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Le krâle, Rami bar Tamari et le respect des parents

Une histoire du Talmud (Khoulin) : pourquoi un tribunal ne juge pas une mitsva dont la récompense est écrite dans la Torah.

1 h 24

Rav Élie Kling

Ensuite : Le jugement de Kippour : téchouva individuelle ou collective ?, 2 h 02

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Alors voilà, j'ai choisi, pour de vous parler à l'approche de Kippour, de vous parler du kraal. Le kraal, en araméen, ça veut dire les pieds de la vache. Je sais que c'est un sujet qui vous passionne, les pieds de la vache, et que certainement vous êtes tous en train de vous poser la question: qu'est-ce qui se passe avec les pieds de vache ? Sont-ils abattus, consommés ? Sont-ils cachères ou ne sont-ils pas cachères ? Avouez que c'est bien ça qui vous tracasse aujourd'hui et qu'il n'y a pas de problème plus urgent que celui-là.

Eh bien, sachez que ce problème a été traité dans le Talmud, dans la Guemara, c'est-à-dire dans le traité qui parle des problèmes de cacherout. Ce traité s'appelle Houlin. C'est en effet dans Houlin qu'on parle des pieds de la vache, pour savoir si c'est cachère ou pas. À votre avis, pourquoi les pieds de la vache ne seraient-ils pas cachères ? Je vous pose la question pour voir si ça mouline les réponses. Y a-t-il quelqu'un qui a une idée ? Pourquoi les pieds de la vache seraient-ils pas cachères ? Non, personne ?

Mais parce que les pieds de la vache contiennent du lait, et que le pied de la vache, c'est de la viande. Donc… Il parle, il parle, Rav. Il essaie de répondre. Laissez-lui du temps. Ils ont quelqu'un qui essaie de répondre. Ah bon ? Je n'ai pas suivi, je n'ai pas saisi. Ouais. Et qu'est-ce qu'il disait ? Il disait des choses intéressantes ? Sûrement. Sûrement. Bon, enfin bref, en tout cas, le pied de la vache pose certaines problématiques. Vous comprenez bien qu'on ne va pas passer la soirée à parler des pieds de vache, mais c'est juste pour introduire la page talmudique qui concerne Kippour, en fait.

Alors, pour comprendre le petit passage talmudique qu'on va lire ensemble, il faut que je vous dise que le problème de la cacherout des pieds de vache était disputé entre deux grandes écoles, entre deux grandes académies talmudiques de Babylone, de Babel. Il y avait la grande école, la grande yeshiva de Pompédita, et la grande yeshiva de Soura.

Soura et Pompédita sont deux grands centres juifs de l'époque. Les deux étaient situés en Babylonie, mais évidemment, comme chaque fois qu'il y a deux centres juifs, ils n'étaient pas d'accord sur un certain nombre de choses, et notamment sur ce problème crucial des pieds de vache: en mange-t-on ou n'en mange-t-on pas ? Figurez-vous qu'à Soura, on n'en mangeait pas. On pensait que c'était de la viande et du lait en même temps, et que ça ne se faisait pas. À Pompédita, par contre, on en mangeait.

Alors, pour ceux qui sont un peu hébraïsants, c'est ce que vous avez noté sur votre feuille de mekoroth, sur vos sources. Je vais essayer de vous le souligner, si j'y arrive. Est-ce que j'y arrive peut-être ? On va voir. Non, je n'y arrive pas beaucoup, mais ce n'est pas grave. En tout cas, c'est sur la première ligne, le quatrième mot. Bessoura, lo achlé kraa, c'est-à-dire: à Soura, on ne mangeait pas de kraal. Tandis qu'à Pompédita, achlé kraa, à Pompédita, on en mangeait. Voilà. Donc à Pompédita, on en mangeait. Mais il faut savoir que, si on mangeait du kraal, donc des pieds de vache, on ne le prenait pas n'importe comment: on le grillait. On n'avait pas le droit de le manger en le faisant cuire, comme on fait cuire la viande. Il fallait le griller, à la flamme.

C'est un peu comme pour le foie, qui pose un problème équivalent: le foie, c'est finalement du sang, et le sang est interdit à la consommation. Quand on permet de consommer le foie, c'est seulement en le grillant, et non pas en le cuisant. La même chose à Pompédita: on s'autorisait à manger des pieds de vache, à condition qu'ils soient grillés.

Ceci étant posé, voici l'histoire que le Talmud nous raconte au sujet de cette affaire de pieds de vache. Un homme s'appelait Rami bar Tamari. Rami, c'est son prénom; Tamari, c'est le nom de son père. Tamar veut dire la datte. Il s'appelait donc Rami, le fils du dattier. Certains d'ailleurs n'étaient pas sûrs que son père s'appelait Tamari; il y en a qui pensent qu'il s'appelait Dikoulé. Dikoulé, c'est la différence entre Dekel et Tamar, et vous comprenez pourquoi il y a eu une confusion. Tamar, c'est la datte, et Dekel, c'est justement le palmier. Mais c'est une histoire qui s'est passée un peu trop en amont: on ne sait plus très bien si le père de Rami s'appelait Tamari ou Dikoulé, c'est-à-dire le dattier ou la datte. Entre nous, franchement, ce n'est pas fondamentalement important. En tout cas, ce Rami, comme son prénom l'indique, était un Pompédites, figurez-vous: il habitait à Pompédita.

Un jour, il a voyagé, il est arrivé à Soura. Imaginez la scène: le type vient de Pompédita, où on a le droit de manger du kraal, et il arrive à Soura, où on n'en a pas le droit. Or, cette affaire se passe béma'alei yoma de Kippourei, la veille de Kippour. J'espère que vous arrivez à suivre avec moi sur le texte. À l'époque, quand on voyageait, ce n'était pas comme aujourd'hui, on n'arrivait pas en deux heures. Je suppose que le voyage lui a pris quelques jours, mais il est arrivé juste la veille de Kippour, à Soura.

Or, ce brave Rami, fils du dattier, ou fils du palmier, s'est aperçu que askinhou kouli alma, que tout le monde sortait ses kraalin, c'est-à-dire ses pieds de vache, de la maison. Tout le monde sortait le kraal.

Et qu'est-ce qu'ils en faisaient ? Ils les jetaient. Ils avaient une coutume à Soura: comme on n'avait pas le droit de consommer du kraal, on prenait les pieds de vache qu'on avait à la maison. À l'époque, il n'y avait pas de frigo; on apportait la viande sur la place publique, chacun prenait les morceaux qu'il devait prendre, et les morceaux qu'on ne devait pas manger, on les gardait le temps nécessaire avant de les jeter. Donc la veille de Kippour, ils avaient coutume de prendre tous ces kraalin, c'est-à-dire tous ces pieds de vache, et de les jeter.

Où les jetait-on, à l'époque ? Il n'y avait pas de poubelle à côté de la maison. On devait sortir de la ville et aller à la décharge municipale, et c'est là qu'on jetait toutes les ordures ménagères. Rami, qui se trouvait sur la grande place centrale de Soura, voit que les gens sortent avec des charrettes, et que dans les charrettes ou les brouettes il y a des pieds de vache qui ont l'air très appétissants. Il les suit, parce qu'il se dit: la veille de Kippour, c'est une bonne occasion de se faire un petit repas juste avant de commencer le jeûne. Ce qu'on appelle chez nous la seouda mafseket, le repas juste avant le jeûne. Il se dit: ça tombe bien, je n'ai pas mangé grand-chose, on va aller manger.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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