Les morts de Rabbi Akiva et ceux des croisades
Le Rav Kook relie ces deux tragédies de l'Omer par l'intention qui sanctifie le sacrifice, comme enseigne Rabbi Shimon bar Yochaï.
Rav Élie Kling
Ensuite : Lag Baomer, entre Rabbi Akiva et Rabbi Shimon bar Yohaï, 1 h 12
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Salam à tous. Alors, cette période du Omer, finalement, celle qui sépare Pessa'h et Chavouot, il y a trois événements historiques essentiels. Mais est-ce qu'il y a un rapport entre les trois ? C'est quoi les trois événements ? Vous les connaissez. Il y a d'abord le fait que les élèves de Rabbi Akiva sont morts par milliers, et même par dizaines de milliers, dans la période qui dure trente-trois jours. Donc ce n'est pas toute la période entre Pessa'h et Chavouot, mais, enfin, jusqu'au trente-troisième jour du Omer.
Il y a également le trente-troisième jour du Omer lui-même, qui est le jour de la mort de Rabbi Shimon Bar Yochai, à qui on attribue dans l'interdiction du Zohar, en tout cas qui était un grand kabbaliste devant l'Éternel. Vous savez, toute l'histoire de la grotte, etc., que vous connaissez peut-être. Et puis il y a également, mais ça c'est beaucoup plus tardif, nos frères d'origine ashkénaze qui commémorent pendant cette période-là des tragédies qui sont arrivées à ce moment-là, à l'époque des croisés.
Vous savez que les croisés, quand ils sont partis d'Europe pour aller libérer le tombeau de Jésus, en Israël, eh bien ils ont massacré sur leur chemin les communautés juives qu'ils ont trouvées, notamment celles de Worms et de Mayence, en Allemagne, qui étaient de grandes, grandes communautés. Et nous avons les dates exactes, et on sait que c'était dans la période du Omer, mais c'est vrai que c'était plutôt du côté de Chavouot que du côté de Pessa'h. Est-ce qu'il y a un rapport ? Puisqu'il n'y a pas de coïncidence dans le judaïsme, est-ce qu'il y a un rapport entre ces trois événements ? Oui, évidemment, sinon je ne poserais pas la question.
C'est le Rav Kook qui nous donne la clé, comme souvent. Le Rav Kook dit que le sang des morts des élèves de Rabbi Akiva se mêle au sang des morts des croisades dans l'optique des secrets de Rabbi Shimon Bar Yochai. Vous allez me dire, c'est une jolie phrase qui met les trois événements ensemble, mais elle veut dire quoi ? Eh bien, elle veut dire que Rabbi Shimon Bar Yochai, ce qu'il nous a appris, c'est qu'il ne faut pas juger les gestes des gens, mais qu'il faut juger l'intention que le bonhomme avait lorsqu'il a accompli ce qu'il a accompli.
Par exemple, à propos des Romains: des copains à lui lui disaient: « Bon, les Romains, il faut quand même reconnaître que même s'ils ont détruit notre Temple et qu'ils occupent Israël, ils ont quand même participé au développement du pays, les bains thermaux, etc. » Et lui disait: « Oui, d'accord, mais ils ne l'ont pas fait pour les bonnes raisons, donc moi je ne les supporte pas, les Romains. » D'accord ? Qu'est-ce qu'il nous apprend ? Il nous apprend qu'il faut regarder les intentions, et que les intentions, c'est très important.
C'est pour ça que ceux qui suivent son enseignement, avant de faire des mitsvot, prennent souvent le temps de dire dans quelles intentions ils font la mitsva. Eh bien, si tu regardes non pas ce qui se passe, mais que tu essaies de voir les intentions, alors en effet tu peux relier les morts de Rabbi Akiva aux morts des croisés. Parce qu'a priori ce sont des victimes juives, mais qui n'ont pas grand-chose à voir. Les premiers, selon certains en tout cas, sont vraiment morts les armes à la
main. Il s'agit donc des élèves de Rabbi Akiva qui ont participé à la grande bataille de Bar Kokhba contre les Romains, justement. Et ceux-là sont morts en héros, en défendant leur pays, etc. Quant aux morts des croisades, eh bien ils sont morts, ils ont été massacrés. Donc, ils sont vraiment les armes à la main. Et donc a priori, tu pourrais croire que ceux-là sont les héros et que ceux-là ne le sont pas.
Et vient le Rav Kook qui te dit: mais pas du tout. Si tu regardes ce qui se passe derrière, si tu regardes les intentions, tu t'aperçois que finalement, les deux sont morts par Kiddouch Hachem, c'est-à-dire pour la sanctification du don du Dieu. Il n'y a pas un seul héroïsme possible: on peut être un type héroïque en mourant les armes à la main, mais on peut aussi être héroïque en refusant de se convertir et en mourant pour son émouna. Ça, c'est de l'héroïsme. Si tu comprends l'idée de Rabbi Shimon Bar Yochai, qu'il faut garder les intentions pour pouvoir juger d'un acte, alors tu comprends qu'il y a un rapport entre les deux événements, et c'est sans doute ce qui fait le lien.
C'est cette période très particulière du Romain que nous commémorons ces jours-ci.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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