Le faux témoignage, essence de l'identité juive
Le rav Kling montre comment le témoignage véridique dépasse la parole et engage l'être juif tout entier.
Rav Élie Kling
Ensuite : Le faux témoignage, profanation du souffle divin, 37 min
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C'est bon, c'est ça ? Bien, bonsoir. On va, mesdames et messieurs, essayer de débattre ensemble sur un sujet très important, puisque c'est un des dix commandements. C'est la question des témoignages, et plus précisément des faux témoignages. Nous allons faire ce débat, cette rabouta, plutôt cet échange d'idées.
D'après la Torah et d'après nos maîtres de Chazal, Il'ou nichmat ly'dia ni'ssa badracheï, et avec l'aide de Hachem, on va essayer d'arriver à des compréhensions de ce que la Torah nous enseigne. Tout d'abord, je vais proposer des commentaires. Je pense que je vais commencer, vous pouvez commencer quand vous voulez, et on va ensuite réagir chacun sur les enseignements que chacun délivre, à partir de l'étude qu'il a pu faire dans la journée ou dans les mois précédents.
Quand on parle de faux témoignages, de dévarim cheker, il y a par définition deux concepts déjà mis en jeu. Un premier, celui de témoignage: il faut comprendre ce qu'est le témoignage dans la Torah. Et un deuxième, celui de cheker, de mensonge. Là aussi, il faut comprendre ce que c'est que ce terme de mensonge. Et il faut bien comprendre que si la Torah a mis cela dans les dix commandements, qui sont la quintessence de la Torah, les Richonim disent que dans les dix commandements on peut retrouver… qui ne sont pas des commandements, qui sont des devarim, des paroles, qui sont plus que des commandements. Ce ne sont pas des tsivouï. Les tsivouï, c'est un commandement extérieur. Alors que les dix commandements, c'est Harout 'al ha-Louhot, héroute 'al ha-hérout, c'est-à-dire que les dix commandements représentent la liberté absolue, l'identité du peuple d'Israël.
Liberté comprise comme l'identité réelle: on n'est libre que lorsque l'on est soi-même. Quand on dit Harout 'al ha-Louhot, al tikra Harout ela Hérout, c'est-à-dire que dans les dix commandements il y a le secret profond de ce que c'est qu'être un homme, de ce que c'est qu'être un juif, de ce que c'est qu'être Israël dans la plénitude la plus libre de l'identité d'Israël. Et quand, dans un Sifra d'Ava, dans une des dix paroles prononcées au Sinaï, il est énoncé l'interdiction de faire un faux témoignage, cela veut dire que bien au-delà de la morale, bien au-delà de l'interdit, ce faux témoignage touche à l'essence même de ce que c'est qu'être un homme, être un juif, être Israël.
Ces deux termes ne sont pas posés par hasard. C'est que la vérité est toujours un témoignage, et témoigner, c'est un événement de vérité. C'est cela qu'il faut comprendre: en quoi, pour être juif, il nous est demandé de témoigner. Il ne peut pas y avoir de parole de témoignage qui ne soit pas une vraie parole; toute vraie parole est un témoignage. Qu'est-ce que la Emet ? La parole de vérité, contrairement au faux témoignage, c'est une parole qui est considérée comme le reflet de quelque chose qui n'est pas moi, un événement qui me dépasse. Je poserais cela presque comme une action.
Qu'est-ce que témoigner ? C'est que le témoignage n'est authentique que s'il est capable d'exprimer une parole qui formule infiniment plus que ce qu'elle dit. Vous savez que le peuple juif est comparé à la lune, parce que la lune n'a pas sa propre lumière: elle est le reflet du soleil. Témoigner, c'est donc la capacité de dire une parole qui reflète infiniment plus que ma propre capacité à dire cette parole. Le faux témoignage, ce serait peut-être de ne dire qu'une parole qui ne dit que ce que je suis, qui n'est pas capable, dans la parole, de sentir un horizon de l'intelligibilité, un horizon de la vérité, plus grand que moi. Et cela doit être réfléchi à partir de cette idée du surplus, du more. Adam est l'anagramme du mot méod, « très »; méod, cela veut dire « plus ».
Cela veut dire que l'homme est homme, et qu'il ne peut être homme que parce qu'il est capable d'entrer en relation avec quelqu'un qui fait éclater ses limites, qui le fait témoigner de quelque chose. Et la psyché, la structure mentale du peuple d'Israël, c'est justement cette capacité, toujours, en toutes choses, d'échapper, de briser avec le tic-tac de la nature, avec l'évidence des choses telles qu'elles sont, pour essayer de déceler ce qui, dans cet élément, dans cet événement, dans cet élément matériel, constitue le témoignage fidèle de la trace de quelque chose d'infiniment plus profond. C'est ce que chaque juif, chaque juive, se doit de révéler à lui-même et au monde.
Voilà pour le premier point. Le second, cheker, le mensonge. Le Messilat Yécharim dit, en passant, en écho, que la pire des choses, c'est le mensonge, et qu'il y a toutes sortes de menteurs. C'est intéressant quand on écoute le Messilat Yécharim dans son texte: il est presque théâtralisé, tellement il a un humour extraordinaire, décapant, corrosif. Et il représente toutes sortes de menteurs. Il y a des menteurs qui inventent tout, il y a des menteurs qui inventent un peu, il y a des menteurs qui enjolivent. Le texte est très, très sympathique. Et il dit que tout mensonge consiste toujours à adapter la réalité à soi: la réalité est là, et j'ai envie que… c'est plus sympa si je la raconte comme ça, et si je la raconte à des gens qui n'existent pas. Mais cela correspond plus à mon désir.
Le mensonge serait donc, en vérité, une parole qui ne témoigne pas, puisqu'au lieu de dire quelque chose de plus haut, elle dit ce que j'ai envie que ce soit. Il y a là la trahison essentielle de la vérité. Témoigner, c'est la vérité. Le faux témoignage, ce n'est pas simplement dire des choses pas vraies: c'est trahir ce qu'est une parole de vérité, parce qu'une parole de vérité, c'est la capacité de s'annuler face à la vérité et d'en être le reflet. Le faux témoignage, c'est dire: « Écoutez, tout cela est bien beau, mais moi, j'ai envie d'être le centre de mon propre discours, j'ai envie que les choses ressemblent à ce que je désire. » Alors je bâtis toute une histoire, tout un système, une parole qui s'harmonise à mon désir.
C'est vrai que c'est très jouissif. Les grands menteurs, les grands baratineurs, sont des gens très heureux, en général. Et les Yékim, sans vouloir vexer personne, qui disaient exactement la vérité telle qu'elle est, c'est parfois un peu triste, quand on dit les choses telles qu'elles sont. Ce n'est pas grave. Il faut un peu d'imagination dans la vie. Mais en vérité, en faisant cela, on ne trahit pas simplement la vérité: on profane le Tselem Elokim, la haute figure divine qui est en chaque homme, parce que l'homme, en tant qu'homme, est celui qui est capable de s'annuler dans le rapport à la vérité, pour être capable de restituer, de témoigner justement de quelque chose qui dépasse ses propres intérêts et ses propres limites. Une psyché qui laisserait tout se ramener à elle-même ne peut pas le faire.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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