Amalek, la klipa qui voile le sens de Pourim
Pourim comme jours du lien entre le Créateur et Israël, et le danger d'une fête vidée de sa profondeur.
Rav Yoël Benharrouche
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Alors, Be'ezrat HaChem, aujourd'hui, nous allons traiter de ce sujet qui est l'essence même, la profondeur même de Pourim, à savoir le secret d'Amalek, le secret du souvenir d'Amalek. En effet, Pourim, sans cette connaissance, sans cette mise en place, reste, j'allais dire, des jours assez vides de sens, et bien entendu remplis d'autres choses qui nous masquent l'essentiel même de ces jours secrets. C'est-à-dire que la nature sait offrir des remplacements à l'essentiel pour justement nous laisser en dehors du sens essentiel des choses.
Alors la paracha de Zahor est toujours avant Pourim, comme préparation à Pourim. Et il faut comprendre pourquoi, quel est le sens de cet Amalek, qui est cet Amalek. On va essayer, be'ezrat HaChem, de développer cela ensemble. Notre monde est fondé sur la notion de dialectique. C'est-à-dire qu'une idée offre l'inverse de cette idée. Il y a une partie centrale qui va dévoiler, qui va révéler l'équilibre et l'harmonie entre cette formule donnée et son antithèse. Dans le langage des sages de la Kabbale, il s'agit donc de Chesed, Gevura et Tiferet.
L'ouverture vers le don, vers le partage, vers l'autre, vers la sortie de soi, c'est le Chesed. La Gevura, c'est exactement l'inverse: la retenue, la concentration des choses, le fait de pouvoir se maintenir avec des limites. Et la phase centrale, qui est la phase qui va relier ces deux forces pour en faire un équilibre parfait, on l'appelle la Tiferet. En philosophie, on connaît cette même formule par la thèse, l'antithèse et la synthèse. Et donc, en réalité, il s'agit là d'un triangle que je viens de dessiner, et il y a ici quelque chose de fondamental, j'allais dire même de primordial et d'essentiel à toute compréhension.
À partir de ces inverses, on peut prétendre se rapprocher de la profondeur d'une certaine idée, des idées en général, par un regard qui est complet et donc équilibré. L'équilibre exige, je le rappelle, une prise en compte des extrémités, pour justement trouver une phase médiane qui va conjuguer les deux possibilités précédentes.
Dans la bouche du Maharal de Prague, ce fondement même nous enseigne que la compréhension d'un sujet quelconque exige de nous-mêmes l'apprentissage de son inverse. Par exemple, le Maharal de Prague dit dans Netzah Israël que c'est seulement en comprenant l'exil que nous pouvons parler et comprendre la Gueoula. Si on ne parle pas de l'exil, si on ne parle pas de la Galout, on ne parle pas de la Gueoula, on ne peut pas comprendre les choses véritablement.
Bien entendu, ce n'est pas le Maharal qui a inventé cette notion. Ce fondement existe déjà dans le Zohar HaKadosh, et dans la formulation du Zohar, il n'y a pas de lumière à partir du noir. Je ne peux pas considérer la lumière si je ne parle pas du noir, de son inverse. Morale: le Zohar, et après lui tout ce qu'on vient de citer, comprend un phénomène qui est lié à la structure même de ce monde, où tout sujet étudié exige la compréhension, en tout cas l'approche, de son inverse pour essayer de comprendre le sujet en question. Donc chaque fois que vous voulez comprendre quelque chose, il faut étudier son inverse.
Ce fondement-là étant établi, il nous mène naturellement à la conclusion suivante: c'est seulement en comprenant la puissance inverse, contradictoire à ce qui s'est passé à Pourim et à ce qui se passe à Pourim, que l'on peut comprendre le secret de ces jours. Et donc c'est exactement la notion de cette écorce qu'on appelle Amalek.
Alors avant d'avancer, on comprend qu'Amalek est une klipa, selon nos sages. Ce n'est pas seulement un peuple, c'est une écorce qui vient cacher, qui vient obstruer, qui vient éteindre, qui vient faire écran à quelque chose de très profond. Sans comprendre le but même d'Amalek, son essence et son engouement, j'allais dire, à détruire quelque chose chez Israël, on ne peut pas atteindre la véritable profondeur des jours de Pourim.
Pourim n'est pas une fête, ce sont des jours. Même si dans la chanson on parle de Chag Pourim, c'est une erreur. Il n'y a jamais eu cette notion de Chag à Pourim: il n'y a que trois Chagim, Pessah, Chavouot et Souccot. Pourim, comme il est dit dans la Méguila d'Esther, Yemei HaPourim, les jours de Pourim. Là aussi, il y a une profondeur à connaître, à déceler. Je vous ai donné un petit peu la formule: ce qui veut dire que Pourim est à un degré de l'ordre du non-espace et du non-temps, comme d'ailleurs le Yom HaChabbat. On ne parle pas de Chag Chabbat, on parle de Yom HaChabbat. Tout ce qui est Yom nous invite à une profondeur beaucoup plus élevée que la notion de fait et de temps.
Ce que je viens de dire par rapport à Pourim, nous le voyons dans l'un des versets de la Méguila: Vé-nehafokh hou. Nous avons pu inverser un certain processus. Qui dit inverser le processus dit automatiquement entendre le degré profond de Pourim.
Et donc j'ai ici quelque chose de très puissant, et on va essayer déjà de jouer avec les mots, car en hébreu, vous le savez, les mots ne sont pas là seulement pour nous indiquer une histoire, mais pour nous ouvrir une porte secrète sur des notions cachées à l'intérieur même de ces véhicules que nous appelons les lettres.
En hébreu, le mot « lettre » veut dire « acheminer, apporter, amener vers quelque chose ». Et là, les lettres nous amènent vers une compréhension. Déjà, la notion d'Amalek. Si je devais décrypter ce mot, j'ai le mot am, qui veut dire « peuple », et deux autres lettres, le lamed et le kouf. Ça veut dire que Amalek, dans son essence, dans son écriture, est là pour avaler le peuple. Nous avons donc une indication extraordinaire: Amalek, c'est déjà la contradiction, l'inverse même de la notion de peuple dans le judaïsme.
Alors je vous invite immédiatement à une conclusion intermédiaire. Si vous considérez que l'histoire de Pourim est une histoire personnelle, individuelle, de certains Juifs, et non pas une notion collective du peuple, vous pouvez facilement rater cette journée. Bien entendu, vous allez vous remplir de tout ce que l'histoire nous offre: des déguisements, des repas, des Michloah Manot. C'est très sympathique, très beau, mais en réalité ça peut rester au niveau du rituel, et on peut rater l'essence même de ces jours. La notion de peuple est donc essentielle pendant les deux jours de Pourim.
Et voici le texte de la Torah: Zakhor ète acher assa lekha Amalek, souviens-toi, d'une manière active, j'allais dire. Parce que ce n'est pas un souvenir au niveau de la mémoire passée, passive. Il y a ici une mémoire active: le mot zakhor est dans la même racine que zakhar, le masculin. C'est-à-dire que c'est un souvenir masculin, donc actif. Souviens-toi, rappelle-toi activement, avec ce que tu as fait à Amalek.
On remarque immédiatement que le début de la phrase est au singulier: souviens-toi de ce qu'il t'a fait, Amalek. Et immédiatement on passe au pluriel: lorsque vous êtes sortis d'Égypte. Il y a donc …
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