La grâce et la royauté dans la Torah Aleph
Le khen, le tav et le bon et mauvais penchant : comment la Torah transforme la demande en grâce.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La prière, arme du Machia'h selon Likouté Moharan, 46 min
En bref
Le Rav Oury Cherki commente la première Torah du Likoutey Moharan de Rabbi Nachman de Breslev, qui affirme que la grâce (chen) naît de l'union de la sagesse (chet) et de la réceptivité (noun). Il explique comment cette grâce transforme la prière, dont les demandes ne sont exaucées que si elles trouvent place dans le cœur de celui qui reçoit. Il montre aussi comment le combat entre le bon et le mauvais penchant se gagne par l'étude de la Torah, qui fournit les repères du bien et du mal.
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Nous continuons. Bon, nous en sommes à la Torah Aleph du Likouté Moharan. Nous sommes arrivés, il me semble, à l'histoire du Ren. Nous avons terminé l'histoire du Ren et nous avons commencé justement le sujet de la Bekhinat Yetzer Tov et Yetzer Hara. C'est ça ?
Nous avions commencé à expliquer que la préoccupation fondamentale de Rabbi Nahman est le fait que la grâce, Hen et Ahachivout, la grâce et l'importance, se trouve chez eux, c'est-à-dire chez les autres, chez les nations. On peut dire que le centre d'intérêt de l'humanité n'est pas Israël, mais qu'il se concentre dans une autre culture, en particulier la culture européenne, qui est la représentante d'Essav, Esaü. Et donc, ce qui nous manque, c'est le chen, la grâce.
Le chen est composé de deux lettres, la lettre Chet et la lettre Noun. La lettre Chet représente la vitalité: il y a un Yod dans le mot Chet, Chet, Yod, Tav, Chayout, la vitalité. Et la lettre Noun représente la capacité de recevoir, la réceptivité, qui correspond à la lune. La lune est fondamentalement la royauté d'Israël. Israël est une nation qui compte le temps à partir de la lune.
Il y a derrière tout cela quelque chose. Bekhinat Yetzer Tov ve Yetzer Hara, cela correspond au Yetzer Hatov et au Yetzer Hara. Qu'est-ce que sont ces deux choses ? Ce sont la Malchout de Sitra Achra et la Malchout de Kedoucha, c'est-à-dire la royauté. Royauté veut dire ici la réceptivité, qui correspond au bon penchant et à celui qui correspond au mauvais penchant.
« Kiyayet Setov Nikra Misken ve-Chacham »: le bon penchant, le penchant vers le bien, est appelé le « pauvre sage ». C'est une expression tirée du livre de Kohélet, l'Ecclésiaste, dans lequel il est question d'un sage qui est méprisé, qui est miskène, c'est-à-dire qui n'est pas considéré, qui est pauvre, et c'est lui qui va sauver la ville. La ville représente ici l'être humain. Toute personne est une ville, toute personne est un royaume dans lequel il faut savoir qui domine.
La Malchout, c'est ce qui ressemble à la Malchout, Bekhinat Aniya ve-Dala, De-Letla Migarmakloum, qui est comme une pauvre démunie, qui n'a rien par elle-même. Elle ne reçoit que ce qu'elle reçoit de la sagesse. Ce sont des expressions kabbalistiques, il faut les expliquer un peu.
Il existe une notion que l'on trouve chez les philosophes des Goyim: c'est la subjectivité. Elle a été très développée par le philosophe Emmanuel Kant, qui dit que toutes les perceptions que nous avons de la réalité, l'espace, le temps, la conscience, tout cela est subjectif, c'est-à-dire que c'est quelque chose qui est en nous. Cette idée se trouve déjà dans le Zohar, lorsque le Zohar nous dit que la Malchout, la réceptivité, n'a rien par elle-même. Nous interprétons la réalité à travers des catégories subjectives.
C'est ce qu'on appelle le Yetzer Tov, le bon penchant: la connaissance que notre connaissance est entièrement subjective. « Yetzer Hara nikra melekh zaken ve-chacham ». Par contre, le Yetzer Hara, le mauvais penchant, est appelé le roi vieux et bête. C'est la royauté de l'autre côté, qui ne désire pas la sagesse et l'intelligence, comme il est dit: l'imbécile ne désire pas la connaissance, l'entendement, la raison.
Si l'on transpose cela sur le plan politique, il y a différentes manières de gouverner un État. Il y a le gouvernement qui est au service des valeurs. Il y a une forme de pouvoir qui est la force brutale. Par exemple, cela se trouve aujourd'hui en Russie: c'est l'expression d'un pouvoir qui exerce une force brutale dans le seul but de satisfaire ses intérêts immédiats. Ce n'est pas au service de valeurs, c'est au service de la puissance.
C'est un peu cela qui existe également chez l'individu, et c'est à cela que fait allusion Rabbi Nahman. Il y a l'individu qui ne cherche pas à être au service des valeurs, et donc il ne veut pas connaître la sagesse, mais qui se sert de ses capacités uniquement pour satisfaire ses besoins immédiats.
Qu'est-ce qu'il faut faire ? En nous, il y a deux tendances: une tendance à l'expression du pouvoir absolu des pulsions, et une tendance à être au service des valeurs. Il faut que l'une domine l'autre. Chacun d'entre nous doit donner de la force à la partie en nous qui est Malchout du côté de la sainteté, pour l'emporter sur la royauté de l'autre côté.
Comme disent nos sages, que leur souvenir soit une bénédiction, dans le traité Bérakhot, page 5: « Yaguer adam yetzer tov al yetzer hara », il faut toujours que le Yetzer Tov l'emporte sur le Yetzer Hara. Cela a l'air d'être une banalité. Ce que dit ici Rabbi Nahman, c'est que la réussite du projet du Yetzer Tov est le fruit d'une volonté.
Souvent, les gens demandent: qu'est-ce que je dois faire pour être fidèle au Yetzer Tov ? La réponse est très simple: il suffit de le décider. C'est tout. Il y a ce qu'on appelle souvent les circonstances, les circonstances atténuantes, ou comme disait, parfois les circonstances exténuantes. Les gens disent: j'ai un problème, mais pour comprendre mon problème, monsieur le rabbin ou monsieur le psychologue, je dois vous expliquer mon enfance, les conditions dans lesquelles j'ai évolué, ce qui m'est arrivé.
Tout cela, c'est du Yetzira. Parce qu'en vérité, ce qui s'est passé n'a aucune importance. Il y a une indépendance totale, une liberté totale de l'individu à tout moment de sa vie. Quoi qu'il me soit arrivé, c'est du passé. Ce qui va m'arriver est dans le futur, et le futur commence dans la seconde qui vient, et ne dépend que de ma propre et totale liberté.
Je sais que ce n'est pas facile à accepter. Le Yetzer Hara nous apprend à nous accrocher autant que possible aux circonstances atténuantes, parce qu'elles nous disent: « ce n'est pas de ma faute ». Mais peu importe si c'est de ta faute ou non, si tu es coupable ou non: tu devrais même savoir ce que tu vas faire à partir de maintenant.
Il y a d'ailleurs une chanson que chantent les hassidim de Breslev: « Mâché hayyâ hayyâ, hayyikar léatril me'atralâ ». Ce qui était, était. L'important, c'est de commencer à partir de maintenant. Ce qui s'est passé avant, on en parlera plus tard. Le problème, c'est de savoir ce que tu vas faire dans la seconde qui vient.
C'est ce que dit ici la Guemara: il faut toujours que le Yetzer Tov l'emporte sur le Yetzer Hara, et cela par le biais de la force qu'il donne à la Malchout de Kedoucha, par l'intermédiaire de la Torah.
De quoi s'agit-il ? La Guemara, dans le traité Bérakhot, nous dit: si l'on a réussi, c'est bien; et sinon, il faut étudier la Torah. Qu'est-ce que cela veut dire ? Si l'on a réussi, c'est bien. Sinon, il faut étudier la Torah. Pourquoi ne pas étudier la Torah dès le départ ?
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