La Shoah, de la ghettoïsation à l'extermination
Comment la politique antijuive nazie est passée des ghettos d'Europe de l'Est à la destruction, et les dates à retenir.
Rav Élie Kling
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C'est ce qu'il faut savoir du bilan de la Deuxième Guerre mondiale. Vous savez que pendant la Deuxième Guerre mondiale, un juif doit savoir l'essentiel. Il existe des milliers de détails sur la Shoah. Ce qui est important, c'est: qu'est-ce qu'un juif n'a pas le droit d'ignorer ? Ce qu'un juif n'a pas le droit d'ignorer, ce sont les dates du processus de la Shoah.
De la guerre elle-même, donc 1939. On va appeler la deuxième guerre, la deuxième guerre de la France, quelle date exactement ? Deuxième temps: au moment où la France et l'Angleterre déclarent la guerre. Et c'est en même temps le moment de l'invasion de la Pologne. Ça prend quinze jours, trois semaines: quinze jours jusqu'à Varsovie, et trois semaines jusqu'à ce que la Pologne soit envahie. Et dès ce moment-là, il y a la première politique anti-juive.
Elle commence par une politique de ghettoïsation, qu'on retrouvera plus tard en Europe de l'Est, pas en Europe de l'Ouest. La première chose qu'on fait, c'est les mettre dans les ghettos. On ne sait pas encore exactement ce qu'on va en faire. Les historiens discutent encore aujourd'hui, mais à ce moment-là, on avait déjà le projet de la destruction politique du judaïsme européen. Sans doute qu'ils avaient bien sûr dans l'idée, depuis Mein Kampf, depuis les discours de Hitler juste avant la guerre. Au niveau pratique, personne ne pensait réellement encore détruire de manière définitive le peuple juif. Mais on s'est dit: pour l'instant, qu'est-ce qu'on peut en faire ? On les met dans des ghettos.
Il y avait toutes sortes d'idées, je ne sais pas si vous vous en souvenez. Il y avait l'idée de les mettre dans une sorte de réserve, pour qu'ils dérangent pas, pour qu'au moins l'Europe soit débarrassée d'eux. On avait pensé à Madagascar, on avait pensé à une sorte de truc. Et puis finalement, la guerre devient mondiale, on ne peut plus les envoyer trop loin. Alors il y a la dernière idée, c'est la réserve de Lublin. Lublin, c'est une ville en Pologne où il y avait beaucoup de juifs. La réserve de Lublin, c'est mettre tous les juifs là-bas. Ça aussi, ça a été abandonné: c'était impossible, c'est trop compliqué, etc. Finalement, on arrive à l'objectif de ghettoïsation, en attendant de prendre des décisions définitives. C'est une sorte de truc corporel.
Les juifs qui sont dans de grandes régions, on les rassemble dans de grandes villes qu'on entoure par ailleurs, et on permet à certains juifs de sortir, mais il faut des autorisations, etc. Est-ce que les juifs voient dans la ghettoïsation quelque chose de sympathique ou quelque chose de douloureux ? Ils acceptent ça, bon, avec plaisir... Ils le prennent comme un moindre mal. Ils ont un souvenir très, très douloureux de ce qui se passe. Le premier contact avec l'armée allemande, c'étaient les humiliations en public, le fait que c'est très compliqué de sortir dans la rue sans se faire insulter, sans se faire battre, etc. Et donc, quand on leur dit: vous allez rester entre juifs.
Avec toutes sortes de grandes villes juives dans chaque grande ville non juive, un quartier délimité, etc. Mais les goyim ne rentreront pas là-bas. Pour eux, ça a été pris comme un soulagement. C'est pour ça aussi que ça s'est fait de manière très rapide: les juifs ont dit: finalement, ils vont mieux s'occuper d'eux. D'autant plus qu'on leur a dit, ce qui va être vrai, que ce sont eux qui vont s'auto-gérer. À Hachem... ils ont, comme vous le savez, mis en place des juifs qui étaient censés s'occuper des autres juifs.
Et pour un juif, c'est toujours plus sympa de savoir que ce sont des juifs qui vont s'occuper de lui. Évidemment, ils auraient préféré continuer à vivre librement, mais c'est extrêmement improbable. Entre les possibilités, il y a la catégorisation avec ce qu'on va appeler les Judenrat. C'est quoi, les Judenrat ? Conseil juif. Oui, le Conseil juif. Ça va être, pour eux, procédé comme la même chose. Les Judenrat ont existé en plusieurs styles, plusieurs sortes. Au début, en tout cas, il y a eu des gens qui faisaient ça avec beaucoup de dévouement, en disant: on va avoir des moments difficiles, il vaut mieux que nous on s'en occupe plutôt que quelqu'un d'autre.
Ils se sont dévoués pour ça, et ils ont dit: on va créer des structures pour pouvoir aider au niveau social, au niveau médical, au niveau éducation, au niveau même théâtral, etc. Ce sont des gens qui ont fait ça avec beaucoup, beaucoup d'amour pour leurs frères. En général, il y avait toujours le Rav, la Guila, puis il y avait des gens qui étaient un petit peu riches, parfois bien placés ou connus. C'étaient des mitsvot de Rav. Et puis, ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'au fur et à mesure, les exigences nazies vont être de plus en plus précises, de plus en plus difficiles. Au moment où ils vont décider de la solution finale, à la date qu'on va étudier, c'est là qu'ils vont être obligés d'envoyer des convois régulièrement.
Là, évidemment, c'est là que les Judenrat vont se poser de graves questions. Jusqu'où peut-on aller ? Est-ce qu'on n'est pas en train de faire leur jeu ? Est-ce que ça ne devient pas, finalement, plus facile pour les nazis de se servir de nous ? Est-ce qu'il n'y a pas plus d'inconvénients que d'intérêts ? Si c'est les nazis qui doivent faire le sale boulot, ça prendra le temps que ça prendra. Si c'est nous, ça ira plus vite. Peut-être qu'on devrait faire... Et à ce moment-là, il y a eu des gens qui ont dit: non, jusque-là d'accord, mais plus tard, on ne fera plus. Et ils ont décidé de refuser. Évidemment, ceux qui ont refusé, qu'est-ce qui leur arrivait ? On les tuait. Une fois qu'on les tuait, on mettait d'autres à la place.
Jusqu'à ce qu'on trouve des gens qui étaient prêts à collaborer, les mêmes. Quand les autres voyaient ça, ils se disaient: après tout, c'est une stupidité de dire non, on va simplement se faire tuer, et à quoi ça sert ? Ils vont mettre d'autres gens qui sont moins compréhensifs que nous, peut-être plus sadiques, moins sympathiques. Alors il y en a qui ont continué, jusqu'à ce que leur conscience soit telle que ça ne pouvait plus aller. Il y en a qui se sont suicidés, il y en a qui se sont laissé entraîner les premiers en déportation. Il y a eu toutes sortes de cas de figure, et il y a eu aussi, il faut bien le dire, des salauds.
Des gens se sont dit: c'est peut-être la seule occasion que j'aurai de sauver ma peau, je vais collaborer au maximum, de la manière la plus zélée possible. Il y a eu, comme ça, des crânes... ce n'était pas le Rav Joïté, mais il y a eu des crânes comme ça également. Ça, c'est donc la première chose qu'on a faite, du coup, en Europe de l'Est. En Europe de l'Ouest, lorsque les choses vont …
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