Les raisons du voile des Agadot selon le Rambam
Le Rambam explique pourquoi les enseignements agadiques sont exprimés en images et en histoires, et comment les étudier.
Rav Raphaël Kohane
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
...des histoires qu'il y a dans la Guemara, des métaphores, des allégories, etc. C'est ce qu'on appelle la partie Aggada. Et le Rambam va en profiter pour nous définir très clairement ce que sont les Aggadot. Il nous dit qu'en vérité, elles comprennent de très grands secrets, les plus grands secrets de la Torah: toutes les questions existentielles, les questions essentielles du but de l'homme, de la connaissance de D.ieu, etc. Ces secrets sont contenus dans les Aggadot, mais...
Et c'est là-dessus que le Rambam va nous donner trois raisons pour lesquelles ces Aggadot, si on les regarde extérieurement, donnent l'impression de ne pas vouloir dire grand-chose. Ce sont des exemples qui sont, comme il le dit, loin de la compréhension intellectuelle. On pourrait avoir l'impression que c'est quelque chose de non logique, qui contredit même certains principes de la Torah, comme par exemple de dire que D.ieu met des téphilines, alors qu'un des principes de la Torah, surtout selon le Rambam, c'est que D.ieu n'a pas de corps, etc.
Et donc il va nous dire pourquoi ces Aggadot sont dites de manière allégorique, dans des histoires comme ça. On a vu la semaine dernière deux raisons, que je vais redire maintenant, et on va en voir aujourd'hui encore deux.
Il y a quatre raisons en tout selon le Rambam. La première, il nous dit que c'est pour ce qu'il appelle « les Aggadot rayonnent à l'homme », c'est-à-dire pour enrichir les idées de celui qui les étudie. Lorsqu'on dit les choses de manière, on peut même dire poétique, plus qu'informative, il y a plusieurs degrés de compréhension, plusieurs choses qui sont vraies et qui rentrent dans le même texte. On gagne ici quelque chose: on gagne en qualité, c'est sûr, mais aussi en quantité. Il y a plusieurs commentaires possibles, tous vrais, d'une seule et même histoire, plusieurs degrés de compréhension.
C'est déjà la première chose. C'est un peu le même principe que la Mishna, c'est-à-dire le fait de condenser les choses. Le texte est condensé, et lorsqu'on va l'étudier et réfléchir, on va le décondenser et en faire de multiples compréhensions. Ça, c'est la première raison.
La deuxième raison, c'est que tout le monde n'est pas prêt. Si les Hakhamim avaient dit de manière extrêmement claire ce genre de secret, il aurait pu être mal compris. On aurait pu prendre ces réalités, ces vérités, mais dans un mauvais sens. Il faut apparemment, pour comprendre ce genre de secret, une certaine préparation: une préparation intellectuelle, une préparation morale, une certaine maturité, etc.
Donc si ce n'était pas caché, voilé par des histoires, ça aurait pu être mal compris. Alors que là, finalement, ce n'est pas compris de tout le monde. Il y a certains Hakhamim, on va le voir après, qui ont des clés de compréhension et qui peuvent comprendre ce que les Sages ont voulu dire dans cette histoire. Et puis il y a ceux qui n'ont pas les clés de compréhension et qui se disent finalement qu'il n'y a rien à apprendre là-dedans, mais au moins ils ne font pas de mauvaises déductions.
C'est ça, en fait, la deuxième utilité: au moins, c'est caché à ceux chez qui ça pourrait être mal compris de manière grave. On pourrait faire des contresens totalement à l'inverse de ce que la Torah voudrait nous dire. Donc là, finalement, ça reste comme si ça n'avait pas été écrit. C'est ce qu'il dit ensuite.
Et on va voir maintenant la troisième raison qui est marquée dans notre texte, et une quatrième raison qui est dans un autre texte du Rambam, dans le Moré Névoukhim.
Voilà. Donc on continue dans ce format-là.
C'est aussi important ce qu'il dit ici. Il dit qu'en fait, pour comprendre ce qui est marqué, ce n'est pas seulement une question d'intellect, mais aussi une question de qui est apte et qui ne l'est pas. Et le Rambam, avec tout son côté très analytique, très rationnel et philosophique, nous dit finalement que pour comprendre ces secrets-là, il faut prier et supplier Kadosh Baroukh Hou de les comprendre.
Je pense que c'est important, parce que ça nous dit que ce sont des choses qui sont au-delà de la compréhension humaine, quelque part. Pour certaines choses, le Rambam ne va pas forcément nous dire: si tu veux finir l'étude de la Mishna, il faut que tu pries Kadosh Baroukh Hou et que tu demandes à réussir, etc. Il ne va pas nous dire quelque chose comme ça, parce que l'étude de la Mishna, a priori, dépend beaucoup de l'effort humain. Tout dépend de Kadosh Baroukh Hou, bien entendu, mais là ça dépend beaucoup de l'effort humain. Si tu prends la Mishna et que tu commences à t'y mettre sérieusement, à faire des efforts, il n'y a pas de raison que tu ne finisses pas par comprendre, par connaître la Mishna, etc. Parce que c'est dans tes capacités humaines normales.
Mais quand on parle ici de secret, de compréhension profonde, métaphysique, spirituelle, les choses sont au-delà d'un intellect humain. Il faut donc être lié avec Kadosh Baroukh Hou, prier Kadosh Baroukh Hou et le ressentir. Quand on prie Kadosh Baroukh Hou, on met finalement l'accent sur le manque, sur notre manque. Et c'est peut-être une condition: de se dire tout seul « je ne pourrais pas », que ce n'est pas quelque chose que je vais pouvoir appréhender avec mon petit cerveau humain, des choses qui dépassent mon cerveau, qui dépassent ma propre vie.
Est-ce que mon cerveau peut appréhender quelque chose qui le précède ? Par exemple, appréhender sa propre vie: c'est une réalité qui est avant lui, donc c'est quelque chose qui le dépasse. Le Rambam nous dit donc que premièrement, il faut prier, supplier, etc., pour avoir une certaine compréhension.
Comme on voit que David l'a fait. Il a dit à Kadosh Baroukh Hou: dévoile mes yeux pour que je regarde les merveilles de ta Torah. C'est une prière où il demande à Kadosh Baroukh Hou de lui dévoiler les yeux, d'enlever ce qui empêcherait de voir tout ça.
Et si maintenant on a quelqu'un qui a eu le mérite, et Béhémeth Hachem lui a dévoilé... C'est amusant, parce que ce n'est pas Hachem qui lui a dévoilé comme à un prophète; on va dire que c'est lui qui a étudié et qui a eu une compréhension. Mais il faut savoir que si tu as eu une compréhension de sujets profonds, c'est parce que D.ieu l'a bien voulu. Ce n'est pas quelque chose que tu aurais pu réussir tout seul.
Et si Béhémeth ça s'est passé, on dit « le Rav Ya Ali Mem ». Ça veut dire que cette personne-là ne peut pas le dire à autrui. C'est pour ça que la Torah des secrets s'appelle la Torah du secret: même si tu sais la chose, tu ne peux pas forcément la dire. Et si Béhémeth il veut allusionner à quelqu'un, ce sera seulement à des gens qu'il a trouvés aptes à cela.
Un sage qui connaît certains secrets ne peut pas les dévoiler à quelqu'un, à part quelqu'un qui est au-dessus de lui, …
Vidéo publiée sur YouTube : voir sur la chaîne d'origine
Dans la même série
15 cours du Rav Raphaël Kohane, classés par sujet.
- 11
Le Rambam, la sagesse et les autres hommesPourquoi tant d'hommes semblent inutiles, et ce que répond le Rambam sur le but du monde. - 12
Le Rambam, organisateur de la Torah oraleComment le Rambam achève le travail des Guéonim et ordonne la Torah orale dans le Michné Torah. - 13
Les Haggadot du Talmud selon le RambamPourquoi le Rambam juge essentielles les histoires de la Guemara, et comment elles éclairent la Torah orale. - 14
Les lois du Mashia'h chez le Rambam, fin des Ilchot MelakhimLe Rambam décrit une époque sans changement de la nature, marquée par la fin de l'asservissement des peuples et l'harmonie. - 15
Les raisons du voile des Agadot selon le RambamLe Rambam explique pourquoi les enseignements agadiques sont exprimés en images et en histoires, et comment les étudier.
Ce cours fait aussi partie des séries « Introduction au Rambam (Rav Raphaël Kohane, 2020-2021) », « Toutes les vidéos d'Orot veKelim ».
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav