Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Bamidbar : la peur des explorateurs face à la terre

Pourquoi les explorateurs craignaient d'entrer en Erets Israël, et comment la Shemitah protège contre le vieillissement sur la terre.

8 min

Rav Yoël Benharrouche

Ensuite : Torah et royauté : le sens politique de la terre d'Israël, 7 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom ouvracha ! Dans le cadre de nos cours sur les parachiot de la Torah et les époques que traverse le peuple d'Israël, puisque ce monde est une structure de temps et d'espace, la Torah nous accompagne dans son récit pour nous mettre face à toutes les possibilités que ce monde, que cette création nous offre. En l'occurrence,

le livre dans lequel nous sommes aujourd'hui, le livre de Bamidbar, est un livre qui nous place face à toutes les possibilités de brisure, de chute, de malaise, que le peuple d'Israël peut traverser d'une manière collective, et que l'individu peut traverser d'une manière individuelle, durant sa vie. Ce n'est pas par hasard que ce livre s'appelle « La traversée du désert ». C'est une traversée que nous traversons, au niveau individuel et au niveau du peuple, durant toute notre histoire.

Nous avons dit la dernière fois que l'une des crises les plus essentielles que le peuple d'Israël ait jamais connues était la crise des explorateurs, ces fameux grands personnages du peuple d'Israël qui ont été envoyés, ou qui ont voulu être envoyés, pour aller voir la terre d'Israël avant.

C'est-à-dire qu'il y avait là comme un voyage d'études qui devait permettre l'accès à la terre d'Israël. Et voilà que ces explorateurs sont partis avec une idée première, une idée préalable: ne pas entrer en terre d'Israël. Nous devons comprendre quel était le sens de cette peur. Pourquoi ces fameux grands d'Israël ont-ils eu tellement peur

de l'accès, alors que c'est un ordre de l'Éternel, alors que c'était l'un des passages obligatoires, prévu dans l'histoire du peuple d'Israël dès la sortie d'Égypte, puisque la sortie d'Égypte n'était que pour cela ? C'est l'un des cinq points que Dieu dit à Moché dans son programme de rédemption de la sortie d'Égypte. Ces explorateurs avaient peur de quelque chose, cette chose-là,

je vais vous la dire en hébreu, telle que la Torah elle-même le dit, et nous allons essayer de comprendre. « Lorsque vous arriverez sur la terre d'Israël, tu vas engendrer des enfants, une descendance, et ta descendance elle-même aura une descendance »

Voilà le point. Vous allez vieillir sur la terre, et vous allez faire quelque chose qui est néfaste. Vous allez détruire. Qu'est-ce que cela veut dire ? Les explorateurs avaient peur de quelque chose que les sages nous expliquent dans la Guemara. C'est que lorsque tu t'habitues à une chose, peu importe laquelle, dans ta vie,

tu risques de vieillir dans ton rapport à cette chose-là. Il y avait donc ici une crainte de l'accès à la terre d'Israël, qui apporterait, au conditionnel, une certaine vieillesse, un certain vieillissement dans notre rapport à toutes ces valeurs divines que nous avons dans le désert et que nous risquons de perdre lorsque nous arriverons sur la terre d'Israël.

Les sages nous expliquent donc que les explorateurs avaient tout simplement peur de perdre le degré spirituel auquel ils étaient parvenus dans le désert, dans cette traversée du désert. C'est paradoxal, parce qu'en réalité, l'entrée en terre d'Israël est censée nous élever. Les explorateurs étaient donc dans un système inverse, où ils pensaient que justement le désert permettait cette élévation. Et pourquoi ? Tout simplement parce qu'il n'y a rien

au niveau terrestre auquel s'attacher. Cela veut dire que, dans le désert, il y a quelque chose de rassurant. Dans l'exil, d'une manière extrapolée, il y a quelque chose de rassurant: il n'y a pas de terre, il n'y a pas d'élément terrestre matériel qui nous étouffe, qui pourrait en réalité nous enlever, nous cacher le côté de l'esprit. Et c'est de cela qu'avaient peur les explorateurs.

Cela veut dire que les explorateurs voulaient une sainteté qui soit au-delà de la matière, qui n'ait pas besoin de s'habiller de matière, car la matière fait peur justement: elle étouffe, elle vient apporter un élément contraignant, un élément qui cache la lumière divine. Voilà ce qu'est le vieillissement: la peur de ne pas retrouver une fraîcheur dans la Torah, une fraîcheur dans le service divin.

Bien entendu, c'est l'inverse de la volonté divine. Le Saint, béni soit-Il, lui-même nous demande de venir sur la terre d'Israël. Pourquoi ? Parce que, et c'est là la chose que les explorateurs n'avaient pas comprise, la terre d'Israël ne fonctionne pas comme les autres terres de la planète. Il y a quelque chose de secret, il y a quelque chose d'infini à l'intérieur de ce fini. Si le peuple d'Israël ne sait pas faire la différence

entre sa terre et les autres terres, il risque à chaque époque de retomber dans la même erreur et dans la même faute. Aujourd'hui encore, c'est ça le problème. Il reste toujours chez les juifs de l'exil une certaine peur quant à cet accès à la terre d'Israël, qui serait tellement matériel que l'esprit pourrait disparaître.

Bien entendu, le Saint, béni soit-Il, a prévu quelque chose pour cela. Il nous a donné une terre complètement différente. Et il a prévu que, si jamais, malheureusement, et cela nous est arrivé, nous entrions effectivement dans le degré de la terre, à tel point que la terre nous étouffait, il existe un système de sécurité: la sortie en exil. C'est-à-dire que dès que nous vieillissons sur cette terre,

dès que nous ne sommes pas à la hauteur de ce que cette terre doit générer, il existe un système de sécurité qui consiste à sortir en exil, bien entendu pour revenir. L'exil est donc comme un degré de sécurité qui empêche le peuple d'Israël de vieillir sur sa terre. Quand je dis sortir en exil, ce n'est pas forcément sortir réellement, littéralement, de cette terre pour partir vers une autre. Cela peut se faire en restant sur la terre.

Cela s'appelle la Chemita. La Chemita, c'est un exil de l'homme vis-à-vis de sa terre, un éloignement de l'homme, du peuple, face à sa terre, sans pour autant quitter la terre. C'est un secret extraordinaire que le Saint, béni soit-Il, ne donne qu'au peuple d'Israël sur sa terre. Il n'y a donc aucun risque: il faut venir sur cette terre et ne pas retomber dans cette erreur qui, bien entendu,

contenait quelque chose de vrai, mais qui n'a pas pris en compte la différence entre la terre d'Israël et les autres terres. Cela s'appelle une havdala, une différenciation. Et les sages nous disent: si tu n'as pas de daat, tu ne pourras jamais faire de différence dans ta vie. Je nous souhaite à tous d'avoir un daat qui nous permette de voir la différence essentielle entre la terre d'Israël et les autres terres. Toda raba.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche

Dans la même série

Courts cours sur le désert, l'identité et la Terre d'Israël.

  1. 1
    Bamidbar, le désert comme passage vers soi-même
    Le livre des Nombres comme récit des crises qui jalonnent le chemin vers l'identité et la Terre d'Israël.
    5 min
  2. 2
    Bamidbar : la peur des explorateurs face à la terre
    Pourquoi les explorateurs craignaient d'entrer en Erets Israël, et comment la Shemitah protège contre le vieillissement sur la terre.
    En cours de lecture
  3. 3
    Torah et royauté : le sens politique de la terre d'Israël
    Pourquoi la Torah exige une souveraineté juive sur la terre d'Israël, et ce que dit le Zohar à ce sujet.
    7 min
  4. 4
    Pourquoi la Torah exige la Terre d'Israël
    Le livre de Bamidbar montre que recevoir la Torah ne suffit pas : il faut habiter la terre d'Israël.
    5 min
  5. 5
    Bamidbar, le désert comme trait d'union
    Le livre de Bamidbar relie la sortie d'Égypte à l'entrée en terre d'Israël, et chacun traverse ce désert.
    4 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav