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Le Vav de Chemot : de la promesse à sa réalisation

Pourquoi le livre de Chemot s'ouvre par « et » : relier la promesse faite aux Pères à sa réalisation.

5 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Myriam, la vie pour la vie dans la sortie d'Égypte, 5 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Quand on écrit un livre, on ne commence surtout pas par le mot « et ». « Et », la conjonction de coordination, ça sous-entend qu'il y avait quelque chose avant. Un livre neuf commence directement dans le vif du sujet. Or, le deuxième livre de la Torah, Chemot, commence par les mots Ve'éleh chemot, « et voici les noms ». Pourquoi « et voici les noms », et non « voici les noms » ? Parce qu'en hébreu, « et », c'est la lettre vav.

La vav est la sixième lettre de l'alphabet, qui a d'ailleurs la forme d'un crochet, et c'est sans doute pour ça que le vav signifie « et »: il vient raccrocher, si vous voulez, deux wagons, ce qui précède avec ce qui suit. Le mot vav signifie d'ailleurs « crochet » en hébreu, et c'est par lui que commence le deuxième livre de la Torah, Ve'éleh chemot. Comment se fait-il ? Pour le comprendre, essayons de définir le premier livre et le deuxième livre, et de voir la différence entre les deux.

Le premier livre, Béréchit, parle de nos pères, Avraham, Yitzhak et Yaakov, et raconte leur histoire. Or, ce qui caractérise l'histoire de nos pères, des patriarches, c'est qu'ils vivent dans un monde de promesses. On leur promet une terre, la terre d'Israël, et une descendance nombreuse. Donc, le premier livre est le livre de la promesse. Le deuxième livre,

est le livre des enfants, c'est le livre où commence déjà la réalisation de la promesse. Chemot, voici le nom des enfants d'Israël. On n'est plus à la période des pères, la période où l'on promet sans tenir, mais on parle cette fois des enfants, ceux qui vont vivre un début, en tout cas, de réalisation. D'abord au niveau de la promesse concernant le peuple, le grand peuple, les descendants nombreux. En effet, on y est largement, puisque dès le départ, le livre nous raconte que les enfants d'Israël sont multipliés énormément.

Ils deviennent réellement un véritable peuple, comme Pharaon les appelle d'ailleurs dès le début du deuxième livre. Au niveau de la deuxième promesse, celle de l'État d'Israël, il est vrai que même à la fin du livre, on ne les trouve pas encore sur l'État d'Israël, mais ils ont déjà pris le chemin, et on sent que ça va arriver d'une manière ou d'une autre. Donc, le deuxième livre est le livre de la réalisation. Et c'est la raison pour laquelle il fallait commencer par un vav, par ce crochet qui est là pour raccorder les deux livres, celui de la promesse avec celui de la réalisation.

Il y a deux sortes de gens, également dans le peuple juif. Il y a ceux qui vivent dans le monde de la promesse, et ils se complaisent tellement dans ce monde qu'ils voudraient continuer à vivre indéfiniment dans ce monde-là. Cette promesse donne finalement un sens à leur vie. Ils attendent quelque chose. Leur vie a un sens parce qu'ils attendent. Et tellement qu'ils ont un petit peu peur de la réalisation. Ils ont peur d'être déçus,

que le jour où les choses qu'ils attendent arriveront réellement, le fossé entre ce qu'ils imaginaient et ce qui arrive soit tellement grand qu'ils se disent: il vaut peut-être mieux continuer à attendre et repousser le moment de la réalisation de la promesse. Et à côté de ça, vous avez d'autres qui vivent au contraire la réalisation, mais la vivent tellement qu'ils en oublient qu'elle n'a de sens que parce qu'elle vient justement réaliser une promesse qui l'a précédée. L'histoire ne commence pas avec ceux qui réalisent la promesse,

mais avec la promesse qui a précédé cette réalisation. Or, il existe à l'intérieur du peuple juif également des hommes qui pensent que l'histoire commence avec eux et qui oublient qu'ils ne sont que le dernier maillon d'une grande chaîne qui les lie jusqu'au Père. Et c'est pour éviter ces deux écueils, ces deux obstacles, que le deuxième livre de la Torah commence par le « et », par le vav.

Vivez le monde de la réalisation, mais en vous souvenant toujours qu'il s'agit en fait de réaliser une promesse qui existe depuis très longtemps. Rappelez-vous la promesse, mais n'ayez pas peur, ne soyez pas frileux, et n'ayez pas peur de vous jeter de plein pied dans la réalisation lorsque l'occasion se présente. Ça fait maintenant près de cent ans, peut-être un peu plus même, que le peuple juif vit la réalisation des grandes prophéties bibliques: le grand retour des exilés, la création, le développement du pays, le refleurissement du désert, etc.

Et il faut savoir que lorsqu'on se donne à plein dans la réalisation, il faut le faire sans aucune restriction, mais en se souvenant toujours que l'histoire ne commence pas avec nous. Nous sommes ici pour réaliser la promesse qui avait été donnée il y a si longtemps à nos pères.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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