Le 9 Av et les deux étroitesses du temps de Bein HaMetzarim
Le Rav explique le 17 Tammouz et le 9 Av comme deux étroitesses, identitaire puis géographique, reliées à la faute du veau d'or et à celle des explorateurs.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Ticha BeAv, la neuvième sefira et la faute des explorateurs, 1 h 13
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Merci, merci David, merci à tous les spectateurs, et à ceux qui regarderont après. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas dire shalom, parce que nous devons ressentir le manque. Le manque de quoi ? Le manque des éléments qui nous permettent de voir l'entité. Étant donné que nous ne voyons pas l'entité, nous sommes dans un manque, et donc dans l'entité du shalom.
Shalom, qui veut dire textuellement shalem, entier. Aujourd'hui, nous ne sommes pas entiers. Aujourd'hui, nous devons ressentir le découpage, l'éparpillement de l'être. La période dans laquelle nous nous trouvons, et qui est close aujourd'hui par la journée de Ticha BeAv, s'appelle Yemei Bein HaMetsarim. Je traduis textuellement: les jours qui se trouvent entre deux étroitesses, Bein HaMetsarim, entre les détroits. D'après ce que je viens de dire, il existe au moins deux étroitesses, entre lesquelles se trouve cette période. La période dans son ensemble dure 21 jours. Elle commence le 17 Tammouz et se termine ce soir, le 9 Av.
Quelles sont ces étroitesses auxquelles les sages d'Israël nous font référence ? La première étroitesse est une étroitesse au niveau de l'être, au niveau de l'identité de l'être d'Israël, qui, pour des raisons, n'arrive pas ou refuse de graver en lui, de recevoir, d'appréhender la volonté divine. Il y a un retrait, il y a un refus, ce qui fait que l'être se trouve dans une étroitesse psychologique, car il est loin de Dieu. En tout cas, c'est ce qu'il pense. D'ailleurs, toutes les malédictions dans la Torah arrivent parce que l'homme dit que Dieu est loin de lui. C'est donc quelque chose de très grave. Mais il y a une existence telle que celle-ci, et elle appartient, comme je l'ai dit tout à l'heure et je vais l'expliquer, au 17 Tammouz.
La deuxième étroitesse, c'est l'étroitesse du lieu. Le lieu a une importance dans le judaïsme, et au niveau du lieu, de l'importance du lieu, notamment de l'importance de la Terre d'Israël, de l'importance de ce lieu précis dans le monde, cela correspond au 9 du mois d'Av, Ticha BeAv. Entre ces deux étroitesses, la première est donc une étroitesse psychologique et identitaire, et la deuxième une étroitesse au niveau du lieu. Entre ces deux étroitesses se trouvent 21 jours de deuil.
Et je voudrais, avec votre permission, me pencher un tout petit peu sur ces deux formes d'étroitesse, d'emprisonnement, de cloisonnement. On va commencer par la première: le cloisonnement de l'être, correspondant au 17 Tammouz, qui a engendré la faute du Veau d'or.
Qu'est-ce qui a engendré, en fait, cette faute du Veau d'or ? C'est une crise identitaire, qui refuse en fait que la parole divine, que la volonté divine, que l'Absolu béni soit-Il, soit gravée dans la matière de ma vie. Dans le sens simple de la Torah, ce sont en réalité les deux Tables de la Loi, avec lesquelles Moshé est revenu, qui se sont brisées, parce que le peuple n'était pas capable, au même moment, de recevoir cette gravure de l'identité divine infinie dans la matière de ce monde. Ce décalage a fait en sorte que Moshé a brisé ses Tables, et cette brisure est donc née de l'incapacité de l'homme à s'ouvrir aux valeurs de l'infini, à se laisser pénétrer par les valeurs de l'Absolu, béni soit-Il, et à graver sur soi, sur son être, sur son identité humaine, ces valeurs-là.
Comme si l'homme disait: laissez-moi tranquille, je préfère être à l'écoute de mes propres degrés, de ma propre compréhension, de mon intelligence à moi. Ne me donnez pas des éléments qui sont étrangers à ma structure humaine. Je viens de dessiner, en fait, la racine même de la faute qui a engendré le Veau d'or, et qui malheureusement s'est produite le 17 Tammouz.
La deuxième étroitesse, celle que nous vivons aujourd'hui, est le 9 Av. C'est une étroitesse au niveau du lieu, comme je l'ai dit tout à l'heure. À quoi est-ce que je fais référence ? À une autre faute, qui a eu lieu elle aussi dans la période du désert, entre la sortie d'Égypte et l'entrée en Terre d'Israël. Je veux bien entendu parler de la faute des explorateurs, qui est encore plus grave que la faute du Veau d'or.
La faute des explorateurs est la suite de cette perturbation de l'être du 17 Tammouz, et cette fois-ci par rapport à la désignation d'un lieu, à la définition d'un lieu, qui est la Terre d'Israël. Les explorateurs n'ont pas compris, et après eux, le peuple tout entier s'est persuadé qu'il n'était pas important et primordial de rentrer en Terre d'Israël, qu'on pouvait vivre sa religion n'importe où dans le monde, le désert représentant en réalité toutes les autres terres, sauf la Terre d'Israël. On préfère donc rester dans le désert des nations plutôt que de rentrer en Terre d'Israël. Voilà la deuxième étroitesse.
Pourquoi je tiens à rappeler ces deux étroitesses, Bein HaMetsarim, tout simplement parce que nous nous sommes habitués à pleurer, le 17 Tammouz et le 9 Av, sur la destruction des Temples de Jérusalem. Or, la destruction des Temples de Jérusalem, bien que ce soit vrai, n'est que la conséquence. Ce n'est pas la source, ce n'est pas la cause. Nous devons être intelligents, nous devons savoir ce qui a conduit à la destruction du Temple. On ne pleure pas un résultat: on pleure la cause qui a amené à ce résultat.
Or, quand on vous demande aujourd'hui pourquoi vous jeûnez, vous dites: parce que le Temple de Jérusalem a été brûlé le 9 Av. C'est vrai. Mais vous ne touchez pas à la source du problème, vous n'êtes encore que dans le résultat de ce problème. Ça ne va pas. Ce n'est pas de votre niveau. Quand vous allez chez le médecin, vous ne vous occupez pas seulement des symptômes, vous essayez de trouver la racine du mal. Nous avons en réalité oublié que la destruction était une conséquence et non une raison première. Et il est grand temps aujourd'hui de corriger cette erreur et de s'occuper de ce qui est avant.
Quand je dis « avant », en hébreu, cela se dit lifné. Or, quand vous entendez lifné, vous entendez aussi panim, et panim se lit en hébreu pnim, l'intérieur. Cela veut dire que pour connaître les sources, il faut étudier l'intériorité. Pour connaître la source d'un problème, il faut connaître l'intériorité, l'âme du problème, et non pas seulement la conséquence. D'ailleurs, l'inverse de lifné est aharé, aharé qui veut dire aussi l'arrière, akhor, et l'après. Mais c'est toujours la même histoire.
Si on ne s'occupe que de l'après, c'est-à-dire de la conséquence, du résultat final, de ce qui est visible après coup, cela ne suffit pas: je ne peux pas guérir du mal, car je ne me suis pas occupé de l'avant, de l'intérieur, du pnim, du lifné. C'est pourquoi il est très important de comprendre les éléments de cette journée et de cette période d'une manière générale, d'une manière beaucoup plus large, et non pas de se contenter de voir des résultats et de dire: aujourd'hui je pleure la destruction des Temples de Jérusalem. Oui, mais pourquoi ?
Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche
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