Kapara ou tahara : pardon collectif et purification personnelle à Kippour
Pourquoi la Techouva d'Israël obtient le pardon, mais seule la démarche personnelle purifie vraiment.
Rav Élie Kling
Ensuite : Le bouc de Kippour pardonne-t-il sans téchouva ?, 1 h 11
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom à tous. À Kippour, et à Roch Hachana aussi, mais surtout à Kippour, on comparaît devant le tribunal suprême, en espérant que le jugement se termine bien. On l'espère, mais on n'en est pas sûr. La question qu'il faut se poser est: qui comparaît exactement devant le juge suprême le jour de Kippour ? Est-ce vous et moi en tant qu'individus, ou bien le peuple d'Israël dans son ensemble ?
Si l'on regarde les textes des prières de Kippour, on s'aperçoit que les deux sont présents: on essaie les deux. On essaie de venir en tant que membre du peuple d'Israël, et on essaie aussi de faire notre petit heshbon hanefesh personnel, c'est-à-dire notre examen de conscience en tant qu'individu. Laquelle des deux directions a le plus de chances d'aboutir ? Évidemment…
C'est lorsque je parle en tant que membre du peuple juif que j'ai plus de chances d'aboutir, vous comprenez ? Si je viens en tant que moi, Eli Kling, et que je dis à Dieu: pardonne mes fautes que j'ai faites pendant l'année, qu'est-ce qui va se passer dans le grand ordinateur céleste ? Dès que je commence à prier en tant que moi-même, tout de suite, dans le grand ordinateur, ma fiche sort, et là-bas il y a écrit Eli Kling. Et là, imaginez le bon Dieu lui-même qui prend la fiche et qui dit: « Eliyahu, Eliyahu Kling. » Ok.
Alors d'abord, à Kippour de l'année passée, dès que Kippour était terminé, on a prié la prière habituelle du soir, la prière du lendemain de Kippour. Et là, tu n'as pas eu la ferveur nécessaire. Tu as pensé à ton repas, et tu n'as pas pensé à ce que tu étais en train de dire. Ça commence mal. Ton année passée, et après, voilà ce que tu as fait: d'abord, tu n'as pas commencé à construire la soukka, alors que, normalement, dès que Kippour pourrait se terminer, on devrait commencer
à construire la soukka. Et toi, tu as attendu, flemmard, le lendemain pour commencer à la construire. Et etc., etc., etc. Ça n'en finit plus ! La fiche est énorme ! Alors, évidemment, à la fin, le bon Dieu te dit: « Mais qui tu es, toi, mon cher Eli, pour oser me demander à moi de te pardonner ? Tu devrais avoir honte d'oser venir et de me demander d'intercéder en ta faveur. »
Tu t'es regardé… Oui, mais ça, c'est si je viens en tant qu'individu. Si je viens en tant que membre du peuple juif, ah, là, c'est autre chose. J'ai plein de choses à dire à ce moment-là, parce que le peuple juif a beaucoup souffert cette année. Moi, personnellement, non. Mais le peuple juif a beaucoup souffert. Il y a eu des gens blessés, il y a eu un problème économique en Israël, il y a eu des manifestations, des contre-manifestations, les gens ne se sont pas tellement appréciés les uns les autres, vous voyez. Donc la crise est tellement grave: pardonne-leur, on ne va pas ajouter des problèmes aux problèmes déjà existants. Et puis c'est un peuple qui a tellement souffert depuis des générations. Moi, personnellement, non.
Moi, je suis né à une période où, au niveau de l'antisémitisme, je vais vous dire: je suis né ou trop tôt ou trop tard. Tant mieux, remarquez. Si j'étais né un peu plus tôt, je n'y aurais pas échappé, et si j'étais né un peu plus tard, je ne vais pas y penser non plus. Mais je suis né dans une bonne période. J'ai vécu en France, il n'y avait pas du tout de problèmes d'antisémitisme au moment où j'y ai vécu, jusqu'à ce que je monte en Israël. Je suis monté à la bonne période. Après, ça a commencé à pourrir un petit peu… Enfin bon. En tout cas, en tant qu'individu, je ne peux pas me réclamer de l'antisémitisme. Je ne peux pas dire que le peuple a beaucoup souffert et avoir pitié de moi.
Parce que toi, tu n'as pas souffert, mon pauvre ami. Par contre, si je viens en tant que membre du peuple juif, alors là, je peux y aller: l'Inquisition, la Shoah, la destruction du Temple. Et en plus, il y a le mérite de nos pères. Quoi, de ton père Kling ? Non, pas de mon père: de nos pères, les patriarches, Avraham, Yitzhak et Yaakov. Avraham, on lui a demandé de sacrifier son fils, et il l'a fait.
Et qu'est-ce qu'on a ainsi, sur le sacrifice d'Yitzhak, à Roch Hachana et à Kippour ? Vous voyez qu'on a beaucoup plus de chances, finalement, si l'on prend l'option collective, que si l'on prend l'option individuelle. Alors vous allez me dire: si on a tellement de chances avec l'option collective, pourquoi essaie-t-on également le côté individuel ? Pour deux raisons. D'abord, parce qu'on ne sait jamais. Si Israël a fait tellement de fautes cette année, tellement de problèmes au niveau moral, éthique, en tant qu'Israël, en tant que peuple, et Ve-Khilou lakhem, alors peut-être que le peuple ne sera pas pardonné. Si le peuple n'est pas pardonné, moi qui fais partie du peuple, je ne suis pas pardonné non plus, vous voyez. Donc on ne sait jamais. Il vaut mieux essayer aussi l'autre option, l'option personnelle, même si elle est plus compliquée. Ça, c'est la première raison.
Puis il y a une deuxième raison: la techouva personnelle va beaucoup plus loin que la techouva collective. La techouva collective peut, à la rigueur, annuler les dettes que nous avons parce que nous avons fait des fautes. Oui, chaque faute a une dette. Vous avez fait quelque chose, vous êtes obligés de rembourser d'une manière ou d'une autre, soit dans ce monde-ci, soit dans le monde futur. Il y a une justice dans ce monde: les actes ne sont pas gratuits. Bien. Alors, quand tu fais ta techouva en tant que collectivité, si ça marche, on efface le prix que tu dois payer, les dettes sont effacées. Mais il reste quand même, dans le fameux ordinateur dont on a parlé tout à l'heure, la ligne: Eli Kling, ce jour-là, a fait telle faute. Combien doit-il payer ? Zéro, parce que la techouva a marché et qu'on lui a effacé la faute. Mais la ligne est quand même là.
C'est-à-dire que la techouva collective peut amener jusqu'à ce qu'on appelle en hébreu la kapara: on remet les compteurs à zéro. Mais il y a un autre aspect de la faute. La faute ne fait pas seulement qu'elle t'endette vis-à-vis de Dieu ou vis-à-vis des hommes: la faute te dégoûte également. Une fois que tu as fauté, parce que tu as succombé à ta tentation, tu sais que tu n'aurais pas dû. Tu as du mal à te regarder dans la glace, tu as l'impression d'être souillé. « Ça ne me ressemble pas, je n'aurais pas dû. » Et ce que tu aimerais, alors, c'est te sentir purifié à Kippour. Pas seulement pardonné, mais purifié. On appelle ça en hébreu la tahara. Ki ba-yom ha-zeh yekhapper alekhem le-taher etkhem: on …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
Dans la même série
Jugement, bouc émissaire, kappara et techouva individuelle ou collective.
- 1
Les pieds de vache et l'affaire de Rami de SouraLe Talmud de Roch Hachana (Roch Hachana traité) : lait et viande, la question des pieds de vache, et la dispense du talit emprunté. - 2
Le krâle, Rami bar Tamari et le respect des parentsUne histoire du Talmud (Khoulin) : pourquoi un tribunal ne juge pas une mitsva dont la récompense est écrite dans la Torah. - 3
Le jugement de Kippour : téchouva individuelle ou collective ?Pourquoi la téchouva personnelle est plus exigeante, et comment la rendre réelle chaque année. - 4
Kippour, la techouva collective et la techouva individuellePourquoi le peuple demande la kapparah ensemble, et pourquoi la tahara passe par un travail personnel. - 5
Kapara ou tahara : pardon collectif et purification personnelle à KippourPourquoi la Techouva d'Israël obtient le pardon, mais seule la démarche personnelle purifie vraiment. - 6
Le bouc de Kippour pardonne-t-il sans téchouva ?Maïmonide, le Rav Soloveitchik et la différence entre kapara et réparation complète des fautes. - 7
Le bouc de Kippour : kappara, tahara et téchouvaLe rôle du saïr, la confession (vidouï) et la chaîne qui mène du pardon à la pureté le jour de Kippour. - 8
Le bouc émissaire et la techouva selon le RambamPourquoi le Rambam pose la techouva comme une affaire de l'esprit, et ce que le bouc du Kippour expie pour tout Israël.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav