Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Tou Bichvat, nouvel an de l'arbre et réparation de la faute

Pourquoi Rachi traduit « etz » par « ilan », et comment Tou Bichvat répare la faute du fruit.

58 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Tou Bichvat, fête des arbres et retour vers Sion, 1 h 01

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Présentation de Tou Bishvat

Alors, comme l'a demandé très gentiment David Altar, nous allons aujourd'hui nous entretenir de Tou Bishvat. Je ne sais pas exactement ce que vous a raconté Laura Fison, peut-être qu'il y aura des répétitions. Je m'en excuse tout de suite. Comme j'ai l'habitude de vous le dire, Laura Fison en général me pique mes idées.

La question qui se pose, c'est d'abord: qu'est-ce qu'on fait à Tou Bishvat ? À Tou Bishvat, il y a trois coutumes différentes. Il y a d'abord la consommation des fruits. Il y a le fait qu'on ne dit pas le Tahanoun à la synagogue. Et il y a la nouvelle habitude, qui a déjà 150 ans, la plantation d'arbres, qui est un peu tombée en désuétude, pour tout vous dire. Pour une raison très simple: le climat à Tou Bishvat est en général pluvieux, et il est difficile de trouver des arbres fruitiers, et surtout des arbres bons à planter à cette époque.

Quoi qu'il en soit, nous allons donc parler de la fête de Tou Bishvat, que la Michna appelle Roch Hachana la-Ilan, qui est le nouvel an, non pas des arbres, mais de l'arbre, en employant d'ailleurs le terme araméen. Le mot ilan n'est pas un mot hébraïque, c'est un mot araméen.

En hébreu, pour dire un arbre, on dit etz. Et en araméen, on dit ilan. Tout cela va nous introduire directement dans une problématique. Je voudrais commencer par un texte de Rachi, dans son commentaire sur la paracha de Vayéra, quand il raconte la rencontre entre Abraham et ses invités. Les invités, selon les différentes interprétations, sont soit des anges, soit des hommes, soit moitié ange, moitié homme, soit une vision, soit quelque chose de physique, peu importe.

Ce qui nous intéresse pour notre sujet, c'est que le verset nous dit qu'Abraham dit à ses invités: installez-vous sous l'arbre. Et Rachi dit, sur les mots... Rachi explique, c'est-à-dire pour expliquer ce que dit le verset « sous l'arbre », Rachi nous dit « sous l'arbre ». Simplement, il a remplacé le mot etz par le mot ilan. C'est donc d'une banalité extrêmement décevante. Et j'ai un principe que j'ai reçu de mon maître, Manitou, qui disait que quand Rachi dit quelque chose d'extrêmement banal, c'est qu'il veut dire quelque chose d'extrêmement profond.

Il y a donc une intention profonde de Rachi dans le fait que, pour tahata etz, il nous dit tahata ilan. C'est très simple. Le mot etz en hébreu veut dire deux choses: soit un arbre, soit le bois, le matériau dont on se sert pour faire des meubles. Tandis que le mot ilan ne veut dire qu'un arbre. Il ne veut pas dire du bois, en araméen.

Ce que Rachi a voulu nous faire comprendre, c'est qu'il ne faut pas lire « installez-vous sous le bois », mais « installez-vous sous l'arbre ». La différence entre le bois et un arbre, c'est que le bois vient de l'arbre, mais c'est un arbre déjà coupé, un arbre mort. Tandis que l'ilan est un arbre vivant. Mais à quoi rime toute cette histoire ? C'est très simple. Rachi vit en milieu chrétien.

Imaginez comment un chrétien lit ce texte de la paracha de Vayéra. Pour le chrétien, il est dit comme ça: Dieu est apparu à Abraham, sous quelle forme ? Trois personnes, c'est-à-dire la Trinité. Il y a donc ici un danger de lecture christianisante que Rachi veut justement rectifier. Il nous fait remarquer que, parce que quel est le bois en question pour un chrétien ? C'est la croix.

Et donc, « installez-vous sous la croix ». Là, ça devient carrément un sermon d'église. Ce que Rachi veut nous faire comprendre, c'est que la différence entre le christianisme et le judaïsme, c'est la différence entre la vie et la mort. Est-ce que c'est un dieu vivant, ou est-ce que c'est un dieu mort ? Le christianisme vénère un dieu mort, tandis que le judaïsme parle d'un Dieu vivant. C'est là la différence: c'est celle qu'il y a entre l'arbre de la vie et...

L'arbre en question était l'arbre de la vie, qu'Abraham rencontre à nouveau, comme s'il entrait dans le Gan Eden dans sa vision. C'est-à-dire qu'il entre au-delà du lieu gardé par les chérubins, le jardin d'Éden. Il reçoit là-bas les anges, et donc l'arbre, par définition, est un arbre de vie. Cette lecture de Rachi vient donc rectifier l'éventualité d'une interprétation païenne, et Rachi veut nous ramener à l'idée de la vie.

Ce n'est pas simplement un détail: cela veut dire qu'en fait toute la fête de Tou Bishvat est une sorte de réparation de la faute du premier homme. On pourrait se demander ce qu'il leur prend aux Juifs de faire une fête pour les fruits, alors que tous les malheurs de l'humanité ont commencé par la consommation d'un fruit. On pourrait très bien évacuer discrètement cette histoire des fruits; la Torah aurait peut-être dû interdire de manger des fruits. En tout cas, elle ne l'a pas fait, et faire une fête pour la consommation des fruits, c'est quand même un peu aberrant, si l'on sait que tous nos problèmes ont commencé de cette manière.

C'est là, au contraire, que Rachi veut nous dire, enfin, pas seulement Rachi: la tradition juive veut nous dire qu'il y a un moyen de réparer la faute du premier homme, et que cela commence à Tou Bishvat. Et à ce propos, je voudrais relier cela à un problème sur l'origine de la fête.

Vous savez que dans les universités, dans la recherche académique, on tente toujours de ramener le rituel de Tou Bishvat au mouvement sabbatéen. Cela voudrait donc dire que tout ce que nous faisons à Tou Bishvat aurait pour origine l'hérésie de Chabtaï Tsvi. C'est tout à fait faux. En fait, il y a des sources extrêmement anciennes.

La source, à mon avis, la plus ancienne de la signification mystique de Tou Bishvat, c'est ce passage dans le traité de Roch Hachana, où il est dit que Rabbi Akiva a consommé un cédra. Non, il ne l'a pas consommé: il a cueilli un cédra, un étrog, le premier de Chabbat, et qu'il a fait sur cet étrog des dîmes, le maasser chéni et le maasser ani.

Petite explication à l'arrière pour bien comprendre de quoi il s'agit. Quand on fait la dîme, le maasser, il faut la faire sur les produits d'une même année. C'est-à-dire que si, par exemple, vous avez des pommes de terre d'une année et que vous les avez mélangées avec des pommes de terre d'une autre année, alors vous avez un problème: vous ne pouvez pas faire la dîme. Il faut faire la dîme pour les produits de chaque année séparément.

Le problème est de savoir quand commence l'année. S'il s'agit de fruits, l'année commence à Tou Bishvat. S'il s'agit de légumes, l'année commence à Roch Hachana. C'est-à-dire que si vous avez des concombres cueillis avant Roch Hachana, vous ne pouvez pas les mélanger avec les concombres cueillis après Roch Hachana: il faut faire le maasser distinctement pour chacun des deux.

Vidéo publiée sur YouTube : voir sur la chaîne d'origine

Dans la même série

6 cours du Rav Oury Cherki, classés par sujet.

  1. 1
    Tou Bichvat, nouvel an de l'arbre et réparation de la faute
    Pourquoi Rachi traduit « etz » par « ilan », et comment Tou Bichvat répare la faute du fruit.
    En cours de lecture
  2. 2
    Tou Bichvat, fête des arbres et retour vers Sion
    Le calendrier des fruits, la progression Tou Bichvat, Pourim, Pessah, et la portée sioniste de la fête.
    1 h 01
  3. 3
    Tou-Bichvat : les arbres, le fruit et la symbolique de la vie
    Pourquoi Tou-Bichvat marque la date des arbres, et comment le étrog, la plantation et les fruits éclairent le cycle de la Techouva.
    54 min
  4. 4
    La fête de Tou bichvat par le Rav Oury Cherki
    45 min
  5. 5
    Tou Bichvat, la fête des arbres et le renouveau d'Israël
    Pourquoi le retour à la terre et à l'agriculture annonce la délivrance, et ce que signifient les sept fruits d'Israël.
    8 min
  6. 6
    Le mélange de l'arbre de la vie et de la connaissance
    Pourquoi Adam ne peut plus manger de l'arbre de la vie après avoir goûté celui de la connaissance.
    56 min

Ce cours fait aussi partie de la série « Toutes les vidéos, Rav Oury Cherki ».

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav