La parole du maître et la fécondation de l'élève chez Rabbi Nahman
Le conseil du maître pénètre l'élève comme une semence : la sagesse vise la vie, selon Likouté Moharan, Ve'ele Amishpatim.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le souffle, source de vie et de renouveau du monde, 1 h 01
En bref
Le Rav Oury Cherki commente le paragraphe E de la Torah 7 du Likutey Moharan de Rabbi Nachman (Ve'ele Amishpatim), qui décrit la relation entre maître et élève comme une transmission par la parole, assimilée à une fécondation. Il montre comment le conseil du tsadik atteint les reins, lieu du conseil et de la semence, pour engendrer une vérité intérieure. Le cours relie cette dynamique au tsitsit, qui protège de la débauche et permet de recevoir le conseil des justes, et à l'émouna comprise comme foi dans une histoire sainte gouvernée par Hachem.
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On continue notre étude dans le Likouté Moharan, et nous en sommes au milieu de la Torah 7, qui s'appelle Vé'éleh Hamichpatim. Cette Torah a pour finalité de nous expliquer la relation entre maître et élève, telle qu'elle est promue par le chassidisme. En effet, dans le chassidisme, il y a une très grande importance au contact direct par la parole entre le maître et l'élève.
Ce que Rabbi Nahman appelle le conseil, étsa, est en rapport direct avec les 613 commandements, qui sont interprétés par le Zohar comme étant 613 conseils, Tariya Ga'itin, comme on dit en araméen. Il y a également un motif qu'on retrouve beaucoup plus tard dans la psychanalyse, mais qui est déjà prévu par Rabbi Nahman: la parole est aussi un acte d'amour.
Il y a donc un rapport direct entre le conseil donné par le maître et le subconscient de l'élève. Le subconscient est appelé ici les reins. Dans la médecine antique, les reins étaient considérés comme le lieu du conseil. Or, selon à nouveau la biologie du Moyen Âge, les reins sont également le lieu de la fécondité, le midata yesod, et plus précisément les organes génitaux et la fécondité qui leur est associée, la semence, si vous voulez.
Il y aurait donc, dans le fait de recevoir un conseil de son maître, une sorte de grossesse. Quelque chose se forme. C'est une fécondation de l'élève, et c'est cela dont Rabbi Nahman parle.
C'est intéressant de voir que des intuitions de ce genre sont apparues dans la pensée juive bien avant la psychanalyse, ce qui a fait dire à certains que la psychanalyse était d'origine juive fondamentalement.
— Je pense que maintenant c'est mieux, oui, évidemment.
Dans la médecine énergétique chinoise, les reins sont les organes qui nous relient aux ancêtres. — Vous faites remarquer, c'est très juste, effectivement.
Il y a donc, dans la transmission d'une sagesse qui passe par un maître, quelque chose de beaucoup plus qu'une pensée philosophique: c'est une fécondation.
C'est intéressant de voir que c'est un peu le contraire de ce que faisait Socrate avec ses élèves. Socrate disait qu'il était une sage-femme qui faisait accoucher ses élèves, comme si les élèves étaient enceints de quelque chose, si on peut dire au masculin, et que Socrate les aidait à accoucher. D'ailleurs, on dit aujourd'hui, en langage un peu argotique, « tu accouches » pour dire qu'on a quelque chose à dire.
Dans la tradition d'Israël, c'est un peu le contraire. C'est l'élève qui est l'accoucheur, la sage-femme du maître, et qui fait accoucher le maître de son enseignement.
Il y a donc ici une relation intéressante entre la sagesse et la fécondité. C'est très important, parce que cela veut dire que la finalité de la sagesse, c'est la vie. Dans la tradition juive, la fécondité, la reproduction sont considérées comme quelque chose d'éminemment saint, contrairement à la réticence chrétienne vis-à-vis de tout ce qui touche à la sexualité et à la conjugalité. Dans le judaïsme, on considère au contraire que ce qu'on appelle le Yetzer HaTov, le bon penchant, c'est précisément le désir d'amener des enfants au monde.
Voilà pour l'introduction. Je voudrais maintenant reprendre un peu le texte de Rabbi Nahman. Il y a toujours le danger, qui est l'utilisation en mal de l'instinct de vie, et ce qui nous en protège, c'est le tsitsit. Le tsitsit est la sanctification du vêtement. Il y a dans le tsitsit cette idée de la sanctification du revêtement: le vêtement nous cache notre honte, nous donne la pudeur, et ne donne pas un dénigrement de la sexualité, mais permet au contraire de sanctifier cette sexualité et d'en faire quelque chose de pur, entièrement consacré à la perpétuation de la vie.
C'est-à-dire: l'éros contre le thanatos, l'instinct de vie contre l'instinct de mort. Et tout cela revient à l'enseignement de Rabbi Nahman.
Alors, tout cela était simplement un résumé de ce que nous avons vu jusqu'à présent. Maintenant, dans le paragraphe E, Rabbi Nahman va nous dire que tout ce qu'il nous a dit se retrouve dans les paroles de Rabba bar Bar Hana. Il faut passer à la page suivante; je sais que c'est difficile, mais ce n'est pas impossible. Nous voici au paragraphe E.
« Amma Raba Bar Bar Hana »: c'est ce que disait Rabba bar Bar Hana. Ce texte a été interprété de manière très différente par le Maharal de Prague, par le Rav Kook, par le Gaon de Vilna. Tous ces enseignements sont extrêmement métaphoriques, et ils sont donc susceptibles d'être interprétés de différentes manières. Or Rabbi Nahman va s'en servir pour y retrouver tout l'enseignement qu'il nous a donné jusqu'à présent.
Et c'est ce que dit « ce bédouin m'a dit ». Je rappelle, j'anticipe: le bédouin, taya, c'est, d'après Rabbi Nahman, l'intelligence. Partout où il est question du bédouin, il s'agit de l'intelligence. Le mot taya est traduit en général par le Rashbam comme étant un commerçant ismaélite. Or le terme ismaélite est toujours en rapport avec la prière: Chéma Elohim, Dieu a entendu, Dieu a entendu ta prière.
Et socher, qui veut dire commerçant, c'est celui qui tourne autour. Or, en araméen, le mot sehor veut dire tout autour. Il y a un rapport entre le « autour » et la prière, on l'avait déjà vu, mais on va le revoir.
Qu'est-ce qu'il lui a dit, le fameux bédouin ? « Tu as acheté l'artoura des Sinaïs. Viens, que je te montre la montagne du Sinaï. » — « Azlé. » — « J'y étais. » — « Véhazzaï déhadranlé akravé. » — « Et j'ai vu qu'il était entouré de scorpions. » — « Vékaïmine kéhamré chibarda. » — « Il se tenait comme des ânes blancs. »
Selon certains commentateurs, ce sont les scorpions qui se tiennent comme des ânes blancs. Mais d'après Rabbi Nahman, ce sont deux visions différentes: il a vu des scorpions, et après il a vu qu'à côté des scorpions il y avait des ânes blancs qui entouraient le Sinaï.
« J'ai entendu une voix, une voix prophétique qui disait: malheur à moi d'avoir juré. Et maintenant que j'ai juré, qui va me délier ? » De quoi s'agit-il ? Regardez le Rashbam, qui est le commentaire juste à côté. C'est Dieu qui dit: malheur à moi d'avoir juré, d'avoir envoyé les enfants d'Israël en exil. C'est-à-dire qu'il voudrait que quelqu'un le délie de son serment.
C'est la première partie du récit. Il y a une suite dans la Guemara que Rabbi Nahman n'amène pas: il s'agit de ce qui s'est passé après que Rabba bar Bar Hana a entendu cette voix, mais cela ne nous concerne pas ici.
Maintenant, « Vervelach, Torah des Sinaï ». « Je vais te montrer le mont Sinaï »: Chéhou bé'hinat étsot, kicham kiblou Taryag Étin. C'est-à-dire que, quand on dit le mont Sinaï, cela veut dire le lieu des conseils, parce que c'est là que nous avons reçu les 613 conseils. C'est à nouveau une exigence kabbalistique: ne pas considérer les commandements comme des ordres, mais comme de bons conseils.
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