Myriam, la vie pour la vie dans la sortie d'Égypte
Comment Myriam, héroïne discrète, incarne la vitalité et l'attachement à la vie du peuple juif.
Rav Élie Kling
Ensuite : Moché entre l'Égypte et Midian, la quête d'identité, 1 h 21
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Le personnage que j'ai choisi, c'est Myriam. C'est très curieux, parce que nos sages en font une héroïne au même titre que ses deux frères, Moshe et Aaron. Il y a un passage talmudique qui dit qu'il y a eu trois grands dirigeants à l'époque, donc à la sortie d'Égypte: Myriam, Moshe et Aaron. Moshe, Aaron et Myriam, si vous voulez. Enfin, quand même, Myriam, avec tout le respect que je lui dois.
Ce n'est quand même pas la même autorité que Moshe ou Aaron. Aaron, c'est le grand prêtre, et Moshe, c'est Moshe. Myriam, qu'a-t-elle fait pour mériter ce titre de grande dirigeante ? La vérité, pas grand-chose. Si vous regardez bien le texte, elle apparaît la première fois en tant que la grande sœur, qui veille à ce que le petit nourrisson qui est dans le petit berceau aille bien.
Elle réagit de manière très courageuse au moment où la fille de Pharaon découvre le petit hébreu qui pleure, et elle a les mots qu'il faut, les mots justes, pour faire entendre raison et que le petit retourne chez sa mère jusqu'à ce qu'il soit sevré, etc. Très bien. Ça, c'est la première intervention de Myriam.
La deuxième intervention, il faut attendre très, très longtemps. Elle interviendra une deuxième fois au moment du passage de la mer Rouge. Une fois que tout le monde est passé et que tout le monde a chanté, Myriam prend ce qu'on appelle un tof, un tambourin. D'ailleurs, en Israël, on appelle ça le tof de Myriam. Avec son tambourin, elle entraîne toutes les femmes à chanter et à danser également.
C'est bien sympathique, on est d'accord, mais voilà. Dirigeante ? Dirigeante de quoi ? Et la dernière fois qu'elle apparaît, c'est au moment où elle dit du mal de Moshe. Là non plus, ce n'est pas vraiment quelque chose de très respectable. Alors pourquoi ce titre ? Pourquoi faire de Myriam réellement l'une de celles qui ont mené le peuple d'Israël en sortant d'Égypte ?
La vérité, il faut rajouter encore trois autres occurrences de Myriam. Mais cette fois-ci, ce n'est pas écrit explicitement dans la Torah; c'est le midrash. La première chose, c'est que Myriam aurait été celle qui a convaincu son père Amram, qui était très respecté, de revenir sur sa décision au moment des grands décrets antisémites égyptiens, de revenir sur sa décision de se séparer de sa femme. Après qu'Amram a entendu que les enfants mâles allaient être jetés au Nil, ils avaient décidé de ne pas avoir d'enfants. Et ça ne sert à rien de faire des enfants si c'est pour qu'on les tue.
Donc, comme c'était quelqu'un de très respectable, dès qu'ils ont vu qu'Amram se séparait de son épouse, tout le monde s'est séparé, eux aussi, de leurs épouses. C'est là qu'interviendrait Myriam, d'après le midrash, qui dit à son père: tu ne te rends pas compte ? Ce que tu fais là est pire que ce qu'a fait Pharaon. Lui n'a décrété que la mort des garçons, mais toi, tu décides de mettre fin au peuple juif, aussi bien du côté des mâles que du côté des femelles, et ça ne se fait pas du tout.
Elle a ainsi deux ou trois arguments, et finalement elle arrive à convaincre son père, qui revient vers sa femme. À partir du moment où il revient et réépouse Yochévet, tout le monde revient vers son épouse, et le peuple juif peut continuer à prospérer et à se développer, même en période de persécution égyptienne.
Deuxième chose: Myriam serait l'une de ces fameuses sages-femmes qui vont aider les femmes hébreues à accoucher, alors que Pharaon avait donné l'ordre d'étouffer discrètement à la naissance tous les nouveau-nés mâles. Il y a donc des femmes qui vont refuser l'ordre de Pharaon, les premières objectrices de conscience, si vous voulez. Ce sont deux femmes, et l'une d'entre elles, d'après le midrash, serait justement Myriam.
Dernière chose: on voit également Myriam, cette fois elle n'agit pas vraiment, mais c'est grâce à elle que le puits, l'eau, va pouvoir accompagner miraculeusement les enfants d'Israël dans le désert.
Là, on comprend déjà mieux. Si l'on essaie de trouver un point commun entre ces différentes facettes de la personnalité de Myriam, on s'aperçoit qu'elle est en général proche de l'eau, proche de la vie. D'ailleurs, l'eau, mayim, ce sont trois des quatre lettres qui forment son nom.
Et en effet, Myriam représente la vitalité. Même quand elle dit du mal de Moshe, c'est tout simplement parce qu'elle a compris qu'il s'était séparé de sa femme. Elle disait: « Je ne comprends pas, nous aussi nous sommes prophètes, et ce n'est pas une raison pour se séparer de sa femme. » C'est Dieu qui doit lui expliquer que la prophétie de Moshe est différente de la prophétie en général, et elle ne l'a pas compris. Mais même quand elle dit du mal de Moshe, c'est encore une fois ce principe de vie, qui est plus important que tout, qui la caractérise.
Myriam représente donc la vie. La vie pour elle-même. Pas la qualité de vie, pas la vie pour la Torah, comme Moshe, ni la vie pour le service divin, comme pour Aaron, mais la vie pour la vie. Il est très important de savoir que la vie est importante pour elle-même. Et si le peuple juif aime la vie, c'est sans doute d'abord parce que nous sommes les descendants, au moins spirituels, de Myriam.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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