Tou Bichvat : le divin présent dans la matière
Le Rav explique comment la Kabbale voit Dieu dans les fruits et la terre, et pourquoi Tou Bichvat prépare la sortie d'Égypte.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Tou BiChvat et les fruits de la terre, 1 h 14
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Nous n'avons pas le droit de nous adresser au public de la manière suivante, je cite: La Torah t'ordonne de marcher avec de la pudeur. Est-ce que le Rav Kook est contre la pudeur des femmes ? Pas du tout.
La Torah demande, attend de la femme d'Israël d'être pudique. Mais lorsque le Rav Kook va parler de cette pudeur, il va beaucoup plus s'adresser au sens profond de cette pudeur, pour essayer de montrer combien la fille d'Israël, à l'intérieur d'elle-même, est déjà pudique, et que cette pudeur n'est pas un élément étranger à son essence, et qu'elle doit tout simplement écouter sa nature.
Il y a une grande différence d'approche. La première va obliger en fait la fille d'Israël à être pudique. La deuxième va montrer la pudeur qui fait déjà partie intégrante, intrinsèquement, de la fille d'Israël, et que le Rav Kook préconise d'enseigner pour faire sortir cette pudeur tout simplement naturelle dans le monde du déclin. Vous comprenez que la manière de conduire est complètement différente.
De la même manière, nous allons avoir une approche de Tou Bichvat, qui est une fête remise au goût du jour par les kabbalistes. Parce que les kabbalistes, contrairement à tous ceux qui n'étudient pas le sens profond de la Torah, ne voient pas le monde spirituel et le monde matériel comme deux mondes séparés, mais comme deux mondes différents. Il y a une grande différence entre la séparation et la différenciation des choses. Et donc les kabbalistes comprennent qu'un seul Dieu dirige l'esprit et la matière. Il n'y a pas le Dieu de l'esprit et un autre Dieu, celui de la matière. La chose paraît complètement évidente, mais ce n'est pas aussi simple lorsque l'on voit la guerre qui est menée, même de temps en temps avec des vêtements de Torah, contre le monde d'en bas, avec toutes ses valeurs.
C'est-à-dire qu'il y a certains manques dans le monde religieux qu'il faut combler, et que le monde non religieux peut procurer au monde religieux. Il y a quelques années, quelques dizaines d'années, dans l'un des kibboutzim en Israël, on s'est aperçu que les enfants devenaient délinquants.
La délinquance de l'époque, c'est qu'ils ont trouvé deux adolescents en train de fumer. Donc ils ont fait une réunion générale. Pas fumer de la drogue, fumer des cigarettes. C'était déjà un degré assez élevé. Quand je dis « de la drogue », c'est tout le reste. Ils ont fait une réunion et ils sont arrivés à la conclusion que cela provenait de l'ennui de ces jeunes gens.
Et donc il fallait combler cet ennui, d'abord en faisant des conférences, en invitant des gens qui allaient donner des cours. Qu'est-ce qu'on fait quand on s'ennuie ? Qu'est-ce qu'il faut faire pour remplir le temps ? Parmi tous les conférenciers qui étaient là, sont arrivés deux élèves de la yeshiva Merkaz HaRav, du Rav Kook. Ces deux élèves ont donné un cours magistral, en disant aux gens du kibboutz: « Nous, on est venus pour vous parler de la manière de combler le temps. » Et en réalité, nous ne sommes pas venus pour vous dire ces choses-là, puisque nous ne savons pas ce que c'est, l'ennui. Pourquoi ? Nous n'avons pas le temps de nous ennuyer. Voici notre: le matin, on se lève, on s'occupe de notre tefila, on étudie, on prend un petit déjeuner, on repart étudier. Après, nous avons une tefila, nous avons encore une étude.
Nous avons encore un dîner le soir, un petit peu d'études, et on va s'endormir. Les gens ne savaient pas trop comment appréhender, recevoir, mais ça a quand même éveillé beaucoup de questionnements. Et parmi ces questionnements, une petite fille a posé la question aux deux étudiants: « C'est très intéressant ce que vous nous avez enseigné, mais est-ce qu'il y a quelque chose que nous, nous pouvons vous enseigner ? »
Et les deux élèves de yeshiva, comme des élèves de yeshiva, ont reposé la question: « Eh bien, dites-nous, vous, au lieu de donner une réponse, dites-nous ce que vous, vous pouvez nous donner. » Et en fait, c'était resté un petit peu en l'air. Les gens ont fait taire cette petite fille en lui disant: « Tu déranges », et les choses ont continué.
Lorsque ces deux élèves de yeshiva sont rentrés chez le Rav Kook, très fiers de leur exposé, en rappelant aussi l'histoire de la petite fille, le Rav Kook les a littéralement jetés de son bureau. En leur disant: « Vous n'avez rien compris. Vous avez cru que vous avez gagné un combat d'idées. Cette fille avait raison. Vous n'avez rien à apprendre d'elle. Vous n'avez rien à apprendre de ces gens-là. Vous êtes allés en tant qu'enseignants, en tant que supériorité qui va enseigner à ceux qui n'ont pas. »
Cette histoire vient nous enseigner quelque chose de très important. Autant les non-religieux, entre guillemets, ont à apprendre des religieux certaines valeurs, ô combien, autant les religieux, entre guillemets, doivent apprendre des non-religieux des valeurs que les religieux ont perdues au fil des... L'une d'entre elles, de ces choses-là, c'est par exemple la beauté, l'esthétique, le fait de réparer son jardin, le fait de planter, le fait d'embellir autour de soi.
Ce sont des valeurs qui font peur, d'une manière générale, aux religieux, et qu'il faut guérir. Ce sont des maladies de l'exil, car le judaïsme devait être supérieur, flottant, dans un monde virtuel, et on n'avait pas tellement à faire à la matière. Mais les choses ont changé. Nous sommes revenus sur notre terre, et sur notre terre la Torah n'a plus la même valeur.
La Torah doit être celle de l'esprit, mais qui se dévoile et qui s'habille dans la matière. Et c'est pourquoi la manière de réfléchir aussi doit se développer. Et donc nous devons apprendre ce courage de ne pas seulement donner la priorité à toutes les valeurs de l'étude telles que nous les avons conçues jusqu'à maintenant, c'est-à-dire une étude qui est séparée du corps, de la matière, de la terre. Mais bien au contraire, une étude qui fait le lien entre les mondes: le lien des mondes, entre l'esprit et la matière, le spirituel et le matériel, l'âme et le corps, le ciel et la terre, l'homme et la femme, le soleil et la nuit.
Ce qui nous pousse, en réalité, à ce renouvellement de Tou Bichvat et de toute la valeur de ce mois-ci par nos sages de la Kabbale. Pourquoi ? Parce que les kabbalistes, eux, savent le secret de l'union, d'une manière générale, et de l'union des mondes plus précisément. C'est-à-dire que pour un kabbaliste, la Torah n'est pas un texte, mais une vie. La Torah est LA vie. Et donc elle doit rentrer, pénétrer dans tous les secteurs de la vie, et ne pas négliger même le plus bas d'entre eux.
Ça veut dire que cette Torah, qui va couler de la source spirituelle infinie, doit rentrer et s'habiller complètement dans la matière. Et ça, c'est la nouveauté de la Torah de la terre d'Israël: une Torah qui va se dévoiler de plus en plus au fur et …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche
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