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Miséricorde et rigueur : l'unité des contraires

Comment le verset « Je suis l'Éternel ton Dieu » réunit Midat Harahamim et Midat Hadin, selon Rabbi Nahman.

47 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Le sage, le pécheur et la rencontre qui délivre, 46 min

En bref

Le Rav Oury Cherki commence l'étude de la quatrième Torah de Rabbi Nahman de Braslav (Likoutei Moharan) à partir du verset « Je suis l'Éternel ton Dieu qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte », en se concentrant sur les noms Hachem (miséricorde) et Elohim (rigueur). Il montre que Dieu est un et que la miséricorde et la rigueur ne sont pas deux forces opposées, et que l'homme doit apprendre à voir l'unité cachée des contraires. Il explique enfin que la malchout (la royauté divine) est aujourd'hui exilée chez les nations, et que le travail du vidouï (aveu des fautes devant un sage) permet de relever les paroles, d'effacer les traces laissées par les fautes et de faire revenir la présence divine.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Nous commençons aujourd'hui la quatrième Torah, c'est-à-dire que c'est ainsi que sont appelés les chapitres chez Rabbi Nahman, la quatrième Torah du Likouté Moharan. Comme d'habitude, le texte est compliqué. On m'a dit que ces cours étaient difficiles à comprendre. Ce n'est pas de ma faute, c'est la faute de Rabbi Nahman de Breslev. Sans mon cours, vous comprendriez encore moins.

Bon, de quoi allons-nous parler aujourd'hui ? Du verset bien connu: Anokhi Hachem Elokhekha, asher hotsetikha meèretz Mitsrayim, mibeit avadim. Traduction classique: « Je suis l'Éternel ton Dieu qui t'a fait sortir du pays d'Égypte, de la maison des esclaves, la maison d'esclavage. »

Nous allons aborder ce verset du point de vue du deuxième et du troisième mot: Hachem, Elokhekha.

Hachem (yod-hé-vav-hé), que l'on prononce Adonaï sans prononcer le nom lui-même, signifie traditionnellement ce qu'on appelle Midat ha-Rahamim, c'est-à-dire la miséricorde. Elokhekha, c'est littéralement « ton Elohim ». Elohim représente la Midat ha-Din, la rigueur. Or, la conception de Dieu comme origine de la miséricorde ou comme origine de la rigueur, ce sont des conceptions contradictoires.

C'est la raison pour laquelle, dans les différents cultes en vigueur aujourd'hui dans le monde, certains choisissent une des midot et d'autres l'autre midah. Par exemple, le christianisme est connu pour avoir mis l'amour en exclusivité, l'amour comme étant la nature, pourrait-on presque dire, de Dieu. Et l'islam, par contre, insiste beaucoup sur la dimension de la rigueur, midat ha-din. D'ailleurs, le mot din signifie en arabe « religion ». Et pourtant, au début de chaque sourate du Coran, il est dit: Bismillah ar-Rahman ar-Rahim, « au nom du Dieu miséricordieux ».

Mais en fait, Maïmonide expliquait que cela veut dire: au nom du Dieu dont les Juifs nous ont révélé qu'il était miséricordieux, je viens vous enseigner la rigueur, la midat ha-din. Et qu'en pense-t-il, lui, le bon Dieu, lorsqu'il se révèle au mont Sinaï ? Il dit: « Je suis le même: Anokhi Hachem Elokhekha ». Je suis à la fois le Dieu de miséricorde et le Dieu de rigueur. En fait, c'est une seule et même midah. C'est ce qu'on appelle…

…le monothéisme absolu. Le monothéisme absolu suppose qu'il n'y a pas de différence entre la midat ha-din et la midat ha-rahamim, entre la rigueur et la miséricorde. Tout le problème sera alors de savoir ce qui est inclus dans quoi. Est-ce la rigueur qui est incluse dans la miséricorde, ou la miséricorde qui est incluse dans la rigueur ? On peut en discuter très longtemps. Effectivement, étant donné que la Torah est remplie de dinim, de lois, non seulement de lois mais aussi de jugements et de condamnations pour celui qui transgresse, on pourrait dire que l'intention de la Torah est essentiellement le din.

Mais on peut très bien dire le contraire: la midat ha-din sert justement de voie vers la miséricorde. Elle permet d'accéder à la miséricorde. En fait, c'est la deuxième option qui est la plus importante, c'est un principe: Mate kelapei hessed, Dieu incline vers la bonté.

C'est ce que nous allons étudier aujourd'hui: Anokhi Hachem Elokhekha, je suis à la fois Hachem et Elokhekha. En quelques mots, cela résume à peu près le très long enseignement de Rabbi Nahman que nous allons commencer aujourd'hui. Je ne pense pas que nous allons pouvoir le finir, mais je voulais simplement poser cela comme point de départ, puisque c'est le point d'arrivée.

Je voudrais également introduire une notion que j'emploie souvent: la différence entre la pensée binaire et la pensée dialectique.

Qu'est-ce que la pensée binaire ? Binaire veut dire qu'il faut toujours choisir entre deux possibilités: soit l'un, soit l'autre. Soit A, soit non-A, qu'on appellera B.

En vérité, on peut très bien comprendre que dans l'infini, dans l'Eïn Sof, tout est réuni dans une seule et même midah. Ce n'est pas toujours accessible à l'entendement humain. Il y a une grande logique à cette idée que deux choses contradictoires dans notre conception du monde, dans notre univers, sont en fait unifiées dans l'origine. On pourrait dire que le travail de l'émouna, le travail de la Torah, c'est justement de révéler l'unité cachée entre deux contraires. Le Maharal de Prague appelait cela « l'unité des contraires ». C'est un peu à cela que nous invite Rabbi Nahman: à travers cette unité des contraires, on est capable de mieux connaître celui qui a créé le monde.

C'est un principe très important. On voit souvent, dans les discours qui opposent des gens, une sorte de simplisme. Les gens disent: « C'est soit A, soit B. » Or ce n'est jamais totalement A et totalement B. Le fait même qu'il y ait deux opinions, même si l'une recèle la vérité et l'autre le mensonge, il y a dans le mensonge une parcelle de vérité, et il y a dans la vérité également une insuffisance qui a besoin de l'opposant.

Cela nous amène à de grandes considérations sur l'unité des opinions, ce que le Rav Kook appelle « la paix entre les opinions ». Mais je vais déjà un peu trop loin. Je reviens ici. L'essentiel de l'enseignement de Rabbi Nahman, c'est de savoir que c'est le même Dieu qui est à la fois miséricorde et rigueur.

Avant de continuer dans le texte, rappelons une chose intéressante. Lorsque Moshé demande à Dieu, au buisson ardent, quel est ton nom, que signifie cette question ? Elle signifie: au nom de quelle midah, de quel attribut vais-je libérer Israël ? Cela se fera-t-il par la miséricorde ou par la rigueur ? Dieu lui révèle que son nom, dans la sortie d'Égypte, est Yod-Hé-Vav-Hé, c'est-à-dire la miséricorde.

C'est très grave. C'est la raison pour laquelle, lorsque Moshé vient voir Pharaon et que cela va de plus en plus mal, Pharaon ne faisant qu'accentuer la persécution des Hébreux, Moshé vient se plaindre au Saint, béni soit-Il. Il lui dit: « Depuis que j'ai parlé en ton nom, ça va plus mal. » Qu'est-ce que « j'ai parlé en ton nom » ? « Au nom de la midat ha-rahamim. Tu m'avais dit que cela irait par la miséricorde, or on voit que cela agit par la midat ha-din. »

La réponse de Dieu: Vayidabber Elohim el Moshé. Elohim s'adressa à Moshé, Elohim, c'est la midat ha-din. Vayomer elav Ani Hachem, Il lui dit: c'est moi qui suis la miséricorde. C'est-à-dire que quand je t'ai dit « miséricorde », tu as pensé que cela voulait dire miséricorde à l'exclusion de la midat ha-din. Mais ce n'est pas vrai. Quand je t'ai dit « miséricorde », cela voulait dire que même la midat ha-din, que tu vois apparaître à travers les persécutions terribles de Pharaon, cache là-bas la miséricorde.

Enfin, je pense que j'en ai assez dit. Nous allons maintenant entrer dans le détail. Kshe-adam yodéa, la lettre aleph, n'est-ce pas ? Kshe-adam yodéa, shekol me'oraotav hem letovato. Quand un homme sait que tout ce qui lui arrive est pour son bien. Quand un homme sait. Il faut vraiment le savoir; il ne suffit pas d'y croire. Il faut vraiment s'en rendre compte, être capable de discerner, …

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