Tou Bichvat, fête des arbres et retour vers Sion
Le calendrier des fruits, la progression Tou Bichvat, Pourim, Pessah, et la portée sioniste de la fête.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Tou-Bichvat : les arbres, le fruit et la symbolique de la vie, 54 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Tout d'abord, ceux qui attendaient le Raffison et qui n'ont pas remarqué qu'on a changé l'heure me rencontrent maintenant. Il n'est pas trop tard pour quitter l'émission et revenir à 10h pour ceux qui veulent précisément le Raffison. Deuxième déception: alors que d'habitude nous étudions le livre de Orot, David Altar m'a demandé si je pouvais donner un cours sur Tou Bichvat, ce que j'ai évidemment accepté. Donc, en fait, il y a ici deux changements qui s'équilibrent l'un l'autre.
Alors, certains des éléments que nous allons étudier aujourd'hui, je les ai déjà transmis à d'autres occasions sur Tou Bichvat, donc il n'y a pas vraiment de nouveautés. Mais n'oubliez pas que c'est toujours le même Tou Bichvat chaque année.
Alors, Tou Bichvat est une fête assez bizarre, en vérité. En fait, ce n'est pas vraiment une fête. C'est plutôt une date qui indique le moment où l'on fait la différence entre la récolte des fruits de l'année dernière et la récolte des fruits de la nouvelle année, pour déterminer si l'on fait la maasser, si l'on fait la dîme sur... Si vous avez des fruits d'avant Tou Bichvat et des fruits d'après Tou Bichvat, alors vous ne faites pas la même maasser pour les deux, vous faites deux maasser différentes. Ça, c'est à l'origine, mais cela a pris par la suite une signification extrêmement importante.
Il y a un usage qui s'est implanté à partir du XIXe siècle, qui est de planter des arbres. Ce n'est pas la bonne saison du point de vue des agriculteurs, mais on le fait quand même. Ça a commencé plus ou moins à Mikvé Israël, au XIXe siècle, par sionisme. C'est-à-dire que, étant donné qu'on veut faire refleurir le pays, on plante des arbres.
Mais le temps véritablement important, c'est ce qu'on appelle Roch Hachana la Ilana, le début, le jour de l'an des plantations, c'est le premier de Tichri. C'est-à-dire que, si vous voulez planter des arbres et que vous changez d'année, sachez qu'il y a trois années pendant lesquelles on n'a pas le droit de manger des fruits de l'arbre; ça s'appelle les années de orla. Si vous avez planté un arbre, par exemple, aux environs de Chavouot, et qu'arrive Roch Hachana, c'est considéré comme une deuxième année. Donc Roch Hachana la Ilana, le nouvel an de la plantation, c'est le premier du mois de Tichri, Roch Hachana.
Il y a cependant une limite à ça. Si vous plantez un arbre deux jours avant Roch Hachana, il n'a pas le temps de s'implanter véritablement, et donc c'est considéré comme appartenant à l'année qui commence maintenant. C'est pour ça qu'il y a 44 jours avant Roch Hachana qui sont considérés comme appartenant quand même à la nouvelle année. Donc si vous plantez un arbre 45 jours avant Roch Hachana, alors, quand arrive Roch Hachana, c'est déjà la deuxième année. Qu'est-ce qu'il y a 45 jours avant Roch Hachana ? Il y a le 15 du mois de Chevat.
Et tandis que 45 jours avant Roch Hachana, le deuxième Roch Hachana, celui de Nissan, c'est Tou Bichvat. Il y aurait donc quand même un rapport. C'est-à-dire que l'intuition des enfants d'Israël, qui, par sionisme, plantent des arbres à Tou Bichvat, n'est pas dénuée de sens. En effet, il y a une sorte de parallélisme entre le premier du mois de Nissan et le premier du mois de Tichri.
Vous connaissez certainement cette controverse entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshoua pour savoir quand le monde a été créé. Est-ce que le monde a été créé en Nissan ou est-ce qu'il a été créé en Tichri ? Celui qui compte à partir de Nissan... Alors, les 45 jours avant, c'est Tou Bichvat. Celui qui compte à partir de Tichri, les 45 jours avant, c'est Tou Bé'av. Or, à Tou Bé'av, il y a effectivement un usage de planter des arbres. Et donc, l'intuition qui fait qu'on plante des arbres également à Tou Bichvat, comme je l'ai dit, n'est pas dénuée de sens.
Mais l'antique minhag, la coutume de Tou Bichvat, c'est de manger des fruits. C'est ça l'essentiel de la fête. Ça a commencé essentiellement chez les Ashkénazim en Europe. Après, ça a pris de l'ampleur grâce aux kabbalistes, qui ont beaucoup insisté sur la valeur kabbalistique de la fête de Tou Bichvat. Et donc aujourd'hui, tout Israël, tout le peuple juif a l'habitude de manger des fruits à Tou Bichvat.
Je tiens à vous rappeler une petite anecdote intéressante. Vous savez qu'il y a eu la grande Alya des juifs d'Europe de l'Est, de l'ancienne Union soviétique, et il y avait un problème pour prouver la judéité de certains olim. On se basait alors sur des témoignages plus ou moins fragmentaires. Il y a eu un cas où quelqu'un est arrivé en Israël, il a dit: « Je suis juif », mais il n'avait aucune preuve. On lui a posé toutes les questions du monde, aucun indice. Alors on s'apprêtait à exiger de lui ce qu'on appelle un « guillot les roumras », c'est-à-dire une conversion par rigueur, pour être sûr qu'il est vraiment juif. Mais au dernier moment, il a dit: « Ah, mais je me rappelle qu'au milieu de l'hiver, toute la famille se rendait chez notre grand-mère maternelle pour manger des fruits. » Et alors on l'a considéré comme juif.
C'est quoi, cette histoire de manger des fruits en milieu d'hiver chez la grand-mère maternelle ? C'est Tou Bichvat. Donc il y a, grâce à Tou Bichvat, un juif qui n'a pas eu besoin de se convertir.
Maintenant, le problème, c'est que, d'un point de vue juif, purement juif, je me dis que la dernière chose qu'on pourrait faire, justement, c'est de manger des fruits. Vous connaissez l'histoire dans la Torah: tous les problèmes de l'humanité ont commencé par un fruit. Par un fruit qui a été consommé alors qu'il ne fallait pas le consommer. Alors, on devrait au moins cacher le fait qu'on mange des fruits. Peut-être qu'on devrait même interdire la consommation des fruits. Mais en tout cas, surtout, ne pas en faire une fête. Et brusquement, vous voyez que tous les juifs se mettent à manger des fruits à Tou Bichvat, ce qui est absolument incroyable.
C'est donc probablement qu'il y a derrière ça l'idée que l'on fait le tikoun, la réparation de la faute du premier homme. C'est-à-dire que manger des fruits est certainement une bonne chose. La manière dont ça a été fait au début de l'histoire n'était pas la bonne. Mais en vérité, c'était très bien de manger le fruit de la connaissance.
Alors, pour ça, je vais vous rappeler quelques versets dans le livre de Béréchit, dans la paracha de Béréchit, quand il est dit que D.ieu a planté des arbres dans le jardin d'Éden. Et la Torah nous fait part, là-bas, de trois sortes d'arbres. Il y avait les arbres beaux à voir et bons à manger, il y avait l'arbre de la vie, et il y avait l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Donc vous avez trois sortes d'arbres.
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