Moché entre l'Égypte et Midian, la quête d'identité
Rachi sur l'argument « Mi anokhi » : Moché quitte l'Égypte comme un apatride, sans peuple auquel se rattacher.
Rav Élie Kling
Ensuite : La crise identitaire de Moché face à sa mission, 47 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
— En direct sur l'île Maud. Shalom à toutes et à tous. On est très contents de se retrouver avec le Rav Élie Kling. Dans ces parachiot, Chemot et Vayikra, on voit émerger le personnage de Moché. Et vous allez nous parler de Moché. Moché est hébreu, égyptien. Qui est-il ? D'où vient-il ? C'est le thème du cours. Merci, Rav Kling.
Rav Élie Kling: Oui, alors là aussi, on va toucher un peu à Manitou, mais vous allez voir qu'on va s'écarter un peu de son explication. On va commencer par poser une question sur Rachi. Non pas sur le texte lui-même, mais sur Rachi. On rentre directement dans l'histoire du buisson ardent, du sneh. Et là, comme vous le savez, Moché n'est pas enthousiaste. Dieu lui propose de lui présenter le plan: écoute, tu te rappelles cette histoire, les enfants d'Israël, tout ça, en Égypte, ils ont crié, j'ai entendu Avraham, Yitzhak, Yaakov, et je pense que le moment est venu de les sortir de là-bas. J'ai un plan pour ça, et toi, tu fais partie du plan. Non seulement tu en fais partie, mais tu es le personnage central.
Après cette longue tirade divine, Moché va développer pas moins de cinq arguments pour expliquer pourquoi ça ne marchera pas avec lui, en tout cas. Les arguments vont du meilleur, si vous voulez, au plus difficile à admettre. Il commence par dire: « Mais pourquoi moi ? » Puis il continue: « Mais de toute façon, je ne sais pas comment te présenter. Quel genre de dieu es-tu pour eux maintenant ? Ammata di, ammata rachamin: qu'est-ce qui se cache derrière ta manière de gérer le monde ? Pourquoi as-tu
tendu tellement longtemps ? Pourquoi justement maintenant et pas plus tard ? » Enfin: Mah shemo, mah omar aleihem, Elokim — s'ils me demandent qui tu es, je ne sais pas quoi dire. Troisième argument: de toute façon, ils ne vont pas me croire, donc ça ne sert à rien. Quatrième argument: je ne suis pas un homme de paroles, je bégaye, donc je vais tomber. Et enfin, cinquième argument, qui n'en est pas un, c'est plutôt une manière de lui dire: je n'ai pas envie. C'est quand il lui
dit à la fin: Shelah na béyad tishlah, je t'en prie, envoie quelqu'un d'autre.
On voit bien que les arguments baissent en intensité, et depuis le premier jusqu'au dernier, on a l'impression que vers la fin, il est plutôt le dos au mur, et il essaie de dire des choses qui ne sont pas vraiment des choses qu'on peut dire à Dieu. Par exemple, quand il dit « je bégaye », eh bien, à qui tu parles ? Si je bégaye… C'est comme un type qui rentrerait chez le cordonnier et qui dirait: « Désolé, mais j'ai pas de chaussures. » Ben ça tombe bien, on en vend ici, tu vois. On ne dit pas à Dieu « je ne sais pas parler ». Évidemment, il sait très bien qu'il va s'attirer la réponse qu'il a reçue, d'ailleurs.
Il fait tout pour esquiver l'histoire, et à la fin il dit: « Je t'en prie, je t'en prie, envoie quelqu'un d'autre. » C'est là que Dieu s'énerve. Tant qu'il argumente, on peut argumenter, mais si à la fin il dit « j'ai pas envie », alors non. Ça, ça ne se fait pas. On ne dit pas « j'ai pas envie » quand Dieu te confie une mission. Ça ne se fait pas du tout. À ce moment-là, Dieu s'énerve pour la première fois dans la carrière de Moché. Il s'énervera encore souvent, comme vous le savez, mais c'est la première fois qu'il le fait ici. Bien.
Quelle est ma question sur Rachi ? Elle concerne le premier argument. Je ne sais pas si on a les textes, mais si on prend le verset 11 du chapitre 3, c'est-à-dire la première réaction de Moché après la grande tirade divine, Moché dit la chose suivante: Vayomer Moshé el Elokim: Mi anokhi ki elekh el Paro'h, vehotsi et bné Israël mi-Mitsrayim ? Ce qui signifie: qui suis-je pour aller voir Pharaon et faire sortir les enfants d'Israël d'Égypte ?
Sous-entendu: moi, ça fait longtemps que je ne vis plus dans ce monde-là, des têtes couronnées. D'après nos sages, ça fait quarante ans qu'il est le berger de son beau-père. En tout cas, ça fait quelques dizaines d'années, c'est une évidence. Donc je ne sais pas comment parler à Pharaon, d'autant plus que ce que tu me demandes, si j'ai bien compris, c'est de convaincre Pharaon de laisser partir une main-d'œuvre qu'il a à très bon marché, pour rien, comme ça, par plaisir. Évidemment, tu ne vas pas le faire, en tout cas ça va être compliqué. Et moi, je ne suis pas l'homme fait pour ça: parler, négocier, la diplomatie. Non, ce n'est pas moi.
Et ensuite il dit: si j'ai bien compris ton plan, il ne s'agit pas seulement de convaincre Pharaon de laisser partir le peuple. Une fois que Pharaon serait convaincu, il faudrait ensuite diriger ce peuple. Et moi, je ne suis pas un dirigeant de peuple, je ne sais pas comment on fait ça, je ne sais pas haranguer les foules, je ne sais pas faire en sorte qu'elles me suivent. Non, non, moi je suis un petit berger, j'ai des moutons, et point barre. Voilà, en tout cas, le Pchat.
Ce que je viens de vous dire, c'est comme ça qu'on devrait comprendre le verset. En fait, si vous voulez, c'est comme s'il y avait écrit deux fois Mi anokhi. Mi anokhi, qui suis-je ? Petit a: pour faire la première partie de la mission que tu veux me confier, c'est-à-dire parlementer avec Pharaon. Et comme s'il y avait écrit une deuxième fois Mi anokhi, qui suis-je ? Petit b: pour faire sortir les enfants d'Israël d'Égypte et, sous-entendu, pour les diriger et les amener jusqu'en Erets Israël. Or, quelle
n'est pas notre surprise de constater que Rachi explique le verset qu'on vient de lire de manière complètement différente. Regardez ce que dit Rachi, c'est vraiment très étonnant: Mi ani chachouv ledaber im ha-melakhim. Donc, jusque-là, ça va: il comprend comme nous, c'est-à-dire: qui suis-je, en quoi suis-je suffisamment important pour pouvoir parler à des rois ? Très bien. Par contre, la deuxième partie de la question, que nous avons expliquée comme étant justement une deuxième partie de la même question, pour Rachi, ce n'est pas du tout ça.
C'est une question complètement différente. Ce n'est pas « qui suis-je pour sortir les enfants d'Israël d'Égypte ». Pas du tout. Voici ce que dit Rachi: Ve-hotsiat bné Israël mi-Mitsrayim: admettons que je sois suffisamment important pour ça. Ma zakhou Israël: quel est le mérite d'Israël, she-ya'assé lahem nès, pour qu'on leur fasse un miracle et que je les fasse sortir d'Égypte ?
Moché comprend très bien qu'une sortie d'Égypte ne se fait pas par des voies naturelles. Évidemment, elle se fait par des voies miraculeuses. Or, …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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