Le Likoute Moharan 9 : la prière qui fait vivre
Rabbi Nahman enseigne que la prière, don de soi total, renouvelle la vitalité et fait advenir des miracles.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La prière, demande de miracle, selon Rabbi Nahman, 56 min
En bref
Le Rav Oury Cherki commente le chapitre 9 du Likutey Moharan de Rabbi Nachman de Braslav, consacré à la prière : celle-ci doit être un déversement total du cœur, et c'est elle qui donne la vitalité et permet des miracles, y compris cachés dans la nature. Il explique que la prière et l'émouna sont deux faces d'une même relation, le mouvement de retour de l'homme vers le Créateur, et que chaque tribu d'Israël a sa propre voie de prière, comme les douze passages ouverts dans la mer Rouge. Il montre enfin que Dieu a voulu dépendre de la prière des hommes, et que la prière ne peut être bien dirigée sans l'étude de la Torah et sans le recours au tsadik.
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Nous sommes dans le Likouté Moharan de Rabbi Nahman de Breslev, et nous sommes arrivés à la Torah numéro TET, la neuvième. Elle commence par Téhomot ichasyoumou yardoum tsolot: les abîmes les ont recouverts, ils sont descendus dans les profondeurs, dans les abysses. De quoi parle cette Torah ?
Beaucoup de Torot, beaucoup de chapitres de Rabbi Nahman, parlent de la tefilah, c'est-à-dire de la prière. Il y a ici des thèmes que nous avons déjà vus dans d'autres chapitres, et qui vont revenir, donc ne vous étonnez pas. L'essentiel, si j'ai pu comprendre l'essentiel de ce que veut dire la tefilah, c'est que la prière doit être une sorte de déversement du cœur.
C'est-à-dire que lorsque je fais la prière, je me donne tout entier dans la prière. Je me déverse comme un liquide. Et la prière est capable de transcender la nature. C'est donc par la prière que se font les miracles, qu'il s'agisse de miracles tels que nous en connaissons, la mer Rouge qui s'ouvre, ou de miracles qui se cachent dans la nature.
C'est-à-dire que lorsque je demande, par exemple, la guérison d'un malade, ce que je demande, c'est qu'il y ait une intervention quasi miraculeuse qui se cache dans les voies de la nature, pas forcément un miracle ouvert. Voilà, c'est ça l'essentiel. On étudie également le rapport entre la prière et l'étude.
C'est-à-dire que si on est doué de Torah, alors la prière est efficace. Si on n'a pas de Torah, la prière est difficile à faire agréer. Et il y a également le thème de la relation du tsadik envers le priant. Pour pouvoir réussir ma prière, il est important que je m'adresse au spécialiste de la prière, qui est le tsadik. C'est un thème très fort.
On va voir que le tsadik n'est pas un intermédiaire; il est plutôt celui qui sait orienter les prières. Il faut savoir, dans sa prière, trouver l'orientation idéale. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que chacun de nous a une tonalité qui lui est particulière. C'est comme si nous étions une note de musique, et chaque note de musique est différente de l'autre. Ma manière à moi d'être est différente de celle des autres.
Donc ma prière est différente de toutes les autres prières. Il faut simplement savoir dans quelle direction l'orienter. Je pense que nous avons couvert à peu près l'ensemble de cette Torah, qui est un peu longue. Je reprends: ça va parler de la prière comme déversement de la personne dans la prière, le don de soi total. On va y lire le rapport entre la prière et l'étude, entre la prière et le tsadik, et la dimension miraculeuse de la prière.
Il y aura également une remarque sioniste à la fin du texte, quand Rabbi Nahman nous explique le rapport qu'il y a entre la prière et Erets Israël en particulier, Erets Israël étant le lieu idéal des prières et le lieu idéal des miracles. Toute cette introduction ayant été faite, nous pouvons passer au texte.
Merci à David qui nous le présente sur l'écran. « L'essentiel de la vitalité, on la reçoit de la prière, ainsi qu'il est dit. » C'est un verset dans Téhilim: ma prière est adressée au Dieu qui me donne la vie. Rabbi Nahman en conclut que si la prière est adressée au Dieu vivant, au Dieu de la vie, de ma vie, alors c'est cette prière qui va me donner la vie. L'essentiel de la vitalité de tout homme est donc sa capacité de prier.
Ça, c'est intéressant, parce qu'on se dit souvent que dans la prière, il y aurait une sorte de renoncement de la personne à elle-même: je n'arrive pas à faire par moi-même ce que je voudrais, donc je m'adresse au bon Dieu, et ce serait une diminution de la vitalité. Or ce que nous dit ici Rabbi Nahman, c'est le contraire: c'est grâce à la prière que je vivifie toute mon existence. C'est ça, le chidouch, je vous l'ai dit. L'essentiel de la vitalité vient de la prière, ainsi qu'il est écrit: ma prière est adressée au Dieu qui me donne la vie.
C'est la raison pour laquelle: tsarikh l'itpalel b'chol kocho, il faut prier de toutes ses forces. Lorsque l'on prie de toute sa force, et qu'on introduit sa force dans les lettres de la prière, c'est alors que se renouvelle sa force là-haut. C'est comme si je rechargeais mes batteries. Bifrinat khadashim la bikarim, ainsi qu'il est dit: « Je renouvelle tous les matins; grande est ta émouna. » Car quand on dit émouna, fidélité, cela veut dire la prière. Vayehi yadav émouna, c'est ce qu'il est dit: ses mains furent tendues en émouna.
Le Targoum traduit par Onkelos: tendues en prière. Le terme émouna et le terme prière, en fait, c'est le même terme. Pourquoi ? Il faut faire deux remarques: qu'est-ce que la prière exactement, et qu'est-ce que la émouna exactement ? On a l'habitude de penser que la prière est un mouvement qui vient du bas vers le haut. En vérité, c'est faux. La prière est un mouvement de retour vers le haut. Le Créateur s'est adressé à moi. Comment s'est-il adressé à moi ? Si je suis prophète, il s'est adressé à moi directement. Mais si je ne suis pas prophète, ce qui est le cas de tout Israël aujourd'hui, Dieu s'adresse à nous à travers la Torah, texte prophétique donné à Moché.
Quand il y a une adresse, de l'Infini vers le fini, alors la prière est un retour, une réponse. Je réponds à celui qui s'est adressé à moi. C'est ça, la prière. De même pour le terme émouna. On traduit en général ce mot par « émouna », et l'on pense que la émouna serait aussi un mouvement du sentiment vers le Créateur: j'ai un sentiment intérieur, et ce sentiment est orienté vers Dieu. Ce terme est employé dans la partie révélée de la Torah, le nigleh. Mais dans les enseignements secrets, dans la Kabbale, on enseigne que le terme émouna désigne la émouna que Dieu a en sa création. Ce n'est pas la émouna que la création a envers Dieu, c'est la émouna de Dieu envers la création.
Il y a donc une similitude entre le terme émouna et le terme tefilah: émouna au niveau du sentiment intérieur, et tefilah, la prière, au niveau de la demande. Mais les deux ont pour origine le Créateur, auquel nous répondons, soit par la émouna, soit par la prière. Ce que dit ici Rabbi Nahman, c'est qu'il faut donner toute sa force dans la prière, parce que lorsqu'on donne toute sa force dans la prière, on recharge sa vitalité à l'origine, à la source de la vie. Voilà, ça, c'est le premier point.
Et c'est ça qui va être récurrent dans tout l'enseignement de Rabbi Nahman que nous allons étudier: un encouragement à se déverser totalement dans la prière. Il y a un verset dans le livre de Eikha qui va revenir: « Verse comme l'eau ton cœur, face à la face de Dieu. » Je …
Cours d'Orot veKelim
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