Le faux témoignage, une profanation de la parole
Pourquoi la parole est un témoignage, et pourquoi le faux témoignage touche à l'essence même du peuple d'Israël.
Rav Élie Kling
Ensuite : Le faux témoignage, essence de l'identité juive, 44 min
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Toute vraie parole est un témoignage. Donc le mensonge serait en vérité une parole qui ne témoigne pas, puisqu'au lieu de dire quelque chose de plus haut, elle dit ce que j'ai envie que ça soit. Donc être juif, c'est témoigner de quelque chose, et puis transmettre ce témoignage aux générations anciennes. La fonction que nous avons, en tant que juifs, d'être le peuple témoin, faire un faux témoignage, c'est donc porter atteinte à ce qui fait l'essence même d'Israël, et c'est sans doute pour ça que ça fait partie des dix commandements. On trahit,
pas simplement la vérité, on trahit, on profane le Tselem Elohim. Si vous respectez le Chabbat, vous témoignez que le monde a été créé, que Dieu est créateur, et si vous ne le faites pas, vous faites un faux témoignage. C'est que la émouna juive est basée essentiellement sur un événement de vérité qui s'est inscrit génétiquement dans leur mémoire sensorielle. Le faux témoignage est un des péchés les plus graves, même s'il n'est pas punissable par le Beth Din.
Parce qu'ils profanent la parole. Parce que lorsqu'on parle de parole, on atteint quelque chose de beaucoup plus essentiel que lorsqu'on est dans le domaine uniquement de l'acte, qui reste quelque chose d'extérieur à nous-mêmes. Parce que la Torah est là, elle est censée te modifier, te bouleverser, te changer. Il y a donc, pour faire le Chalom entre les gens, et notamment le Chalom Bayit dans le couple, un certain nombre de choses qu'on a le droit de cacher. Ce que Dieu veut que je fasse, je vais le faire
malgré toutes les forces naturelles qui me poussent à faire le contraire. Là, je témoigne d'une réalité divine au-delà de la matière, qui fait que je suis le témoin de Dieu. Et à ce moment-là, toutes les brachot, tous les miracles, toutes les refou'ot, toutes les ouvertures d'un bouleversement magnifique de la vie sont possibles. C'est parce qu'en parlant sans contrôle de notre langage, nous disons tout et n'importe quoi, on finit par créer les vers qui vont nous ronger de l'intérieur. Il faut savoir, en d'autres termes, que la parole façonne le monde dans lequel je vis. Quelqu'un qui parle positivement du monde va générer une vie positive autour de lui.
D'après la Torah et d'après nos maîtres, les Hazal, Li'ilou Nishmat, Lidvir Mitsva, Bedarkhei Hachem, on va essayer d'arriver à des compréhensions de ce que disent nos sages et de ce que la Torah nous enseigne. Alors, tout d'abord, on va procéder comme ça, je pense que je vais commencer, ou vous voulez commencer comme vous voulez, et on va, après, chacun réagir sur les enseignements que chacun délivre
à partir de l'étude qu'il a pu faire dans la journée ou dans les mois précédents. Donc, quand on parle de faux témoignages, de dévarim shéker, il y a par définition deux concepts qui sont déjà mis en branle. Un premier, celui de témoignage: il faut se comprendre, qu'est-ce que c'est que le témoignage dans la Torah ? Et un deuxième, celui de chéker, celui de mensonge. Et là aussi, il faut comprendre qu'est-ce que c'est que ce terme de mensonge. Et il faut bien comprendre
que si la Torah a mis dans les dix commandements, qui sont la quintessence de la Torah, les Richonim disent que dans les dix commandements on peut retrouver des Devarim, des paroles, qui ne sont d'ailleurs pas des commandements, qui sont plus que des commandements. Ce ne sont pas des Mitsvot. Mitsva, c'est un commandement extérieur. Alors que les dix commandements, c'est Harout 'al ha-Luhot, al tikra' harout, ela' herout. C'est-à-dire que les dix commandements représentent la liberté absolue de l'identité du peuple d'Israël.
Liberté comprise comme l'identité réelle: n'est libre que celui qui est lui-même. Donc, quand on dit « Harout 'al ha-Luhot, al tikra' harout, ela' herout », ça veut dire que dans les dix commandements, il y a le secret profond de ce qu'est être un homme, de ce qu'est être un juif, de ce qu'est être Israël, au sens, dans la plénitude la plus libre de l'identité d'Israël. Et quand, dans une des dix paroles prononcées au Sinaï, il est énoncé l'interdiction de faire un faux témoignage, c'est-à-dire que, bien au-delà de la morale, bien au-delà de l'interdit, ce faux témoignage représente l'essence même, en tout cas un des dix degrés de l'essence même de ce que c'est qu'être un homme, être un juif, être Israël. Et donc ces deux termes ne sont pas posés bien sûr par hasard: c'est que la vérité est toujours un témoignage,
et témoigner, c'est un événement de vérité, et c'est ça qu'il faut comprendre. En quoi, pour être juif, il nous est demandé de témoigner ? Il ne peut pas y avoir de paroles de témoignage, de paroles qui ne soient pas en vérité; une vraie parole qui ne soit pas un témoignage n'existe pas. Toute vraie parole est un témoignage. Alors, c'est quoi la Edout ? Edout, témoignage de quoi ? La parole de vérité, contrairement au faux témoignage, c'est une parole qui est considérée comme le reflet de quelque chose qui dépasse l'événement de la parole. Je poserai cela comme presque axiome de ce que c'est que témoigner: c'est que le témoignage des témoignages est capable d'exprimer une parole qui formule infiniment plus que ce qu'elle dit. Vous savez que le peuple juif est comparé à la lune, parce que la lune n'a pas sa propre lumière. La lune est le reflet du soleil. Donc ça veut dire que
témoigner, c'est la capacité de dire une parole qui reflète infiniment plus que la capacité que j'ai de dire cette parole. Et le faux témoignage serait peut-être de ne dire qu'une parole qui ne dit que ce que je suis moi, qui ne dit que ce que je sais, qui n'est pas capable, dans la parole, de répercuter un horizon du sensé, un horizon de l'intelligibilité, un horizon de la vérité qui est plus grand que ma capacité immédiate de comprendre.
Vous savez que quand on étudie la Torah, toute la Torah pourrait presque, non pas se résumer, mais commencer à être réfléchie et pensée à partir de cette idée du surplus, du me'od. Adam, c'est l'anagramme du mot me'od. Me'od, ça veut dire « plus ». Ça veut dire que l'homme est homme, et l'homme ne peut être homme que parce qu'il est capable de rentrer en relation avec quelqu'un qui fait éclater ses limites, qui le fait témoigner de quelque chose de plus haut, de plus grand.
Et la psyché, la structure mentale du peuple d'Israël, c'est justement cette capacité, toujours, en toutes choses, de faire, d'échapper, de briser avec le diktat de la nature, avec l'évidence des choses telles qu'elles sont, pour essayer de comprendre, de déceler ce qui, dans cet élément, dans cet événement, dans cet élément matériel, constitue le témoignage fidèle, la trace de quelque chose d'infiniment plus profond que chaque juif, juive et juif, se doit de révéler à lui-même et au monde. Ce serait la première définition du témoignage.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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