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Gaël Grunewald : reconstruire les kibboutzim de Gaza

Le 7 octobre vécu à Shlomit, le rôle du Mizrahi et le défi du retour dans l'enveloppe de Gaza.

21 min

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Ensuite : Ticha BeAv et la faute des explorateurs, 44 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

— Alors, toda rabba Gaël, de nous avoir répondu à nos questions aujourd'hui. Je rappelle que tu es vice-président de l'Organisation sioniste mondiale et que tu connais très bien le département qui s'occupe de ce qu'on appelle la yitzhachvout, le repeuplement de la terre d'Israël. Nous aimerions passer quelques minutes avec toi pour t'interviewer justement sur ce thème. Mais avant de parler de tes fonctions, justement, de repeupler et de reconstruire les kibboutzim du sud ou du nord, il faut dire aussi que le 7 octobre, tu te trouvais à moins d'une dizaine de kilomètres de la bande de Gaza. Peux-tu nous raconter, en ce jour de Ticha BeAv, comment le 7 octobre s'est déroulé pour toi et ta famille ?

— Effectivement, le 7 octobre, à Simhat Torah, ma femme, ma petite fille et moi étions chez mon beau-frère, le Rav Eli Adler, dans un village, un yishouv qui s'appelle Shlomit. Ce même yishouv a été créé après que nous avons dû quitter Gush Katif. Trois yishouvim, trois villages, ont donc été créés dans cette même région. Et effectivement, était là-bas.

Il était très difficile, parce qu'on s'est réveillé comme tout le monde à 6h30 du matin, sous le bruit terrible des missiles envoyés depuis la bande de Gaza. Nous avons dû rester une demi-heure, trois quarts d'heure, dans le miklat. Lorsque nous avons voulu sortir, vers 7h, 7h30, pour aller à la synagogue, puisque c'était Simhat Torah, on nous a bien fait comprendre qu'il n'y aurait pas de tefila ce même jour. Et bien évidemment, comme tout le monde à cette heure-là, nous ne savions pas du tout l'ampleur de l'attaque qui a touché le peuple d'Israël, la terre d'Israël et le pays d'Israël.

Plus tard, ce qui est intéressant à savoir, c'est qu'en Israël, les villages, les yishouvim, doivent se défendre. Ils ont ce qu'on appelle une kita kononout, c'est-à-dire un groupe de personnes qui habitent le yishouv et qui sont responsables de sa défense jusqu'à ce que l'armée puisse prendre ses responsabilités. Ce sont des gens comme vous et comme moi, des gens qui travaillent, mais qui se portent volontaires pour faire partie de ce groupe, de cette kita. Ce même groupe a été appelé dans un village pas loin de Shlomit, à Prigan, parce qu'à Prigan même, il n'y avait pas de groupe pour défendre le yishouv, qui venait d'être attaqué par des mekhablim, des terroristes. Les gens de Shlomit ne se sont posé aucune question. À partir du moment où ils ont été appelés par le village d'à côté, ils s'y sont rendus. Malheureusement, quatre hommes ont été tués sur place. Quatre personnes de Shlomit ont été tuées à Prigan.

J'ai raconté cette histoire plusieurs fois, mais ce sentiment, cette trucha, de savoir que la veille même nous avions dansé ensemble en l'honneur de la Torah, que nous avions fait des hakafot pour Simhat Torah, et de savoir que le lendemain, ces quatre tsadikim ont été tués pour défendre un yishouv qu'ils ne connaissaient pas, à proximité de Shlomit… Cette douleur de la perte de ces quatre personnes nous accompagne, avec la douleur de tout ce qui s'est passé dans la bande de Gaza et en Israël de façon générale.

J'avais envie de poser une question à Chaim, mais il n'est pas là et nous n'avions pas le temps. Je vais te la poser à toi, parce que tu es représentant du Mizrahi au sein du Congrès sioniste mondial. Les idées du mouvement Mizrahi, du sionisme religieux, c'est justement cette unité, cette capacité, comme on vient de le voir, de partir à l'armée, de sortir de son yishouv pour aider le yishouv voisin, mais aussi de relier la Torah à la terre. Peux-tu nous expliquer un peu plus ce qu'est finalement cette idée du Mizrahi, cette union qu'on essaie de créer ?

— L'idéologie du Mizrahi, c'est justement la possibilité de combiner la Torah et la terre d'Israël, et pas seulement la terre d'Israël, mais le pays d'Israël. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela ne veut pas dire que, malgré le fait que tu es religieux, tu habites en Israël. C'est le contraire. C'est parce que tu es religieux, parce que tu respectes la Torah, que tu as le devoir d'habiter en Israël, le devoir de t'y installer, le devoir de reconnaître et de remercier Hakadosh Baroukh Hou de nous avoir permis de retourner sur notre terre il y a 76 ans.

Il faut bien comprendre qu'au premier congrès sioniste, lorsque Herzl a défini ce qu'on appelle le sionisme politique, c'est-à-dire un sionisme étatique qui avait pour but la création d'un État sur la terre d'Israël, il y avait, comme vous le savez, beaucoup de groupes religieux qui s'opposaient à cette thèse. Le Rav Reines, zikhrono livrakha, qui était à la tête du Mizrahi, a décidé de se présenter au premier congrès sioniste, pour dire que la voie de la Torah nous demande de prendre part à ce mouvement sioniste. Depuis cette époque, le Mizrahi fait partie du mouvement sioniste.

Après le Rav Reines, il y a bien sûr le Rav Kook, plus connu pour ses idées, qui appelait justement les gens à retourner en Israël et à prendre part à ce processus extraordinaire qu'on appelle atchalta déGueoula, le début de la rédemption. Il disait que nous sommes tenus, que nous devons tout faire pour que le peuple d'Israël puisse retourner sur sa terre, et que le moment est venu de monter en Israël. C'est pour cette raison qu'il est très important pour nous d'être présents, et nous voyons notre présence à l'armée comme une mitsva, parce que nous avons la mitsva de défendre notre pays. Nous vivons effectivement une période extraordinaire: après 76 ans, après 2000 ans, le peuple juif peut enfin retourner sur sa terre.

— Ce trait d'union entre dati et leoumi, entre sionistes d'un côté et religieux de l'autre, n'est pas du tout évident. Au niveau général, on a d'un côté ceux qui sont sionistes, comme à l'époque Herzl, pour qui le côté pratique religieuse était quasiment inexistant. Et de l'autre côté, ceux qui sont pratiquants, je dirais même orthodoxes. Ce trait d'union entre l'amour de la terre d'Israël et la pratique religieuse n'est pas facile. Mais penses-tu qu'aujourd'hui, après le 7 octobre, il existe une voie capable de relier la terre à la pratique religieuse, à la Torah ? Sens-tu que, depuis le 7 octobre, ça bouge ? Des deux côtés, des gens qui se sentent plus proches de la terre, mais moins de la pratique religieuse, ou l'inverse, arrivent-ils à faire cette union ?

— Je dirais que, de façon générale, depuis le 7 octobre, les gens se posent de plus en plus de questions. Ces questions sont: qu'est-ce que je fais ici ? Pourquoi est-ce que j'habite en Israël ? Pourquoi suis-je tenu d'habiter en Israël ? On nous avait promis qu'Israël était un miklat, un refuge pour le peuple juif. Israël est-il, oui ou non, un refuge pour le peuple juif, où les Juifs doivent vivre ? Et parallèlement à ce qui s'est passé le 7 octobre, je m'adresse à une grande partie de nos participants, qui habitent en France, et qui …

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