »: je reçois un flux de sainteté, de joie qui m'est donné par Dieu lui-même. « Dodi li », mon bien-aimé est à moi, cela ressemble à ce qu'on appelle vachov, le retour: ratso vachov. On court vers Dieu, et ensuite il revient à nous. C'est comme cela qu'on peut sortir de la médiocrité de l'existence.
Tout cela était également en rapport avec le thème du Kissé hakavod, le trône de gloire sur lequel l'homme siège. Revenons un peu à… Ici, c'est tout à fait en haut, sur la gauche. Non, non, c'est très bien. Attention: on est en haut de la page, dans ce qu'on appelle Bekhina tririk. C'est tout à fait la première ligne en haut.
Bekhina tririk, c'est quand on est capable d'accepter des humiliations parce qu'on a fait techouva, alors on ressemble à un chirik. Qu'est-ce qu'un chirik ? C'est un point qui représente la voyelle « i » en …
Cours d'Orot veKelim
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