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Les quatre enfants de la Haggada, lus comme un seul enfant

Rav Kling propose de voir dans les quatre fils un même enfant à différents stades de sa croissance, puis rattache la Haggada à l'appartenance au peuple.

1 h 16

Rav Élie Kling

Ensuite : Pourquoi la question du fils qui s'exclut est-elle lue comme un rachat ?, 1 h 15

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Qui a écrit la Haggadah de Pessah ? Pour ce genre de question, il faut toujours répondre la même chose: nos sages. Vous ne risquez pas de vous tromper. On ne précise ni lequel, ni à quelle époque. La Haggadah de Pessah est certainement la seule mitsva positive du soir de Pessah qui subsiste aujourd'hui et qui, d'après tout le monde, est une obligation de la Torah.

Le problème avec les mitsvot positives du soir du Séder, c'est qu'à l'époque du Beit Hamikdash il y en avait beaucoup. Il y avait le Korban Pessa'h, qu'il fallait consommer le soir du Séder, d'accord ? Et il y avait la matsa et le maror. Vous allez me dire que la matsa et le maror, on en mange encore cette année, depuis que le Beit Hamikdash est détruit. C'est vrai. Mais certains pensent, pas tous, que puisque la Torah dit qu'il fallait manger ensemble le Pessa'h, la matsa et le maror, et qu'il n'y a plus de Korban Pessa'h, peut-être qu'il n'y a plus non plus de matsa et de maror. La vérité, il y a une discussion pour savoir si c'est une obligation de la Torah ou non. Disons que c'en est une. Mais en tout cas, d'après tout le monde, l'obligation qui reste encore aujourd'hui, chaque année, c'est la Haggadah.

Que dit le verset ? Ve'igadeta levinkha bayom hahou lémor: le jour anniversaire de la sortie d'Égypte, il y a une obligation de transmettre à nos enfants l'histoire de la sortie d'Égypte, comme nos parents l'ont fait pour nous. Et nous, nous devons le faire pour eux. Quelle que soit ta profession, que tu sois avocat, informaticien ou cordonnier, le soir du Séder tu te transformes en enseignant et tu dois enseigner à tes enfants ce qui s'est passé à l'époque, quand nous sommes sortis d'Égypte.

C'est dingue à quel point on est fidèle à tout cela, puisque ça dure depuis si longtemps. Et il y a quelque chose qui m'a toujours épaté. Chaque année, en Israël, on publie le hit-parade des mitsvot, c'est-à-dire les mitsvot les plus populaires. Et la première, chaque année, c'est le Séder de Pessah. Avant Kippour, avant la brit mila, la mitsva la plus populaire, c'est que les gens s'asseyent autour de la table, en famille, et lisent la Haggadah.

C'est curieux, quand même. Pourquoi je dis que c'est curieux ? Parce que, quand on réfléchit un peu, cette histoire de Haggadah n'est pas vraiment dans l'air du temps. Il y a plusieurs choses qui vont à l'encontre de ce que nous vivons dans ce monde qu'on appelle aujourd'hui le postmodernisme. Par exemple…

Dans le postmodernisme, il y a plusieurs récits. L'histoire n'est plus une science: chacun raconte l'histoire de son point de vue, et ça vaut ce que ça vaut. Moi j'ai mon récit à moi. Il n'y a plus de réalité, en somme. Toi, tu racontes l'histoire comme ça; moi je l'ai vécue autrement, et tout se vaut. C'est pour cela qu'il y a tant de gens qui remettent en question des choses qui nous semblaient évidentes, y compris des événements historiques.

Alors que, dans le Séder, il n'y a qu'un seul récit: celui des Hébreux. Vous n'avez jamais vu dans la Haggadah quelqu'un qui demande, au milieu de la lecture: comment se fait-il que la pauvre mère égyptienne, qui a perdu son premier-né, ait dû pleurer dans son coin, alors qu'il était innocent ? On n'en parle pas. On ne raconte que d'un côté. Ce n'est pas très politiquement correct. Normalement, on est censé apporter les deux manières de voir les choses.

Donc, premièrement, il n'y a qu'un seul récit. Deuxièmement, ce sont les bons qui gagnent: il y a les bons et les méchants, et ce sont les bons qui l'emportent. Troisièmement, c'est un récit très national. Évidemment, la sortie d'Égypte, c'est le peuple qui se constitue à ce moment-là, pas l'individu. Vous n'avez jamais vu un juif sortir d'Égypte tout seul. Tout le peuple est sorti en même temps. C'est donc une fête qui met l'accent sur la nation, et non sur l'individu.

Là encore, ce n'est pas très dans l'air du temps. Aujourd'hui, on a plutôt tendance à mettre l'individu au centre. Qu'est-ce que tu veux faire dans la vie ? Fais ce qui te remplit le plus, ce qui t'épanouit le plus. C'est l'individu qui compte aujourd'hui. Voilà donc une fête où l'essentiel, c'est la nation. Et enfin, c'est une fête familiale.

Je ne vais pas vous brosser un grand tableau de ce qui arrive aujourd'hui au concept de famille. Mais cela fait déjà quelques dizaines d'années que la famille, en tant qu'institution, est attaquée de tous les côtés, et qu'il devient difficile de trouver une famille normative, comme il y en avait à l'époque, avec un père, une mère et des enfants. Il faut se lever de bon matin pour cela. Aujourd'hui, si l'on se marie… Parce que la plupart, en plus, ne voient pas pour qui se marier, etc.

Or Pessah, c'est d'abord une fête familiale. C'est une fête où la nation est ensemble. C'est une fête où il y a un seul récit, où les bons gagnent et les méchants perdent. Tout cela est fait pour déplaire, si vous voulez, à l'homme moderne ou postmoderne. Et pourtant, c'est la mitsva la plus populaire, celle qui est le mieux appliquée.

Je ne sais pas pourquoi. Peut-être justement à cause de cela. Peut-être que les gens ressentent le besoin, alors que tout vacille un peu, de s'accrocher à des valeurs sûres, qui ont fait leurs preuves. Et Ki yotsa, c'est possible. En tout cas, c'est une réalité.

Cette mitsva de raconter la sortie d'Égypte chaque année, le jour anniversaire, existe depuis plus de 3000 ans. C'est une chose qui existait déjà la première année de la sortie d'Égypte. Dans le texte, au moment de la sortie, il est écrit Ve'igadeta levinkha par un jadbo au moment de la sortie. « Ve'igadeta levinkha » à Yerouma ou les morts. Chaque anniversaire, tu dois raconter. Je suppose donc que les Hébreux, dans le désert, l'année suivante, se sont assis en rond par famille dans leur campement et ont raconté l'événement qu'ils avaient eux-mêmes vécu.

Au fur et à mesure que le temps passait, il y avait déjà une ossature, si vous voulez, du Séder. Ce n'était pas exactement la Haggadah que nous avons sous les yeux, car il s'est évidemment ajouté des choses avec le temps. Prenez par exemple l'histoire de ces cinq tanaïm qui se retrouvent à Bné Brak. Je suppose qu'elle n'a pas été racontée la deuxième, la troisième ou la treizième année de la sortie d'Égypte: ces gens-là n'existaient pas encore. Mais malgré tout, il y avait une ossature. Par exemple, cette idée que si tu ne dis pas ces trois éléments fondamentaux, c'est comme si tu n'avais pas fait le Séder.

D'accord ? Il faut faire attention, il ne faut pas dormir à ce moment-là. Vous pouvez dormir avant, vous pouvez dormir après, mais là, quand on dit ces choses, il faut être présent, parce que sinon vous n'avez rien fait. *Pessa'h, matsa, …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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