Kippour : la kapara et la techouva
Pourquoi la techouva répare la personne et la kapara le monde, et laquelle précède l'autre.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Leçon sur Roch Hachana N°2 (08/09/11), 52 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bon, Shalom. Comme on me l'a si gentiment demandé, je vais transmettre un enseignement sur le jour de Kippour. Pour aborder le sujet, vous savez que Kippour veut dire jour d'expiation. Je voudrais aborder avec vous le problème de ce qu'on appelle la kapara.
Nous avons les dix jours de techouva. Nous faisons techouva depuis déjà le premier du mois d'Eloul, et on continue dans les dix jours de retour, et on arrive à Kippour, qui est le jour de l'expiation, en hébreu kapara. Qu'est-ce que ça signifie exactement ? Pour bien comprendre de quoi il s'agit, avant cela, je voudrais poser une petite question: qu'est-ce que fait le péché ?
Le péché fait des dégâts. Tout le monde sait très bien que faire un péché entraîne des dégâts. Mais quels sont les dégâts ? Qui est concerné par le dégât en question ?
En fait, il y a deux sphères pour le dégât du péché. Tout d'abord, le pécheur lui-même. Et il y a également le mal que ça a introduit dans le monde. Par la suite du péché, le monde est détérioré. Donc, nous avons deux détériorations à réparer: la détérioration de la personne elle-même, le fautif, le pécheur, et la détérioration occasionnée dans le monde, dans le cosmos pourrait-on dire, par le péché de la personne.
Pour réparer la personne elle-même, nous avons pour cela la techouva. Pour réparer le mal fait dans le monde, nous avons la kapara.
Je pense que c'est assez clair. Merci à vos souhaits. Je reviens là-dessus. En fait, il s'agit ici de deux processus tout à fait différents. Quand je fais techouva, je répare ma volonté. Ce qui est concerné, c'est ma volonté intérieure. Tant que je n'ai pas fait techouva, je désire le mal. Dès que j'ai fait techouva, je désire le bien. Il y a une transformation de ma volonté.
Et cette transformation de la volonté implique également une transformation de tout mon être. Par contre, quand il s'agit de… Vous ne voyez pas le rat ? Ce n'est pas possible. Mais si, si, si, je suis là, je suis là. Pour Léa Sénéor, je suis là, et je me vois moi-même, d'ailleurs.
En tout cas, pour ce qui est de la kapara, étant donné qu'un mal a été fait dans le monde, il doit être comblé. Or, ce n'est pas toujours possible.
Pour donner un exemple tout à fait banal, nous allons prendre le cas d'un assassinat. Avant l'assassinat, la personne qui l'a perpétré était un tsadik, un juste, du point de vue de la définition halakhique. Un tsadik est celui qui fait le bien, qui ne fait pas le mal.
À partir du moment où il a assassiné, il est devenu ce qu'on appelle un rachaa, un méchant. C'est un rachaa puisqu'il a transgressé l'interdiction de « tu ne tueras point ». Mais par la suite, il fait techouva. À partir du moment où il a fait techouva, il redevient tsadik. Il est à nouveau aimé du Créateur.
Donc, il s'agit ici de trois phases différentes. Je suis très schématique: juste, méchant, puis à nouveau juste.
Par contre, si nous considérons la victime: avant l'assassinat, la victime était vivante. Après l'assassinat, la victime est morte. Et après la techouva, le mort reste mort. Il y a donc ici une sorte de scandale, un déséquilibre entre le fait que la personne qui a perpétré ce forfait est vivante, et que sa victime est morte. Ce déséquilibre a besoin d'être comblé, et c'est ça que fait la kapara, l'expiation. Et là, nous avons en fait toute une échelle dans la Torah de différentes formes d'expiation, en fonction de la gravité du péché.
En tout cas, ce sont deux domaines tout à fait différents. J'espère être bien clair: la techouva, d'une part, qui concerne la personne, sa volonté, et la kapara, qui est là pour combler le manque créé par le péché.
Maintenant, nous allons aborder une question très grave: qui est la condition de quoi ? Est-ce que la techouva est une condition pour que la kapara soit effective ? Ou est-ce que c'est la kapara qui est une condition pour que la techouva soit effective ?
C'est une question très grave, sur laquelle il y a une controverse entre le judaïsme et le christianisme. Pour le judaïsme, et toutes les sources en parlent, la kapara n'est efficace en principe que s'il y a eu une techouva préalable. Je ne peux pas amener un sacrifice dans le Temple pour expier mon péché si je ne suis pas revenu sur mon intention de faire le péché, si je n'ai pas regretté mon péché. Donc, la techouva est la norme fondamentale, et la kapara vient après. Mais la techouva n'est pas entravée par l'absence de kapara, bien au contraire: ma techouva est toujours acceptée, qu'il y ait eu expiation ou pas.
Par contre, pour le christianisme, c'est exactement le contraire. Il faut d'abord qu'il y ait expiation, et c'est alors seulement que la techouva est acceptée. S'il n'y a pas eu expiation, toute techouva du monde ne sert à rien.
Et on peut dire que c'est un monde moral qui sépare les deux conceptions. Pourquoi c'est comme ça ? Parce que du point de vue du judaïsme, on considère que, tout d'abord, l'homme est fondamentalement bon. Et donc, quand je fais le mal, on peut dire que je suis sorti de moi-même, j'ai été à l'extérieur de ma personne. Et quand je fais techouva, c'est le sens fort du mot techouva, le retour: je reviens à moi-même. Puisque je reviens à moi-même, je suis accepté, puisque je suis fondamentalement bon. Et le mal que j'ai fait dans le monde implique une dette. La dette, c'est de faire ma kapara. Il y a une kapara individuelle ou une kapara collective, mais il y a toujours kapara.
C'était pour répondre à la question du tchat, au passage.
Par contre, ce qui est fondamental dans la vision chrétienne, c'est que l'homme est pécheur dans son être. L'homme a une mauvaise nature dès le départ. Et donc, ça ne sert à rien de faire techouva dans le sens absolu du terme, étant donné que je reviens à moi-même. Mais qui suis-je moi-même ? Je suis le pécheur. Et donc, la techouva n'est pas véritablement efficace, à moins qu'il n'y ait eu une opération quasi magique, qui est celle de la kapara, qui permet à la techouva d'être effective.
Et en fait, cette discussion est très importante, étant donné que nous n'avons plus les moyens de faire la kapara de nos jours: nous n'avons plus le Beth Amikdash, nous n'avons plus l'autel sur lequel nous pouvons amener nos sacrifices, nous n'avons plus la cérémonie d'Azazel que nous faisions à l'époque où le Temple existait, qui était accomplie par le Kohen Gadol, le grand prêtre, à Kippour.
Eh bien, ça voudrait donc dire qu'étant donné qu'Israël n'a plus les moyens de sa kapara, il n'est plus le peuple de Dieu ? Tout ça pour nous faire comprendre la première ligne de la première Michna, de toute la Michna.
Vidéo publiée sur YouTube : voir sur la chaîne d'origine
Dans la même série
11 cours du Rav Oury Cherki, classés par sujet.
- 1
Souccot, la joie comme techouva du désirPourquoi la fête des cabanes répare la débauche, et ce que la fête de la joie doit à Yaakov et au Beit Hamikdach. - 2
Kippour, d'hier à aujourd'huiComment se vivait Kippour au Temple, et ce que ses rites signifient pour nous aujourd'hui. - 3
La guerre de Gog et Magog et la fête de SouccotPourquoi la tradition place cette guerre à Souccot, et comment les prophètes Ézéchiel et Zacharie la décrivent. - 4
Simhat Torah et Chemini Atseret, une seule fêtePourquoi le huitième jour de Souccot est une fête à part entière, et ce qu'elle achève dans l'année juive. - 5
Kippour : la kapara et la techouvaPourquoi la techouva répare la personne et la kapara le monde, et laquelle précède l'autre. - 6
Leçon sur Roch Hachana N°2 (08/09/11) - 7
Roch Hachana, deux calendriers et deux histoiresPourquoi l'année juive commence en Tichri alors que la Torah fixe Nisan comme premier mois, et ce que ce décalage dit de l'histoire. - 8
La fête de Souccot et La dimension universelle du peuple Juif 🇮🇱 - 9
La fête de souccot et les non juifs - 10
Cours exceptionnel du Rav Cherki sur Yom Kippour
Ce cours fait aussi partie de la série « Toutes les vidéos, Rav Oury Cherki ».
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav