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Du Baal Shem Tov à Rabbi Nahman : naissance du hassidisme moderne

Le Rav Cherki situe Rabbi Nahman de Breslev entre le Baal Shem Tov et le Rav Kook, après l'exil d'Espagne et les pogroms.

46 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Torah descendante, prière montante dans le Likouté Moharan, 44 min

En bref

Le Rav Oury Cherki présente le cadre historique et spirituel dans lequel naît le hassidisme, du Baal Shem Tov à Rabbi Nachman de Braslav, après les expulsions d'Espagne, le sabbatianisme et les pogroms de 1648-1649. Il montre comment Rabbi Nachman, arrière-petit-fils du Baal Shem Tov, introduit une innovation face à l'athéisme et aux courants modernes, et comment sa pensée annonce celle du Rav Kook sur le retour en Erets Israël. Il prépare ainsi l'étude du Likoutei Moharan, enseignement qui sert de base à la suite du cours.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Nous allons entamer aujourd'hui une étude assez engageante, et même difficile. Comme je sais que le public ici présent est très calé, cela sera peut-être plus facile. Nous allons commencer l'étude de l'enseignement de Rabbi Nahman de Breslev. Pour cela, il faut donner une petite introduction.

Rabbi Nahman de Breslev est l'arrière-petit-fils du fondateur de la Chassidout, le Baal Shem Tov. Il est le fils de la fille de la fille du Baal Shem Tov. C'est-à-dire que le Baal Shem Tov a eu une fille, du nom d'Adel, qui elle-même avait une fille, du nom de Fayegé, qui est la mère de Rabbi Nahman de Breslev.

À première vue, on est en plein dans le chassidisme. Mais si l'on scrute un peu les enseignements de Rabbi Nahman, on se rend compte que c'est un nouveau courant. Formellement, il fait partie du chassidisme, mais il est tout à fait différent, car il y a ici une innovation totale.

De quoi s'agit-il ? Pour bien comprendre l'arrière-plan, il faut se référer aux origines du chassidisme. Le chassidisme, classiquement parlé, n'a rien changé à la tradition d'Israël. Si vous demandez au maître du chassidisme: « Qu'avez-vous à dire de nouveau ? », il répondra: « Rien. Tout ce que nous faisons, c'est remettre en valeur certains enseignements, parfois oubliés, parfois négligés. En fait, nous disons la même chose que tout le monde. » De ce point de vue, on peut dire que le chassidisme n'est pas sorti du judaïsme, Marou Hachem.

Mais il y a quand même, sans aucun doute, quelque chose d'extrêmement particulier.

L'arrière-plan historique de l'apparition du chassidisme remonte à l'exil d'Espagne, c'est-à-dire à l'expulsion des Juifs d'Espagne, lorsque le judaïsme officiel et fier a finalement été brisé. La splendeur du judaïsme en tant que… a été véritablement brisée, et cela a dispersé les communautés d'Israël aux quatre coins de la terre, et entraîné différents mouvements.

D'abord, des mouvements de désespoir et de déception, qui ont souvent entraîné les Juifs vers l'assimilation, parfois vers l'hérésie.

Puis il y a un deuxième événement extrêmement important, quelque chose comme 150 ans plus tard: l'apparition du sabbatianisme, la crise sabbatéenne. Il y a eu un faux messie, Sabbataï Tsevi, qui a commencé à œuvrer essentiellement à Smyrne, à Salonique, à Yerouchalaïm, en Égypte. C'est un faux messianisme. Or il y en a eu souvent dans l'histoire des Juifs, et ce n'est en général pas une grande crise. Là, il s'est passé quelque chose.

Il faut se rappeler que peu de temps avant l'apparition du sabbatianisme, il y a eu des pogroms, d'une ampleur qu'on n'avait jamais connue auparavant. C'est peut-être avec un parfum d'actualité: les pogroms ont eu lieu en Ukraine, et en fait dans toute la partie orientale de l'Europe, Pologne, Russie, Ukraine. Il y a eu, en deux ans, dans les années Tartate, c'est-à-dire 1648 et 1649, d'après des estimations des historiens, le massacre de 300 000 Juifs. 300 000 Juifs, ce n'est pas n'importe quoi: c'est l'effondrement du judaïsme européen, de l'Europe de l'Est.

Vous avez donc, pas loin l'un de l'autre, d'une part l'expulsion des Juifs d'Espagne, d'autre part la catastrophe des pogroms d'Europe orientale.

Au niveau spirituel apparaissent des œuvres nouvelles. D'abord, au niveau de la halakha, il y a la formation de ce qu'on appelle le Shoulhan Aroukh, c'est-à-dire la mise en code plus ou moins définitive du monde de la halakha. Mais, beaucoup plus important au niveau spirituel, il y a les enseignements des grands kabbalistes de Tsfat, en Erets Israël. Je pense ici à Rabbi Moshe Cordovero, mais encore plus à l'Arizal, Rabbi Yitzhak Louria, l'Ashkénaze.

À partir du moment où nous arrivons à cette accumulation d'événements, on peut comprendre qu'un moment de détresse, une grande détresse, un grand désespoir s'instaure au sein du judaïsme de l'époque. Il y a différentes manières de se consoler.

Une des manières de se consoler, c'est l'étude de la Torah. C'est alors que dans le Beit Hamikdash il y a un renforcement très grand de l'étude de la Torah, un développement également du pilpoul. Mais le problème, c'est que cela va créer une sorte d'aristocratie de l'étude: ceux qui savent étudier, les talmidei ĥakhamim, se considèrent un peu comme dans un monde à part. La grande masse, ce qu'on appelle le stam yehoudi, le Juif simple, le Juif de tous les jours, celui qui travaille dur pour réussir à amener un peu d'argent à la maison, se sent dans la périphérie. Il est en dehors du coup.

Surtout, à partir de ce moment-là, il y a une espérance messianique qui devient une espérance messianique miraculeuse. On attend un miracle maintenant pour sortir de l'exil. Toutes les tentatives qui avaient été faites jusque-là pour amener la rédemption d'Israël par des voies terrestres ont finalement échoué. C'est alors qu'il y a un repli vers le mysticisme, vers l'irrationnel. C'est à partir de là qu'apparaît Rabbi Israël Baal Shem Tov.

Il introduit un élément qui était peut-être un peu oublié: la joie. L'essentiel du service divin, l'essentiel de l'identité d'Israël, se traduit par l'expression de la joie: la danse, la chanson, et parfois la prière, et parfois même un peu d'alcool. Et cela est encouragé.

Cela vient de la grande personnalité, un peu magique, de Rabbi Israël Baal Shem Tov, qui insiste énormément sur la sainteté individuelle de chaque Juif. Rabbi Israël Baal Shem Tov insiste également sur un autre point: la révélation des secrets de la Torah. Ces études, qui étaient réservées à quelques initiés, deviennent finalement une étude à grande échelle, enseignée par les maîtres du chassidisme, le rabbi, les admorim. Autour d'eux se forment des cours, une sorte de cercles, dans lesquels les hassidim viennent, participent au repas du rabbi, chantent avec le rabbi, et sentent une proximité de Dieu sans passer forcément par l'étude.

On peut comprendre que cela a entraîné des réactions, surtout de la part des érudits, qui disent: « Si c'est comme ça, on va cesser d'étudier la Torah, il n'y aura plus personne pour enseigner la halakha, et vous allez tomber dans des échappées mystiques qui vont vous rapprocher de ce qui reste encore du sabbatianisme. » Il y avait encore des sabbatéens à l'époque. Bref, les hassidim étaient considérés comme suspects d'hérésie.

Les hassidim insistaient sur la présence de Dieu en toute chose, et les mitnagdim, leurs opposants, insistaient beaucoup, eux, sur l'inaccessibilité de la connaissance de Dieu par l'intellect humain. Ainsi, les hassidim étaient suspectés par les mitnagdim d'être des idolâtres, et les mitnagdim étaient suspectés par les hassidim d'être des athées.

Voilà à peu près l'atmosphère dans laquelle tout cela s'agite. Cela crée des mouvements, qui entraînent d'ailleurs des millions de personnes, tout cela dans l'Europe de l'Est.

Un peu plus tard apparaît un nouveau mouvement. Les hassidim et les mitnagdim, aussi ennemis l'un de l'autre qu'ils étaient, appartenaient finalement tous deux à l'orthodoxie.

C'est alors qu'apparaît un nouveau mouvement. En Europe occidentale, ce sont les réformés. En Europe orientale, c'est quelque chose d'un peu plus modéré: les maskilim. Les maskilim sont des Juifs qui souvent sont pratiquants, pas toujours, mais qui réclament ce qu'on appelle la culture …

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