La émouna, prière et sainteté de l'Histoire
Le Rav Cherki lit Likouté Moharan : l'exil tient au manque d'émouna, et la Gueoula viendra avec elle.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La parole du maître et la fécondation de l'élève chez Rabbi Nahman, 60 min
En bref
Le Rav Oury Cherki commente le Likutey Moharan de Rabbi Nachman de Breslev sur la Torah Vaét'hanan... ici la Torah Zayin, Ve'élé Hamichpatim : le conseil reçu d'un tsadik est présenté comme une fécondation spirituelle qui conduit à la vérité, puis à l'émouna. Il relie l'émouna à la prière et au miracle, qui se déploient d'abord en Erets Israël, et soutient que l'exil vient d'un manque d'émouna et non d'un manque de Torah. Il éclaire ces idées par des récits de Rabbi Nathan, Rabbi Avraham Ibago et le Maharal de Prague.
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Nous allons continuer notre étude du Likouté Moharan. Comme l'a si bien fait remarquer David, la semaine dernière j'allais très vite. Pour une raison très simple: le passage où j'étais très vite était de toute manière très ardu. Il reprenait essentiellement tout ce qui avait été dit plus haut, mais en introduisant des notions kabbalistiques et des notions de guématriot qui, à mon avis, n'étaient pas faites pour tout le monde. C'est pour cela que j'ai été très vite. C'est tout.
Nous allons maintenant passer directement à la Torah Zayin, qui s'appelle Vé'élé ha-michpatim. La seule difficulté par rapport à ce texte, c'est qu'il n'est pas présent sur l'écran. Ce n'est pas grave, puisque j'ai le livre en main, je vais pouvoir moi-même le lire. Voilà.
Le texte est divisé en deux parties. Vous voyez qu'il écrit Leshon Rabbeinou Zichrono Livracha. Puis, vers la fin du texte, il y a une reprise du texte de manière très succincte, un peu comme la dernière fois, mais moins ardue.
De quoi va-t-il parler ? Il va parler du sujet central, qui s'appelle les conseils que l'on reçoit du Rav. Dans l'atmosphère hassidique dans laquelle agit Rabbi Nahman, prendre conseil auprès du Rabbi, auprès de qui l'on se rend, est une chose très centrale. Et il y a ici beaucoup de liens avec ce qu'on appelle la pureté individuelle.
Tout à l'heure David a dit que c'était un problème d'en parler. Non, pas du tout, ce n'est pas un problème, puisqu'aujourd'hui nous connaissons la psychanalyse, nous connaissons la psychologie, nous connaissons tout le discours public sur la sexualité. Je pense donc qu'aujourd'hui, ces sujets peuvent être abordés de manière plus détendue et plus saine.
Alors, de quoi s'agit-il ? Quelle est cette Torah ? C'est la Torah Zayin, la septième. Elle commence par Vé'élé ha-michpatim asher tassim lifneihem, « Voici les lois que tu dois placer devant eux ».
Ce verset parle des sujets traités au tribunal, et a priori, cela n'a rien à voir avec notre sujet. Mais nous allons voir tout de suite la manière dont Rabbi Nahman utilise les termes de ce verset pour arriver à des conclusions très profondes sur la psychologie individuelle.
Amou rachamelou zekhonam livracha. Nos Sages, que leur souvenir soit une bénédiction, ont dit: Ouchvou ich … C'est là que l'on a mis, en égalité, la femme et l'homme.
De quoi s'agit-il ? Au sujet des lois pénales. Les lois pénales ne font pas de différence entre les hommes et les femmes. Si une femme a volé ou si un homme a volé, c'est la même loi. Si une femme a été volée ou si un homme a été volé, c'est toujours la même loi. Le terme ishva, ichvou, ishah, le-ish: l'homme et la femme sont mis sur un pied d'égalité dans tout ce qui relève du droit pénal.
A priori, tout cela n'a rien à voir avec notre sujet. Mais nous allons voir par la suite que, lorsqu'il parle ici de l'homme et de la femme, c'est une métaphore pour parler d'autre chose.
Veita be-Mekhilta, il est dit également dans la Mekhilta, le midrash des Tanaïm sur le livre de Chemot, à propos du terme acher tassim lifneihem, « que tu placeras devant eux ». Yachol yihyou atalmidim lomdim ve-enam evinim: peut-être que les élèves sont faits pour étudier et ne pas comprendre. Le Talmud l'enseigne donc: c'est pour cela qu'il est dit acher tassim lifneihem, que tu dois déposer devant eux. Orkh'ha lifneihem ke-Choulchan Aroukh, tu dois présenter devant eux ces lois comme une table dressée. C'est d'ailleurs de là que vient le nom du livre Choulchan Aroukh, c'est-à-dire une table dans laquelle tout est en place. Autrement dit, c'est le devoir du pédagogue d'enseigner de telle manière qu'il soit sûr que les élèves ont compris.
Une fois tout cela dit, ce petit texte que nous venons de voir ne sera repris qu'à la fin. Vous pouvez donc, pour l'instant, oublier ce texte. Passons maintenant à l'essentiel.
Da: sache que ki kara galout ve-noela bishvil chesron émouna, que l'essentiel de l'exil n'a pour source que le manque de émouna. Ke-mo chekatouv, ainsi qu'il est dit: Tavo, tachouri meroch Amana, « Regarde depuis le haut du mont Amana ».
Amana est une montagne qui s'appelle Amana, mais le mot veut dire également émouna. Que veut dire que l'exil vient à cause d'un manque de émouna ? Cela peut être mal compris. On pourrait le comprendre, disons, dans le cadre de la pensée chrétienne, comme si le fait de ne pas avoir la émouna intérieure entraînait la perdition. C'est très loin de la pensée juive, et c'est pour cela qu'il faut bien le préciser.
La galout vient justement du fait qu'il n'y a pas assez de émouna dans la providence historique. Le Talmud dit dans le traité de Sotah, à la fin du traité, que lors du retour d'Israël sur sa terre, il y aura des tsadikim qui n'auront pas la émouna.
Que veut dire que des tsadikim n'ont pas la émouna ? A priori, les tsadikim semblent avoir la émouna. Il y a une interprétation très belle, que je rapporte, qui dit: oui, ils ont la émouna. Ils ont la émouna dans le Choulchan Aroukh, mais ils n'ont pas la émouna en HaKadosh Baroukh Hou, à savoir que c'est Lui qui dirige l'histoire. Cela signifie qu'ils reconnaissent la validité du Choulchan Aroukh comme loi qui s'impose, mais qu'ils ne reconnaissent pas Dieu dans l'histoire.
Je me rappelle très bien qu'un jour, j'étais chez le Rav Tsvi Yehouda Kook, et un rabbin d'Amérique est arrivé et a posé la question suivante au Rav Tsvi Yehouda Kook: « Certains disent que la Gueoula ne peut pas venir par l'intermédiaire des Chiloni. » La réponse du Rav Tsvi Yehouda a été: Kouchiot al ribono shel olam, « Ils ont des objections à faire au Maître du monde. »
C'est-à-dire: si le Bon Dieu a décidé que la Gueoula se ferait par un mouvement sioniste laïc, eh bien, c'est son affaire, ce n'est pas la nôtre. Ce n'est pas à nous de décider comment l'histoire va s'organiser. C'est cela, le manque de émouna qui entraîne la galout.
Car la galout, l'essentiel de l'exil, vient de l'absence de émouna, ainsi qu'il est dit: Tavo, tachouri, ve-roch Amana. « Viens et regarde depuis la tête d'Amana, depuis le sommet d'Amana. » Il y a ici un texte que Rabbi Nahman ne rapporte pas, mais auquel il fait allusion: Ein galouyot mitkantsi ela bizchout émouna, les exils ne prennent fin que par le mérite de la émouna.
Maintenant, comment s'exprime la émouna ? Ve-émouna ou-bekhina tefila. Avoir la émouna, c'est une manière de prier. Ainsi qu'il est dit: Vayehi yadav émouna, « ses mains furent émouna », ve-targoumo: et la traduction en araméen, bissan bitsló, « étendues en prière ».
À propos de Moché, quand il monte sur la colline lors de la guerre contre Amalek et qu'il lève les mains vers le ciel, la Torah nous dit Vayehi yadav émouna: ses mains ont servi de émouna. Ses mains étaient étendues en prière. Cela …
Cours d'Orot veKelim
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