Lag Baomer : deux visages de l'héroïsme juif
Le Rav Kook relie la mort des élèves de Rabbi Akiva et les martyrs des croisades pour éclairer le sens de Lag Baomer.
Rav Élie Kling
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## Qu'est-ce qui s'est passé à Lag BaOmer ?
Aujourd'hui, on va parler de Lag BaOmer. Lag BaOmer, c'est très compliqué, même pour quelqu'un qui est dedans, qui connaît un peu le judaïsme, etc. Il sait que Lag BaOmer est une journée particulière, mais si tu lui demandes ce qui s'est passé vraiment à Lag BaOmer, il a plein de réponses qui sont toutes justes, mais toutes différentes les unes des autres.
D'abord, je traduis. Lag BaOmer, c'est le 33e jour de l'Omer. L'Omer, c'est cette période qui s'étend de Pessa'h à Chavouot, de la fête de la libération physique, la sortie d'Égypte, à la fête du don de la Torah, qui se trouve à Chavouot, donc cinquante jours après. Entre les deux événements, qui sont évidemment des événements joyeux, la libération physique et la libération spirituelle, on compte chaque jour, chaque soir: voilà, c'est maintenant le 30e jour de l'Omer, le 48e jour de l'Omer. Et on essaie de rapprocher ces deux événements pour bien montrer que, si on est sorti d'Égypte, ce n'est pas pour faire n'importe quoi. C'est pour arriver à Chavouot, pour recevoir la Torah, c'est pour devenir une nation qui a un certain nombre de valeurs qui ne sont pas les mêmes que celles de l'Égypte. On n'est pas sorti d'Égypte pour refaire une Égypte ailleurs.
Donc on a reçu la Torah cinquante jours après, et les deux événements sont liés l'un à l'autre. C'est le principe du compte de l'Omer que tout le monde connaît. Normalement, cette période est censée être une fête, une période de joie, et même une joie qui va en augmentant. Chaque jour qui passe, on se rapproche du don de la Torah, et on est de plus en plus joyeux. Sauf que, et c'est là que ça commence à être un peu différent, il y a eu un événement pendant cette période-là.
Les 24 000 élèves de Rabbi Akiva, le plus grand des sages de sa génération, sont morts. On ne sait pas trop pourquoi, il y a plusieurs versions. On nous dit dans le Talmud qu'ils sont morts de maguefa, c'est-à-dire d'une sorte de diphtérie, enfin, d'une sorte d'épidémie. Mais il y a une autre version, qui date des Guéonim, et qui parle de la guerre contre Bar Kokhba, qui eut lieu à la même époque, entre 132 et 135. Les élèves de Rabbi Akiva se sont mobilisés, se sont engagés dans la guerre en question, et ils seraient morts sur le champ de bataille.
Que ce soit ça ou ça, cela crée une sorte de deuil, une période un peu endeuillée. Ce qui aurait dû être une période de joie s'est trouvé entaché par cette catastrophe. Il y a donc des choses qu'on ne fait pas: on ne se marie pas, par exemple, etc.
Si vous demandez à quelqu'un: Lag BaOmer, le 33e jour de l'Omer, qu'est-ce qui s'est passé de spécial ? La première réponse, juste: le 33e jour de l'Omer, l'épidémie, ou en tout cas ce qui a fait que les élèves de Rabbi Akiva sont morts, s'est arrêté. Mais ce n'est pas une raison pour faire la fête. Quand vous avez des morts en nombre impressionnant, et que tout d'un coup ils arrêtent de mourir, soit parce que la guerre s'arrête, soit parce que l'épidémie s'arrête, vous les enterrez. Vous n'allez pas commencer à faire la fête, vous les enterrez. Dire qu'ils se sont arrêtés, et que donc on fait la fête à Lag BaOmer, c'est un jour de joie, cela semble un peu bizarre.
Il y a d'autres explications. Qu'est-ce qui s'est passé à Lag BaOmer ? Par exemple, Lag BaOmer, c'est le jour de la hiloula de Rabbi Chimon bar Yochaï. Rabbi Chimon bar Yochaï, ce n'est pas n'importe qui non plus. C'est un élève de Rabbi Akiva, d'accord, donc il appartient à la génération suivante, mais à part ça, c'est également l'auteur présumé du Zohar, c'est-à-dire le grand maître de la Kabbale juive. Or il est mort ce jour-là, et depuis, c'est un jour de fête et de réjouissance. Le peuple se rend d'ailleurs sur sa sépulture, qui se trouve à Méron, en Galilée, et là-bas, le 33e jour de l'Omer, c'est un grand jour de festivités et de joie. D'accord.
Et figurez-vous qu'il y a encore d'autres événements qui se sont produits pendant cette période-là, et qui font qu'on s'y perd un peu avec tous ces éléments. Quel est le troisième événement ? Dans les communautés ashkénazes, pendant la période des croisades. Vous savez que les croisades, ce sont ces guerriers partis d'Angleterre, partis de France, qui sont allés libérer le tombeau de Jésus, qui se trouve évidemment à Jérusalem. Libérer de quoi ? Libérer des musulmans qui s'y trouvaient à ce moment-là.
Les chrétiens vont donc faire la guerre contre les musulmans, mais ils partent d'Europe pour arriver en Palestine, en Erets Israël. Et la vérité, c'est long. À l'époque, il n'y a pas d'avion non plus, donc c'est long. Ces troupes, il faut leur garder le moral, le moral guerrier. Il faut qu'elles aient envie de se battre quand elles arrivent là-bas. Alors, pour se faire la main, figurez-vous, elles ont décidé de massacrer les non-chrétiens qu'elles rencontraient en route, en Europe.
À l'époque, c'est un peu difficile à se rendre compte aujourd'hui, mais il n'y avait pas de musulmans en Europe. Les seuls non-chrétiens qu'ils ont pu rencontrer, c'étaient les juifs. Les communautés juives d'Allemagne, en particulier, ont été victimes de pogroms pendant toute cette période-là. On a les dates exactes: à quel moment il y a eu le pogrom dans telle ville, dans telle autre, à Mayence, à Worms, etc. Et qu'est-ce qu'on s'aperçoit ? Que tous ces massacres ont eu lieu entre Pessa'h et Chavouot, pendant la même période de l'Omer, sauf qu'en général, c'est un peu plus décalé vers après le 33e jour.
Les rabbins ashkénazes se sont dit: c'est tellement dramatique ce qui s'est passé, il faut marquer le coup. Mais on ne va pas rajouter encore des journées de deuil, il y en a déjà beaucoup. Alors ils ont dit: d'accord, de toute façon il y a 33 jours de deuil, simplement on va les décaler un peu, et on va compter 33 jours, mais de manière un peu différente. Ce qui fait que, jusqu'à aujourd'hui, les ashkénazim, en tout cas une partie d'entre eux, ont 33 jours de deuil comme tout le monde, sauf que c'est un peu décalé. Et c'est à cause des martyrs, à cause des gens qui ont été massacrés pendant cette période-là.
Ça aussi, c'est vrai. Je résume. C'est quoi, Lag BaOmer ? C'est un jour de joie qui est dû au fait que les élèves de Rabbi Akiva ont cessé de mourir, et que Rabbi Chimon bar Yochaï, quelque temps après, est décédé ce même jour. Troisièmement, cela fait partie de cette grande période de l'Omer où l'on parle à la fois de la guerre de Bar Kokhba et des persécutions de l'époque des croisades. Y aurait-il un rapport entre tous ces événements qui me permettrait, à moi, de mieux me concentrer le jour de Lag BaOmer, ou pendant …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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