Le péché comme écran face à la connaissance selon le Rav Kook
Comment la faute, morale ou non, obstrue la lumière de la connaissance et de la techouva.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Techouva, réflexion et création littéraire selon Orot, 46 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Très bien. Nous sommes donc dans le chapitre Youd, au paragraphe Hé, et il est question ici, dans les quelques passages que nous allons lire, qui sont d'ailleurs assez longs, des écrans que forment les péchés par rapport à la connaissance. On retrouve souvent cette idée chez le Rav Kook et dans le judaïsme en général: il existe un lien direct entre la moralité et la sagesse, et on ne peut pas être à la fois sage et immoral. L'immoralité, et plus généralement tout péché, toute faute, toute imperfection, constituent donc un écran supplémentaire par rapport à la connaissance. Il existe toutes sortes de connaissances, en particulier la connaissance de Dieu, et plus profondément la connaissance des secrets de la Torah liés à la connaissance de Dieu. Tout cela est entravé par les péchés.
Le Rav Kook va nous parler ici, tout d'abord, des écrans que forment les péchés par rapport à la connaissance en général, et ensuite il entrera dans les profondeurs de la Torah et de la connaissance de Dieu, qui sont impossibles à celui qui est dans le péché.
Nous passons donc au paragraphe Hé. Kama, c'est un peu plus bas. Voilà, très bien. Combien les péchés rendent opaque la connaissance…
Tamtam, cela veut dire fermé; le terme tumtum désigne celui qui est fermé. Il y a donc une fermeture que font les péchés, que ce soit la connaissance, la faculté, la sagesse de l'individu, ou la sagesse du public, de la génération tout entière, de toute l'époque. Ce que nous dit ici le Rav Kook, c'est que lorsqu'on commet un péché particulier, lorsqu'il y a une chute morale, cette chute ne concerne pas simplement une partie de la personne, mais implique la chute de l'ensemble de ses facultés. Par exemple, s'il y a aujourd'hui une mécompréhension par rapport à la nature de la sexualité, cela implique une chute de l'ensemble des valeurs humaines, et pas seulement au niveau sexuel. C'est un exemple que je prends parce qu'il est actuel, et nous allons le voir dans le texte.
Lorsque la chute est entraînée par une conception de la vie qui attache l'homme en opposition avec le souffle supérieur, qui le met en opposition avec l'esprit supérieur qui rayonne sur lui, qui le met en opposition avec la parole de Dieu, qui lui arrive de toutes les origines, que ce soit de la Torah, de l'émouna, de la tradition ancestrale, de l'accord de la société et de la droiture intérieure.
Vous voyez ici que le Rav Kook nous dit: pour rencontrer la lumière supérieure, nous avons plusieurs canaux. Nous avons la Torah, l'émouna, la tradition, l'accord de la société et la droiture intérieure. Quand on va contre tout cela, on voit également les dérivés de cette opposition dans tout ce qui agit, dans tout ce qui est vivant et dans tout ce qui est spirituel dans le monde entier, dans tout ce qui est lié aux lois du ciel et de la terre, dans tout ce qu'elles ont de plus fondamental.
Mais lorsque cette conception entraîne l'homme à être piétiné par la partie la plus aveugle qu'il a en lui, lorsqu'il est entraîné par ses faiblesses au point de ne pas pouvoir les dominer, jusqu'à acquérir la vigueur qui permet de s'attacher à la vie de manière organisée, avec son exigence de plénitude, cette exigence qui éloigne l'homme du péché et le redresse, de sorte qu'il est droit comme Dieu l'a créé…
Essayons de résumer un peu ce que nous venons de dire. Lorsqu'il y a une conception du monde qui entraîne le péché, il ne s'agit pas simplement d'un péché yetser hara occasionnel, mais d'un péché qui vient d'une conception du monde qui s'oppose à tout ce que nous dit la Torah, à tout ce que nous dit la droiture traditionnelle, à tout ce que nous dit la droiture intérieure, à tout ce qui empêche l'accord entre l'homme et les lois du cosmos, aussi bien céleste que terrestre. Il s'agit donc ici du péché entraîné par une conception du monde. C'est ce que dit le Rav Kook, à nouveau, dans Orot HaTechouva.
Dans ce cas-là, ce n'est pas simplement une partie des facultés qui forment la personne qui est tombée et qui a chuté. Ce n'est pas une volonté temporaire qui s'est affaiblie, ainsi que son esprit dans son essence et dans sa valeur.
On pourrait dire que l'intelligence, la lumière de vie, reste entière, et que seule une partie a été entamée par le péché. Ce n'est pas cela: tout son aspect a changé. Il y a donc ici, chez le Rav Kook, une différence entre le péché entraîné par une action momentanée, par des penchants, par le yetser qui a envahi la personne, et le cas où le yetser est légitimé. Quand il est légitimé, il est porté par une conception du monde, par une idéologie. Et lorsque c'est porté par une idéologie, cela entraîne également une chute de l'ensemble de la personne, qui s'unifie dans la profondeur de l'être et de l'âme avec toutes les forces de la vie, et qui est tissée avec l'ordre moral, spirituel et pratique de tout ce qui l'entoure.
C'est la puissance de la conception de vie, là où l'âme puise le sang qui la vivifie.
Ce n'est que par la purification et la techouva que peuvent revenir et se révéler la lumière de la vie, la lumière et la vie. C'est pour cela que la techouva est le fondement de la civilisation humaine que l'on recherche tant.
On peut se dire ici que le Rav Kook prévoit, de manière quasi prophétique, les idéologies déconstructionnistes ou post-modernes, qui affirment en fait que toutes les valeurs sont à remettre en question, parce que les valeurs n'ont pas de valeur: elles ne seraient que le fruit de ce qu'on appelle un « narratif ». Chacun a son narratif, et il n'y a pas de légitimité plus grande à un narratif qu'à un autre. Cette idée, absolument destructrice de toute valeur, est aujourd'hui dominante dans l'idéologie actuelle. Le professeur Shmuel Trigano
a d'ailleurs écrit un très beau livre là-dessus, La nouvelle idéologie dominante, dans lequel il explique que cette remise en question n'est pas du tout naïve, qu'elle n'est pas simplement une interrogation philosophique, légitime en soi, on peut se poser des questions. Le problème, c'est quelle démarche cela décèle: il y a une démarche de destruction des fondements de la morale, des fondements de la pensée. Le péché que cela entraîne n'est donc pas un péché local, c'est une chute générale de la stature humaine.
Cela doit mener à une transformation de la société dans un sens positif, et c'est la techouva. Ce n'est pas la techouva individuelle de tel ou tel péché, c'est une techouva collective de l'ensemble de la civilisation, qui doit retrouver ses repères. Les repères sont perdus. On voit que le Rav Kook en parle déjà à l'avance, c'est très intéressant. Il est probable que, déjà de son temps, ce genre de remise en question commençait à pointer. On peut le voir dans la philosophie phénoménologique de son époque, bien que je ne sache pas si le Rav Kook a …
Cours de la chaîne YouTube d'Orot veKelim
Dans la même série
Étude suivie des Orot HaTechouva du Rav Kook.
- 15
Crainte, désespoir et réparation dans la TechouvaLe Rav Kook montre que l'ébranlement de la Techouva est réparateur, et que la crainte mûrit en confiance. - 16
La volonté, origine de l'être, révélée par la techouvaLe chapitre 9 d'Orot HaTechouva : la techouva comme retour à la volonté originelle, et la distinction entre volonté superficielle et profonde. - 17
Orot HaTechouva, partie 17Comment, dans le repentir, séparer le bien mêlé au mal sans regretter ce qui est bon. - 18
Techouva et Torah : deux efforts qui se complètentLe Rav Kook montre que la Techouva affaiblit la vitalité et que la joie de Souccot la restaure. - 19
Le péché comme écran face à la connaissance selon le Rav KookComment la faute, morale ou non, obstrue la lumière de la connaissance et de la techouva. - 20
Techouva, réflexion et création littéraire selon OrotPourquoi la techouva précède toute pensée limpide, toute littérature et toute création, selon le Rav Kook. - 21
La techouva, mouvement cosmique avant l'hommeLe Rav Kook montre que le retour commence dans la chute de l'être fini vers sa source infinie, avant toute faute humaine. - 22
Le bien des méchants et la techouva selon OrotPourquoi le bien d'un méchant renforce le mal, et ce que la techouva apporte à la vie. - 23
La morale naturelle et la pesanteur du péchéPourquoi la morale naturelle s'épuise sans la Torah, et comment la faute du public alourdit l'élan des justes. - 24
Le passage Vav 1 et la morale universelleLe Rav Kook montre que la grandeur de la création n'exempte pas des petits détails de la vie juive.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav