Le Rambam et la finalité de l'homme : la connaissance et la midate hessed
Le Rambam explique que la compréhension perfectionne l'homme et que la bonté vécue de l'intérieur dépasse celle qu'on pratique par simple calcul.
Rav Raphaël Kohane
Ensuite : Le Rambam et les cinq catégories de la loi orale, 53 min
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Chavoua tov, chavoua tov à toutes et à tous. J'espère que vous allez bien. Après ces deux semaines, on a raté une petite fois, et on reprend au prochain cours. Je vais faire un petit résumé de ce qui s'est passé dans les épisodes précédents.
Le Rambam nous parlait de la partie Agada du Talmud, toujours dans son exposé de la transmission de la Torah orale. Dans la Guemara, il y a une partie qui s'appelle l'Agada, c'est-à-dire les histoires, qu'on appelle aussi le Midrash. C'est une partie qui a été un peu délaissée, qui n'a pas été tellement étudiée. Le Rambam nous dit que c'est extrêmement important, que c'est une partie centrale, qui nous enseigne les fondements de la Torah, de la pensée juive, le pourquoi des choses. Il passe beaucoup de temps à nous en convaincre.
Et il finit le paragraphe 5, la Pisqa, en nous disant: je vais te donner un exemple d'un propos, d'une Haggada, donc d'un propos de nos Sages, Hazal, que je cite comme ça, d'une Haggada qui a l'air très bizarre, qu'on ne comprend pas très bien au premier abord. Tu vas voir, je vais t'expliquer la profondeur qu'il y a dans ces propos, pour que tu puisses apprendre des autres Haggadot que tu rencontreras.
Cette Haggada, c'est quoi ? C'est: Ein Hakadoch Baroukh Hou be'olamo ela arba amot shel halakha. C'est-à-dire que le Saint béni soit-Il n'a dans son monde que quatre coudées de halakha. On comprend que c'est extrêmement restrictif. Finalement, si tu veux rencontrer Dieu, c'est seulement par le côté un peu technique des choses. Donc ça a l'air un peu incompréhensible. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Il pose aussi une autre question. Si le Saint béni soit-Il n'a que ça dans son monde, alors avant qu'il y ait la halakha, c'est-à-dire avant le don de la Torah, le Saint béni soit-Il n'avait absolument rien dans son monde. Il dit: d'accord, mais pour que je t'explique la profondeur de cette Haggada, il faut que je te fasse d'abord plusieurs introductions.
Et là, on est dans ces introductions. Ce sont les paragraphes 6 et 7, donc Pisqa 6 et 7. On était au milieu du paragraphe 6. Pour l'instant, dans ce paragraphe, le Rambam pose au tout début un axiome: tout ce qui est créé a forcément un but. Il y a une sagesse divine qui a créé le monde, et cette sagesse n'a pas de faille. Elle a aussi une volonté. Tout ce qui existe a donc forcément un but, de la fourmi jusqu'à l'éléphant, en passant par tous les végétaux.
La question qu'on se pose, c'est quel est le but de l'homme. L'homme est un peu une exception, parce qu'il est plus difficile de voir quel est son but: il fait beaucoup de choses, il a beaucoup de capacités. Le Rambam va fixer que le but de l'homme n'est bien sûr pas son côté corporel, celui qui ne le sépare pas de l'animal. Ce qui va finalement l'aider à s'améliorer, c'est la compréhension, c'est-à-dire le développement de sa partie intellectuelle. C'est le but de l'homme, parce que c'est la seule chose qui le développe, qui le parfait.
Encore une fois, l'homme est une exception. Il n'est pas créé parfait. Il est créé en perfectionnement, il doit s'améliorer. Et ce qui l'améliore, c'est la compréhension. Dans les compréhensions, il y a aussi une hiérarchie. La compréhension qui va le plus l'améliorer, c'est la compréhension de l'unité divine.
Pourquoi ? Parce qu'en réalité, la compréhension élève l'homme en lui faisant comprendre dans quel monde il vit. C'est vrai même dans le monde profane. Grâce aux compréhensions techniques de l'homme, il arrive à mieux gérer le monde. Le fait qu'il comprenne, par exemple, qu'il existe une loi de la gravité, lui permet de construire des bâtiments qui respectent certaines lois physiques pour ne pas tomber.
C'est vrai dans le réel physique, et ça va être vrai aussi dans le réel spirituel. C'est un peu comme si on nous catapultait dans un monde dont on ne connaît pas vraiment les lois. Or, quand on ne connaît pas les lois, on ne peut pas agir en conséquence. Avec nos compréhensions, on va finalement s'élever, dans le sens où on va être plus lié aux réalités physiques et spirituelles qui nous entourent, pour mieux les appréhender et mieux agir en fonction.
La connaissance la plus élevée, c'est finalement la connaissance de l'unité divine. Puisque le Dieu unique a créé un monde à son image, où l'unité doit se révéler, même si on ne la voit pas vraiment, si on arrive à appréhender cette unité dans ce monde où on ne la voit pas tellement, alors on s'est élevé au-dessus de tout. On arrive à comprendre énormément, peut-être même à comprendre le but, par exemple, du mal. Dans le monde, il y a du bien et il y a du mal. On arrive à comprendre le but de chaque chose et à voir l'harmonie de ce monde qui, a priori, sans compréhension de l'unité divine, ne se voit pas du tout.
Voilà ce qu'il dit. Il a dit aussi que, pour appréhender des compréhensions, il faut s'éloigner des plaisirs matériels et corporels, en tout cas ne pas exagérer, c'est-à-dire ne pas être esclave de nos instincts et de nos besoins, manger, dormir, etc., mais les satisfaire de la bonne manière, pour permettre à notre côté plus profond de se dévoiler.
On en était arrivé là, et il nous dit la dernière phrase qu'on avait vue la semaine dernière. On est à la page 32 sur 42, ce qui veut dire qu'on finit bientôt, si Dieu veut. Il disait qu'un homme qui ne fait pas attention à s'éloigner de ses plaisirs corporels n'est pas tellement différent de l'animal. Il en reste alors à la matière, qui va se dégrader comme tout le reste de la matière.
Et il nous dit: voici ce qui s'éclaire de toutes les introductions que je t'ai faites. Quel est le but de ce monde ? C'est un homme sage et bon. Il va alors définir ce qu'est la hokhma, la sagesse, et ce qu'est le bon.
Le bon, c'est celui qui accomplit le bon acte, celui qui agit d'une bonne manière. Qu'est-ce que j'appelle sagesse ? Comprendre des vérités de manière claire, et comprendre tout ce que l'homme peut comprendre. Je pense que c'est une phrase importante, une phrase de modestie, qui nous dit que le but de la sagesse, je crois que c'est aussi ce que dit le Rambam, c'est de savoir qu'on ne sait pas. Quelque chose comme ça.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Savoir quelle est notre limite. Nous sommes limités. L'infini se dévoile à nous par toutes sortes de moyens, et il faut essayer, au maximum, de comprendre ces dévoilements et de les appréhender de la manière la plus claire possible, tout en sachant que ce ne sont que des dévoilements, que c'est par eux qu'Il veut être connu, mais qu'en vérité il y a beaucoup, beaucoup plus à connaître. Nous ne sommes pas capables d'appréhender tout l'infini, forcément. D'où sa formule: tout ce que l'homme peut comprendre, cela, …
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Ce cours fait aussi partie des séries « Introduction au Rambam (Rav Raphaël Kohane, 2020-2021) », « Toutes les vidéos d'Orot veKelim ».
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