Anokhi : le même mot pour le dévoilement et le caché
Pourquoi Dieu ne change pas, et comment le même « Anokhi » peut se dévoiler au Sinaï et se cacher dans Esther.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : L'équilibre de l'homme, le peuple éternel et la porte du ciel, 56 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Nous allons continuer aujourd'hui notre cours sur le passage entre une époque et une autre, la transition entre la partie galout et la partie Gueoula. Nous avons dit la fois dernière que le changement se trouve toujours dans une position de danger.
Les sages nous disent: kol derakhim be'heskat sakana, tous les chemins sont dans un degré de danger, parce qu'il se crée une instabilité. Et par définition, lorsque l'homme est instable, il est dans une position de faiblesse. C'est pour cela que les sages ont institué la formule Tefilat HaDerekh, la prière du chemin. Ce n'est pas la bénédiction de la stabilité, mais celle où nous sommes en chemin, puisque nous sommes dans une position instable, et en déséquilibre à chaque fois.
Il y avait une contradiction qui était extraordinaire, parce qu'elle est divine: c'est cette capacité d'être le même Anokhi dans le bien comme dans le mal, entre guillemets. Nous avons vu Anokhi Hachem Elohecha, « Je suis l'Éternel ton Dieu », dans les dix paroles, la première des dix paroles au mont Sinaï. Et nous avons vu un autre Anokhi: Anokhi haster astir panai, dans Esther et dans le Deutéronome, où le Saint béni soit-Il cache, voile en fait Son visage. C'est le même terme qui revient: le Anokhi du dévoilement, du don de la Torah, face au Anokhi du secret, du degré caché.
Et nous ne comprenons pas comment ces deux Anokhi peuvent résider ensemble, puisqu'il y a un Anokhi qui dévoile et un autre qui cache. La définition que Dieu donne de Lui-même, c'est Ani Hachem lo shinti, « Moi, l'Éternel, je ne change pas ». Et c'est ainsi qu'on peut comprendre que le même Anokhi qui a été dévoilé lors du don de la Torah est le même Anokhi qui peut être voilé lorsque Dieu se cache. Il n'y a pas de contradiction. Pour nous, les humains, c'est une contradiction: on n'arrive pas à comprendre comment « Je suis l'Éternel ton Dieu », prononcé pour se dévoiler, est le même Anokhi prononcé pour se cacher. C'est incompréhensible pour l'homme, ce sont deux choses complètement différentes, diamétralement opposées, et pourtant ça marche.
Pourquoi ? Grâce à cette règle: Ani Hachem lo shinti, moi, l'Éternel, je ne suis pas soumis au changement. Il n'y a pas de notion de changement chez Moi. Ani Hachem lo shinti n'est pas au passé, ce n'est pas un langage passé, c'est comme un présent continu. Quand on dit lo yada'ati, ou yada'ati, cela ne veut pas dire « j'ai su ». Je sais, je continue de savoir tout le temps. Donc Ani Hachem lo shinti, moi, l'Éternel, je ne suis pas soumis au changement, je n'ai jamais été soumis au changement. Ce que ce texte veut dire, c'est que Dieu n'est pas soumis aux montées, aux descentes, aux changements de température, aux changements de tempérament, aux crises de colère ou de joie. Ces changements n'existent pas chez Lui; ce sont des degrés humains, car l'homme est soumis au temps, et Dieu n'est pas soumis au temps, donc pas au changement.
Il y a donc une régularité chez Dieu, un repos, ce qu'on appelle une menoucha, dans le sens de shlemout, dans le sens d'entité. Il est entier tout le temps, il n'a pas de mouvement parce qu'il n'y a pas de manque. C'est pourquoi, comme l'explique le Rav, le même Anokhi qui a servi au dévoilement est le même Anokhi qui sert à se cacher. Pour nous, c'est incompréhensible, mais cela devient compréhensible lorsqu'on comprend que Dieu n'est pas soumis au changement: le même Anokhi peut apparaître dans deux situations complètement différentes.
Est-ce clair ? Donc, Anokhi, c'est le même Anokhi dont il est dit Ani Hachem Elohecha asher hotseticha me'erets Mitsrayim, « qui t'ai fait sortir d'Égypte ». C'est le même Anokhi: Ve'anokhi haster astir panai ba yom ha-hou, « et Moi, je cacherai, je voilerai Ma face en ce jour-là ». Ve'hasdo ve-ha-amitato tamid imanu le'olam. La morale: le bien du divin est toujours avec nous, il nous accompagne toujours, le'olam, à jamais. Ume'olam ad olam ata El, comme dit David dans le Psaume 90: de la fin du monde jusqu'à l'extrémité du monde, Tu es El, Tu es toujours le même. Le changement ne fait rien chez Lui. Il n'y a pas de situation qui soit un coup en haut, un coup en bas. Ça n'existe pas.
Dans cette notion, le temps n'existe pas, bien entendu, puisque le temps, c'est le chinouï. Chinouï vient du mot shana ou shnia, qui veut dire changement. Quelle est la racine du mot shana ? Chéni, la dualité, shana shéni, donc transformation. La morale: le temps est une capacité, une possibilité de changer. Chez Dieu, il n'y a pas cette possibilité de changer, parce que Dieu n'a pas besoin de changer. C'est une éternité égale toujours à elle-même. C'est-à-dire: Hachem Atah El, mistateh. Et donc David nous dit Ume'olam ad olam Atah El, Tu es le même. HaKadosh Baroukh Hou d'un monde à l'autre: Tu ne changes pas, parce que Tu passes d'un monde à l'autre. Ton dévoilement peut changer, parce que Tu te dévoiles différemment, mais dans Ton essence, Tu es le même.
Et Isaïe nous dit, c'est vrai: Dieu, Tu es un Dieu qui se cache, El mistatér. Or nous avons vu que le nom El équivaut à l'attribut de bonté chez le Saint béni soit-Il. Mistatér, c'est le côté qui se cache, le mot mistère. Comment peut-on dire que le Dieu de bonté est un Dieu qui se cache ? C'est là la question, et les deux termes, El, la bonté, sont collés au mot mistatér, celui qui se cache: le bon Dieu qui se cache. Alors la question est quand même importante: Elohé Israël moshia, Tu nous délivres tout en te cachant pour Te dévoiler.
Vous voyez donc que le texte est plein de contradictions, et les versets qui sont ramenés sont eux aussi remplis de contradictions. Et pourtant, ces contradictions vivent ensemble, parce que Dieu, c'est tout et son inverse en même temps. C'est un degré qui dépasse l'homme. Mais c'est comme ça, c'est la réalité divine, une réalité dans la contradiction totale: malgré ce dévoilement différent, elle est toujours dans la stabilité, dans le non-changement, dans la fiabilité, dans un manque de mouvement, c'est-à-dire dans une entité.
Ken, gam ve'atem bnei Ya'akov lo kaltem. Et là, il y a quelque chose de nouveau: puisque Dieu est un Dieu qui ne change pas, Il a créé un peuple qui a la même qualité, entre guillemets, que Lui. Ce peuple, bien entendu, c'est le peuple d'Israël. Le verset nous dit: de la même manière que Moi, Dieu, je ne change pas, vous, les enfants d'Israël, vous ne serez jamais détruits, c'est-à-dire anéantis. Pourquoi ? Parce que vous êtes de l'ordre de l'éternité comme Moi, donc pas soumis au changement, pas soumis.
Nous avons donc une promesse divine: de la même manière que Dieu est éternel, la notion de Klal Israël est elle aussi éternelle. Ve'atem bnei Ya'akov lo kaltem, vous ne serez jamais détruits. *Chéyesh kol …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche
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